• 1er Mai : Pour l'abolition du travail et la réduction maximale du temps de production !

    Le premier mai, à l'origine, était une journée internationale des travailleurs pour la réduction du temps de travail. A l'époque, les syndicats revendiquaient la limitation de la journée de travail à 8 heures. Aujourd'hui, alors que nous en sommes arrivés à une journée de 7 heures (35heures hebdomadaires) et en dépit des volontés du MEDEF, du PS et de l'UMP d'en finir avec les 35 heures et de ré-augmenter la durée de la journée de travail, il serait possible de réduire encore bien davantage cette durée. Au delà, il est aussi nécessaire de penser la perspective d'abolition du travail - le travail étant entendu ici comme forme spécifique des activités de production propre à la société capitaliste.

    Contre l'offensive anti-sociale capitaliste

    Le MEDEF, le PS, l'UMP, mais aussi le FN et d'autres partis de droite souhaiteraient en finir avec les 35 heures. Il s'agit d'une logique individualiste. Une augmentation du temps de travail permettrait au patrons d'employer moins de travailleurs et d'économiser en masse salariale, notamment en ce qui concerne les cotisations sociales patronales. Pour certains travailleurs, l'espérance se placerait au niveau de la possibilité de "travailler plus pour gagner plus". Seulement, il s'agit là d'une pure espérance. Nous nous trouvons en effet dans une période de récession, de crise et d'austérité, de perte de confiance dans les capacités de rentabilité du système, et donc de frilosité à l'investissement. Cette logique, loin d'inciter à l'emploi, mènerait donc à une stagnation, voir, plus certainement, à une augmentation du nombre chômeurs. Le chômage limitant la consommation impacterait sur le niveau des ventes, des bénéfices des entreprises, et donc sur les revenus des travailleurs. Ainsi, il s'agirait de travailler plus pour gagner autant, et à terme moins. Cette situation ne serait donc bénéfique qu'a un nombre très limité de travailleurs. Il en va de même d'ailleurs pour les patrons. En fonction des fondements du système capitaliste (l'augmentation de la productivité technique et la concurrence), amenant à une diminution de la masse de valeur produite, et de la crise des principaux systèmes de contournement du processus d'effondrement de la chute de la valeur (crédit et dettes) ; il est fort probable que le taux de rentabilité des entreprises continue à diminuer et que nombre d'entre elles fassent faillite. Étant favorables à l'abolition du droit de propriété privée des moyens de production, nous ne pleurerons pas sur le sort des patrons. Cependant, l'autogestion, si elle constitue une nécessité pour les travailleurs, ne pourra éviter à ces derniers de subir des licenciements massifs et de longues périodes de crise et d'austérité. Le fonctionnement économique de la société doit être modifié en son cœur. Il faut sortit du capitalisme. Avec une telle perspective, une réduction encore plus massive du temps de production nécessaire deviendra alors possible. 

    La réduction du temps de production nécessaire

    Jean-Marie Harribey, dans "L'économie économe - le développement soutenable par la réduction du temps de travail", analyse la possibilité d'un passage immédiat à 30 heures hebdomadaires. Plus audacieux, dans "Adieux au capitalisme",  J. Baschet estime possible une réduction du temps de travail à 15-20heures par semaines. Dans les années 70, ADRET développait la possibilité d'un temps de travail réduit à 2 heures par jour. le collectif BIZI affirme et démontre une possibilité de "Travailler une heure par jour". Au-delà du débat sur la durée précise d'une réduction possible du temps consacré aux activités de production et services associés, ces analyses démontrent qu'il est possible de réduire encore davantage le temps hebdomadaire consacré à la production. La fermeture des secteurs d'activité inutiles, dont en premier lieux la publicité ; la résolution des problèmes économiques et sociaux, impliquant un besoin de moins en moins important d'administration, de surveillance et de répression ; l'arrêt des pratiques d'obsolescence programmée et modiste, et le développement d'une production durable de bonne qualité ; l'application de certains progrès techniques non utilisés en matière de productivité et d'automation ; la formation de la main d’œuvre non employée, afin de travailler tou-te-s pour travailler moins (ou réciproquement) ; constituent les premiers facteurs d'une telle réduction radicale du temps de travail. Bien évidemment, la mise en place de ces mesures suppose, comme principale condition, la maitrise commune, démocratique et autogestionnaire, par l'ensemble de la société, des moyens de production et de l'organisation du travail, donc l'abolition du salariat, la suppression du droit de propriété et du pouvoir de décision relatifs aux moyens de production.

    Une démarche incontournable du fait des impératifs de décroissance

    C'est un fait admis, le système de production actuel est métaboliquement insoutenable. Il épuise par sa consommation illimitée et accélérée, ainsi que par ses nombreux gaspillages, imposés par les impératifs de production de valeur, les ressources planétaires non renouvelables, ou renouvelables sur un rythme plus court que le rythme consumériste du système. Il développe des technologies haute puissance dont la défaillance conduirait à des catastrophes sanitaires et humanitaires sans précédent. Il fait disparaitre de nombreuses espèces, partie prenante d'un équilibre fragile incluant l'humanité. Il est source de pollutions et de dérégulations importantes des équilibres atmosphériques et géologiques. A ce jour, il n'existe pas de solution ou de combinaisons de solutions scientifiques miraculeuses permettant de pérenniser un tel système productif et socio-technique. Ce dernier doit être transformé de manière fondamentale, et l'empreinte de l'humanité sur le vivant doit donc être réduite. Une telle diminution implique une réduction des activités humaines : déplacements, production et consommation, ainsi qu'une série de choix sur les activités et les produits jugés les plus fondamentaux, à poursuivre et développer, et en compensations sur celles a abandonner. Or la réduction des activités humaines implique bel et bien une réduction du temps global que la société consacre aux activités de production.

    Abolir le travail comme forme spécifique des activités de production en régime capitaliste

    Le travail est ici désigné par la forme spécifique que prennent les activités de production en société capitaliste. La transformation des matières premières en biens de consommation implique, dans une société marchande capitaliste, le passage  par un processus de transformation sociale des biens de consommation en marchandises, c'est-à-dire en objets d'échanges mis sur un plan d'équivalence avec toutes les autres, quelle que soit leur nature, par l'intermédiaire de la monnaie-argent. Le but de toute activité de production est alors de retirer une certaine somme d'argent de la vente des marchandises, c'est à dire un bénéfice, un profit, permettant de payer les personnes qui ont contribué à participer à la production, afin qu'ils échangent ensuite leur salaire contre d'autres marchandises. La production ne s'effectue pas d'abord parce qu'elle répond à une utilité ou une nécessité sociale, mais parce qu'elle rapporte une certaine somme d'argent. Le but de la production, en société capitaliste, est double : essayer de tirer le maximum d'argent de la vente de la production soit par volonté maximisatrice, soit par anticipation pour assurer la pérennité d'une activité dans l'avenir. Le système capitaliste est aussi un système caractérisé par :1 l'atomicité des acteurs économiques, c'est-à-dire la séparation des individus dans des activités de production séparées les unes des autres et l'interaction de ces individus pour satisfaire réciproquement leurs besoins, à travers l'échange marchand, c'est à dire l'achat et la vente des biens produits sur des marchés anonymes, sur la base d'une dépersonnalisation et d'une désocialisation des relations d'échange. 2 la concurrence, c'est à dire la guerre de tous contre tous pour l'accaparement des parts de marchés sources de revenus, et en dernière instance, le droit à l'existence. La situation de concurrence pousse les producteurs à l'application des progrès et innovations techniques en vue d'améliorer la productivité, c'est-à-dire pour produire plus rapidement plus de biens à fin d'économiser de la main d’œuvre (en abolissant du travail), vendre plus de biens moins cher et donc gagner plus en prenant les parts de marchés des concurrents. De fait, le progrès technique appliqué à la production fait chuter la masse de valeur produite. La concurrence quand à elle, amplifie ce phénomène de récession, en poussant chaque producteur à l'innovation technique pour vendre moins cher que le concurrent. Le capitalisme est donc un système qui se développe avec une défaillance à la base. Il peine, ou ne parvient même plus, à la compenser par un interventionnisme accru des banques et des Etats. Les conséquences paradoxales de cette défaillance sont que le système productif permet, en lui-même, une certaine abondance tout en réduisant le temps et les efforts nécessaire à cette dernière (abolition du travail), tandis que sa structure économique l'amène à générer un processus de récession conduisant à la paupérisation, à la faillite et à l'autodestruction. En conséquence, l'abolition du travail ne peut exister sans abolition du capitalisme, c'est à dire de l'atomicité, de la concurrence, de la création de valeur économique, de la forme-marchandise, de la monnaie-argent, du salariat. Cette transformation est possible par une coordination de l'ensemble des producteurs associés, en recensant préalablement les besoins exprimés par la population, en organisant les activités de production, de manière égalitaire, en fonction de ces recensements, et enfin en distribuant directement la production demandée au départ, sans l'intermédiaire monétaire.

    Pour aller plus loin :

    Une autre idée du Communisme

    Décroissance Communiste Libertaire_fiche synthèse

    Anarchisme-Libertaire (positionnement et stratégie de changement sociale)

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