• 2008-2016 : dévoilements réels et voilements spectaculaires du capitalisme en crise - Benoit Bohy-Bunel

    Des liens et vidéos illustrent cet article, pour montrer le consensus "anti-finance" qui s'est constitué après la crise de 2008.

    Il ne s'agit pas une seule seconde de mettre "dans le même panier" toutes ces tendances politiques très différenciées (Sarkozy, Le Pen, Hollande, Mélenchon, Lordon, Soral, etc.), mais de définir des structures générales pseudo-critiques qui donnent à penser aujourd'hui.

    Le point en commun entre ces tendances est un altercapitalisme tendancieux, qui se fait passer pour plus radical qu'il ne l'est en réalité. Mais la dénonciation des tendances fascisantes ici considérées doit bien sûr être plus radicale que celle des autres tendances, simplement réformistes ou sociales-démocrates.

    Nous pouvons voir néanmoins que les tendances sociales-démocrates dites "de gauche", hélas, en personnifiant tendanciellement les agents responsables de la "crise", ne sont aujourd'hui plus si difficilement récupérables par les confusionnistes rouges-bruns.

     

    Lorsque Tobin, défendu depuis 1998 par les altermondialistes d'ATTAC, devient une "référence" possible pour la droite libérale...

    La "critique" populiste et "souverainiste", de la "finance internationale" ; un thème que les fascistes affectionnent, en temps de crise, depuis les années 1930.

    Le manichéisme "anti-finance" de François Hollande, hypocrisie et critique tronquée du capitalisme.

    La version "gauchiste" de la critique de la finance

    Ce que la critique tronquée du capitalisme peut produire de pire...

    I Lecture fétichiste de la crise et appréhension prolétaire de la destruction

    Debord est un héritier de Lukàcs, et sa critique d’un capitalisme spectaculaire, c’est-à-dire totalitaire, ne fait que développer une certaine logique que Lukàcs avait déjà appréhendée en 1923, lorsqu’il décrivit et critiqua la « réification ».

    Partir de Lukàcs pour analyser les phénomènes réels et spectaculaires, dans un esprit marxien et debordien, relatifs à la crise récente du capitalisme mondial, me paraît donc approprié.

    Lukàcs, donc, dans son chapitre d’Histoire et conscience de classe consacré à la réification et à la conscience du prolétariat, souligne que le problème méthodologique de l'économie consiste en la dissolution des formes fétichistes et réifiées en processus qui se déroulent entre hommes et s'objectivent en relations interhumaines concrètes, c'est-à-dire en la déduction des formes fétichistes à partir des formes humaines et primaires de relation.

    Les hommes objectivent les conditions de la circulation et de la production des biens, de telle sorte qu'elles paraissent bénéficier d'une autonomie indépassable, obéissant à une législation spécifique. Face à cet automouvement des choses valorisées et échangées, il semble que les hommes doivent s'adapter, avec leur subjectivité, à un donné préexistant, comme s'ils s'adaptaient à une « seconde nature » radicalement étrangère et autosuffisante. Cette apparence mystificatrice, et matériellement produite, doit être abolie en tant que telle, vers l’émancipation de la plupart, au profit de tous. Tel est le sens profond du fétichisme marchand chez Lukàcs.

    Sous cette apparence matérialisée, ce sont donc bien des relations humaines concrètes qui ont lieu, soumises en tant que telles à un devenir historique et social déterminé, dans la mesure où c'est encore l'humain qui est la mesure des choses, quoi qu’il ne le sache plus lui-même. La tâche d'une philosophie de l'économie, qui est nécessairement une critique de l'économie, est donc de reconnaître ces relations concrètes qui sont à la source des catégories abstraites, chosifiées, du capitalisme.

    La critique conséquente du capitalisme est donc, de ce point de vue, une démystification, et une dénaturalisation, de catégories économiques elles-mêmes fétichisées et naturalisées. Elle vise à montrer que le capitalisme n’est pas indépassable. La critique des « crises » capitalistes est radicalisée par là même, et s’opposera à toute lecture spectaculaire qui tend à affirmer que ce ne serait pas le capitalisme en tant que tel qui serait le « point critique », mais certaines de ses manifestations superficielles (« folie » de la finance, dettes des Etats, etc.).

    Nous pouvons noter que le capitaliste développe la notion de « profit ». Avec la notion (« bourgeoise ») de « profit », la différence entre le capital variable (force de travail) et le capital constant (facteurs objectifs de production) n'est pas faite, pour reprendre des concepts marxiens. Tous les frais sont ramenés à la catégorie générale des coûts de production, si bien que la plus-value apparaît comme produite par l'ensemble des valeurs avancées, par le capital lui-même ; et le capitaliste se focalisera même, absurdement, sur une portion « morte », objective, du capital constant, à savoir le capital fixe, alors que la machine est « incapable » de produire plus de valeur qu’elle n’en coûte, mais épuise au contraire toute sa valeur dans son usage, sans rien « créer » en terme de valeur supplémentaire.

    L'illusion du profit est ainsi un bon exemple de l'illusion d'un rapport entre des pures choses dans le mouvement de la valeur. La notion de profit est une notion en elle-même fétichiste et spectaculaire, idéologique et confuse, puisqu’elle nous fait croire que le mort (capital fixe) pourrait remplir la fonction de ce qui est vivant (force de travail exploitée). Mais sitôt que l'on développe le concept authentique de plus-value, on découvre que celui-ci fait référence à son origine véritable, à savoir le surtravail (la distinction entre capital variable et capital constant, ici, est faite). Le profit n'est qu'une forme d'attribution de la plus-value au capital, une forme illusoire, car elle substitue un pseudo-objet, le système capitaliste lui-même, au sujet réel qui est toujours l'individu au travail. La plus-value en tant que telle est le dépassement critique de cette forme illusoire.

    A partir de cet exemple, il apparaît, si l’on reste conforme à l’esprit lukàcsien, que seuls les prolétaires, en tant que sujets potentiellement révolutionnaires devenus conscients d’eux-mêmes, peuvent accéder à la saisie de formes « défétichisantes » et fluidifiantes telles que la plus-value, car ce sont eux qui peuvent reconnaître que leur travail vivant, précisément, est à la source de l'accroissement de la valeur, c'est-à-dire de son maintien dans la circulation. Leur condition même les incite à reconnaître que, par-delà l'objectivation de leur être, c'est une certaine forme concrète de socialité leur appartenant qui rend possible l'actualisation des catégories prétendument éternelles et naturelles de l'économie.

    Les prolétaires, par ailleurs, qui accèdent à la « vérité » de la plus-value, qui sera la source d’une création « réelle » de valeur, accèdent potentiellement au principe autodestructeur du capitalisme : dans leur notion confuse de profit, les capitalistes, en effet, ne voient pas, comme on l’a dit, que le dit « capital fixe » (instruments techniques automatisés, machines) n’augmente pas la valeur investie, et le surdéveloppement de ce capital fixe, qu’ils favorisent, est une façon pour eux de détruire tendanciellement leur propre système sans le savoir. Les prolétaires, qui saisissent potentiellement leur activité comme principe de l’augmentation de la valeur, accèdent potentiellement au sens de cette contradiction interne du capitalisme, et, se sachant à la fois indispensables et superflus, pour un système contradictoirement dirigé par une classe bourgeoise inconsciente, ils pourraient éventuellement utiliser cette contradiction à leur avantage.

    II Les mécanismes de la crise au sein même d’une contradiction interne à l’économie « réelle »

    Concernant cette question d’une dévalorisation asymptotique de la valeur « réelle » au sein du capitalisme morbide, dévalorisation fondée sur une contradiction entre travail mort et travail vivant, entre valeur solidifiée et force créatrice de valeur, contradiction développée et aggravée après la « troisième révolution industrielle », il s’agit d’aborder une question qui concentre tous les regards, mais qui ne sera traitée que de façon superficielle ou émotionnelle dans les sphères spécialisées du pouvoir, ou dans la sphère médiatico-spectaculaire. A savoir la question du rôle précis de la finance, ou du « capital fictif » dans un tel procès de dévalorisation de la valeur, c’est-à-dire dans le contexte d’un capitalisme toujours en crise.

    Faisons un peu d’analyse critique de l’économie politique.

    Dans un contexte de dévalorisation de la valeur « réelle », la circulation fluide et continue de la valeur découlant de l’exploitation de la force de travail par le capital productif est de plus en plus compromise, car l’élément qui « crée » de la valeur en tant qu’il permet son accroissement, son augmentation, sa croissance, parmi les facteurs de production, cet élément vivant et subjectif qui, en étant exploité, produit plus de valeur qu’il n’en coûte, à savoir le travail vivant lui-même, sera de moins en moins mobilisé, relativement à l’instrumentation technique et automatique massivement mobilisée, et remplaçant toujours plus de travailleurs. Cette situation, favorisant tendanciellement, aujourd’hui par exemple, un chômage de masse, une crise des salaires, une baisse du pouvoir d’achat d’une grande majorité de prolétaires, des législations politiques nationales ou transnationales austéritaires, favorisera aussi des conflits entre classes plus durs, des grèves, des revendications syndicales, des mouvements sociaux divers, qui fragiliseront encore plus ce procès de valorisation, et qui rendront les structures d’encadrement encore plus autoritaires, etc., indéfiniment, au sein d’une spirale désastreuse (du moins tant que les luttes sociales ne débouchent pas sur des formes plus radicales d’autonomisation réelle, et se diffusant largement, à l’égard de la structure marchande).

    Pour entrer de façon plus précise et plus complexe dans la compréhension de ce processus de dévalorisation, qui concerne directement les rapports entre capital fictif et capital productif, tel qu’il se manifeste aussi, éminemment, et de façon destructrice, au sein de notre modernité tardive, je me réfère maintenant à un ouvrage de référence sur la question, celui de Trenkle et Lohoff, intitulé précisément La grande dévalorisation.

    Voyons en particulier ce que dit Lohoff, dans la troisième partie de cet ouvrage, en ce qui concerne la crise des années 1970 :

    « Dans les années 1970, le système de valorisation de la valeur fut pris dans une crise, et si ses conséquences manifestes immédiates demeurèrent nettement moins graves que celles de la grande crise économique mondiale, elles n’en présentèrent pas moins, du point de vue structurel, un caractère bien plus menaçant que celle-ci (…). Le développement accéléré des forces productives déclencha un procès qui mina progressivement et de manière irréversible les fondations du système de la valorisation de la valeur. Puisque le côté processus innovants du développement des forces productives avait pris le dessus sur le côté produits innovants, et que l’éviction du travail vivant dans les branches établies de fabrication de marchandises fut beaucoup plus forte que la réabsorption de travail vivant dans les nouveaux champs apparus de production de marchandises, la quantité de force de travail exploitée de manière productive – au sens de la valorisation du capital – diminua, et la production de valeur réelle commença de la sorte à se contracter. Dans le contexte du mode de production fordiste, il ne fut pas possible d’empêcher le rétrécissement de la base de la valorisation. Les conséquences de ce procès fondamental allaient bientôt se faire lourdement sentir du côté des acteurs économiques.

    Pour commencer, les conditions de valorisation des capitaux en fonction se détériorèrent rapidement à la suite de l’élimination croissante de travail vivant. Des possibilités d’investissements rentables leur firent de plus en plus défaut. Au niveau de la société entière, ceci s’exprima dans une baisse sensible des taux de croissance. Dans les années 1960, les années « argentées », ceux-ci n’avaient certes plus égalé les niveaux records des années « dorées », les années 1950, mais ils atteignaient encore des hauteurs considérables. C’en fut dès lors fini. Entre 1960 et 1973, la valeur monétaire de la production industrielle s’accrut encore, dans les pays de l’OCDE, après correction de l’inflation, en moyenne d’environ 5,7% par an. Pour la période allant de 1973 à 1979, ce taux s’abaissa à 1,7%. Cette baisse drastique est d’autant plus remarquable que ni les pouvoirs publics ni les Banques centrales ne restèrent inactifs, et qu’ils tentèrent bien plutôt de contrecarrer massivement cette évolution. Si les États-Unis, en premier lieu, et tous les pays de l’OCDE, par la suite, n’avaient pas mené une « politique de l’argent bon marché », et ne s’étaient montrés favorables aux investissements, on aurait assisté à un véritable effondrement de l’économie mondiale. »[1]

    Ce que décrit ici Lohoff est très clair : dans les années 1970, le surdéveloppement des forces productives objectives, produisit une éviction de la force de travail dans les secteurs productifs essentiels, éviction qui ne fut pas compensée suffisamment par la contre-tendance liée à la réabsorption du travail vivant par d’autres secteurs productifs émergents. Autrement dit, le capital fixe ici, ou travail mort, par son surdéveloppement, minimisa la production de valeur « réelle » par le capital productif, dans la mesure où le facteur de production « créant » « réellement » de la valeur, soit le facteur subjectif (force de travail) fut, proportionnellement, moins mobilisé.

    Conséquence : baisse des taux de croissance dès 1973.

    Constat : échec du keynésianisme face à cette crise.

    Plus loin, Lohoff, entre vraiment dans le détail de ce processus, qui s’enracine dans le système fordiste-keynésien, et se prolonge jusqu’à aujourd’hui.

    Lohoff nous explique d’abord que la situation économique qui s’enclenche à partir des années 1970 est a priori défavorable pour les capitalistes eux-mêmes. La part du capital variable baissant tendanciellement, au sein du capital productif, au profit d’un surdéveloppement d’une portion du capital constant (travail mort, capital fixe, ou machines), la « création » de valeur « réelle », c’est-à-dire découlant d’une exploitation réelle permettant une plus-value réelle, est de plus en plus compromise. Pourtant nous dit-il, le développement du capital, dans un premier temps, ne semble pas en pâtir explicitement. Dans un contexte de dévalorisation de la valeur « réelle » assez massive, très paradoxalement, le capitalisme semble encore s’épanouir, et les capitalistes eux-mêmes continuent à faire des profits. Cette situation « idyllique » assez étrange se poursuivra pendant deux décennies

    Mais Lohoff précise aussi : le capital ici semble se prélasser dans l’élément qui finira par le détruire. Tous les symptômes de la crise sont là, mais ils ne déclencheront la destruction que plus tard, comme une bombe à retardement.

    Quel sera cet élément à la fois principe de destruction et principe de retardement de la crise qui permettra aux capitalistes, des années 1980 jusqu’aux années 2000, d’engranger des profits, dans un contexte de dévalorisation de la valeur « réelle », soit de la valeur découlant de l’exploitation du travail vivant ?

    Cet élément sera l’accumulation massive de ce que Lohoff appelle « marchandises d’ordre 2 ». Les « marchandises d’ordre 2 », contrairement aux « marchandises d’ordre 1 », qui sont des services ou des biens d’usage concrets et matériels (produits par ce que j’appelle « capital productif »), seront des biens immatériels, s’insérant dans la sphère du capital fictif. Elles désignent des titres de propriété, des actions, des obligations, essentiellement, dans notre contexte.

    Le surdéveloppement de ce capital fictif permet de compenser la baisse tendancielle du développement du capital productif, ou la baisse tendancielle de la création de valeur « réelle », issue de l’exploitation. Très concrètement, les dirigeants du capital productif auront recours toujours plus au capital fictif pour relancer leur production, et pourront ainsi maintenir des profits certains, mais sur fond d’endettement croissant néanmoins. Au sein de ce néolibéralisme « reaganien », l’industrie financière privée joue finalement le rôle que jouaient les banques centrales ou les pouvoirs publics au sein du keynésianisme antérieur (ces deux systèmes n’étant pas structurellement si différents, dans la mesure où l’injection de valeur « publique » dans l’économie « réelle » n’est pas moins « fictive » que l’injection de capital fictif privé, si l’on considère que la sphère publique n’exploite pas directement de la force de travail).

    A l’époque de Marx, cette tendance à « l’inversion » de l’économie n’existait pas vraiment : capital fictif et économie « réelle » se développaient parallèlement, car le développement encore limité des forces productives n’impliquait pas encore un développement conséquent du capital fictif. Dans le système fordiste-keynésien toutefois, cette tendance commence à s’installer, du fait du boom technologique induit par ce système. Dès les années 1980, avec l’émergence d’une « troisième révolution industrielle », on assiste réellement à un « capitalisme inversé » : le capital en circulation est essentiellement un capital fictif, et le capital productif, susceptible de produire « réellement » de la valeur, est de moins en moins vecteur d’accumulation.

    Ce capital « fictif » sera « illusoire », en un certain sens, dans la mesure où il ne « représente » aucune exploitation concrète de la force de travail. Mais il sera aussi bien « réel », dans la mesure où une somme d’argent issue de lui permettra effectivement de se procurer des biens d’usage concrets et consommables. D’où une dissociation qui se montrera nécessairement désastreuse, tôt ou tard.

    Les profits patronaux, de leur côté, issus du capital productif, seront également de plus en plus « fictifs », reposant de moins en moins sur l’exploitation. Mais les patrons pourront néanmoins se procurer des marchandises réelles d’ordre 1 avec l’argent de ces profits.

    Les profits financiers eux aussi dépendront de moins en moins de la valeur « réelle » « créée » par l’exploitation de la force de travail. Mais les actionnaires pourront néanmoins s’acheter des biens d’usage concrets avec cet argent désignant une valeur « illusoire ».

    A ce mouvement de dévalorisation de la valeur « réelle », ou d’inversion du capitalisme productif en capitalisme de plus en plus fictif, correspond, sur le plan monétaire, l’abandon général et final de l’étalon-or dans les années 1970. Une fois que la masse monétaire, ou le capital, n’est plus « connecté » à une marchandise concrète et finie (l’or), il peut se déconnecter complètement de la concrétude limitée de l’exploitation du travail vivant, c’est-à-dire de la source « réelle » de la valeur.

    La crise se manifeste une fois que toutes ces dettes accumulées finissent par montrer leur vrai visage : elles ne seront jamais remboursées. Lorsque la valeur « illusoire » accumulée montre son caractère effectivement illusoire, la confiance disparaît complètement, plus personne n’investit, l’économie est bloquée. Les marchés financiers s’effondrent, les « bulles » spéculatives explosent, etc. Surproduction tendancielle, chômage de masse, baisse des salaires, austérité, autoritarisme étatique réactualisé face aux luttes sociales et contestations, etc.

    Dans cette situation, certains tirent leur épingle du jeu : ceux qui auront su bénéficier antérieurement d’une confiance illusoire, et qui auront su ne pas être ruinés une fois cette confiance ébranlée, dans la mesure où ils auront su faire les « bons placements ». La crise les aura même enrichis. Mais leur situation reste précaire : car l’augmentation de leur fortune reste l’augmentation constante de leur dette. Ils seront vraisemblablement des ruinés en sursis, puisque les valeurs qu’ils amassent sont toujours moins « réelles ».

    Mais leur ruine fera aussi celle de millions de gens.

    Cette interprétation de Lohoff de la crise est magistrale, et évite autant les écueils « marxiste traditionnels » que les écueils des économistes marginalistes-bourgeois.

    Mais j’ajouterai un facteur supplémentaire à la baisse tendancielle de la valeur « réelle », facteur qui est décisif, dans l’esprit lukàcsien par exemple : ce ne sera pas simplement le surdéveloppement du capital fixe qui produira une grande dévalorisation de la valeur « réelle », mais ce seront aussi les luttes sociales et tensions sociales découlant des ravages de cette dévalorisation, qui aggraveront cette tendance (ou qui devront l’accroître) ; car les individus organisant des luttes sociales bloquent aussi l’économie, menacent encore plus le taux de plus-value en exigeant des meilleurs salaires, en faisant des grèves, etc. Le facteur objectif de la dévalorisation (capital fixe surdéveloppé) ne saurait être compris dans sa complexité, il me semble, si on ne lui adjoint pas le facteur subjectif (luttes sociales subjectives durcies et multipliées, du fait d’une misère objective et subjective aggravée des prolétaires). Les deux s’inscrivent dans une même logique d’autodestruction, objective et subjective, de la société marchande. Mais le facteur objectif néanmoins sera toujours nécessairement une dialectique négative, une destruction asymptotique et au carré, là où le facteur subjectif (individus exploités qui luttent), s’il finit par abolir les structures objectives qui font de sa misère une valeur, au fil de ses combats concrets, pourrait bien faire de cette autodestruction une création finalement réjouissante en soi (construction d’une société post-capitaliste cosmopolitique réellement libre et égalitaire).

    La question des crises du capitalisme, par-delà toute « analyse » ou prescription idéologique superficielle, d’un point de vue strictement anticapitaliste, pose un enjeu très précis et très déterminé : comment peut-on penser la façon dont le facteur subjectif de l’autodestruction du capital pourrait ne pas s’inscrire dans la négation redoublée de ses facteurs objectifs autodestructeurs, mais devenir toujours plus clairement auto-abolition du prolétariat ou des exploité-e-s comme création et victoire de la vie sur la mort ?

    III Démystifier les analyses spectaculaires et idéologiques de la crise

    Depuis la crise de 2007-2008, le pouvoir politico-économique et spectaculaire diffuse une ambiance schizophrène. Forcé de reconnaître les lacunes irréductibles du système capitaliste, il tend pourtant à réaffirmer le caractère indépassable du système de la marchandise et du travail abstrait, ne produisant de ce fait qu’un discours contradictoire et confus, et favorisant des modes législatifs et régulateurs toujours plus clivants et clivés.

    L’introduction de La grande dévalorisation fait état très précisément de cette situation : « L’angle mort de cette ambiance schizophrène, c’est sans aucun doute l’individu moderne, abîmé psychologiquement et socialement, après trente ans d’une pénétration radicale de l’économie dans tous les domaines de la vie, qui a rendu impossible d’imaginer une organisation de la vie sociale ne passant pas par la marchandise, la dépense abstraite de force de travail et l’argent. S’ajoute à cela l’effondrement du « socialisme réel », qui a conféré au dogme de l’absence de toute option opposée au capitalisme la force d’une évidence. Certes, le « socialisme réel » n’a jamais été autre chose qu’une variante autoritaire de la modernisation capitaliste, soutenue par l’idéologie singulière de la « dictature du prolétariat », et il ne constituait en aucune façon une perspective pour l’émancipation sociale; mais sa seule existence apparaissait à beaucoup comme la preuve qu’il existait une autre option face à l’alignement de tous les rapports sociaux sur le principe de la rationalité économique. C’est pourquoi son effondrement n’a pas permis l’élargissement de l’horizon de la pensée de l’émancipation, mais au contraire a renforcé le sentiment que le mode de vie et de production de l’économie capitaliste marchande est le seul possible. Pourtant, étant donné que l’idée même d’un possible dépassement du capitalisme était balayée comme les chimères de doux rêveurs et de passéistes invétérés, l’hypothèse d’une crise fondamentale du système se trouvait implicitement frappée de tabou. Car cette crise n’est pas analysée comme la crise d’un mode de production historiquement spécifique devenu obsolète: elle apparaît comme un processus apocalyptique, de l’ordre d’une guerre atomique mondiale, ou de la chute d’une météorite géante – d’où cette oscillation entre hystérie et refoulement. »[2]

    Comment donc se formuleront finalement les discours « officiels » « dénonçant » les facteurs « pernicieux » ayant donné lieu à la crise économique de 2008 ? Ils cibleront une partie jugée « maudite » du capitalisme, à savoir la sphère financière. C’est la « folie » de la finance dérégulée qui aurait donné lieu à la crise du capitalisme.

    Officiellement, donc, on évitera de critiquer explicitement l’économie du marché, ou le capitalisme en tant que tel, mais on dénoncera « sans concession » quelque « néolibéralisme » vaguement appréhendé. La dérégulation « néolibérale » des années 1980 aurait « perverti » l’économie de marché (supposée donc bonne en elle-même, a priori), et un interventionnisme étatique approprié, une régulation « vertueuse » des flux financiers, un néo-keynésianisme adéquat, éventuellement, seraient susceptibles de « redresser » l’économie, et de restaurer quelque « capitalisme à visage humain ».

    Il est bon de noter que cette critique tronquée d’un capitalisme simplement « financier » n’est plus, après 2008, simplement une critique « de gauche ». En France, Sarkozy, en 2012, évoquera la nécessité de mettre en place une taxe sur les transactions financières, étant influencé ici par l’économiste pro-keynésien Tobin, Tobin ayant été lui-même récupéré dès 1998 par les altermondialistes du Monde diplomatique (ATTAC). Marine Le Pen, lors de sa conférence de presse à propos du Brexit, le 24 juin 2016, ciblera, de façon manichéenne, la « finance internationale », en tant que menace pour les économies nationales soucieuses de leur « souveraineté ». La critique dite « de gauche » de la finance, celle des protectionnistes nationalistes comme Mélenchon ou Lordon, ou celle des « économistes atterrés », cible naturellement de façon beaucoup plus radicale de telles tendances « fictives » transnationales, mais l’esprit général reste le même.

    Que nous disent donc aujourd’hui nos experts et expertes de la crise ? Ils et elles distinguent essentiellement deux sphères économiques ; l’une, supposée « vertueuse » en elle-même, serait menacée par l’autre, « pernicieuse » voire « malveillante ». L’économie dite « réelle », soit le système de la production marchande, du travail, et de l’accumulation de valeur, pourrait être a priori « saine » et « durable », si la sphère de la finance était régulée et contrôlée.

    Dans quelle mesure cette défense d’un « retour » à un certain « keynésianisme » qui ne s’assume pas toujours en tant que tel n’est-elle en rien une préconisation sérieuse et lucide ? Les remarques que j’ai faites à propos des mécanismes réels de la crise devraient permettre de le montrer sans difficulté.

    D’abord, l’idée d’isoler la finance comme sphère « autonome », comme part « maudite » du capitalisme, n’est en rien rigoureuse, dans la mesure où le système capitaliste est une totalité en laquelle chaque élément s’insère dans des boucles de rétroaction complexes qui font que le développement « déréglé » d’un élément n’est jamais que l’expression du dérèglement de tous les autres, et réciproquement. La sphère financière ne saurait être une cause agissant de façon autonome. Ses mouvements, éventuellement « délirants », ne sont d’abord que les effets d’une économie dite « réelle » qui est en elle-même la folie et l’autodestruction en soi. Lorsque la sphère financière, comme cause, se met à aggraver la crise de l’économie « réelle », ce n’est jamais que comme cause médiate, qui est d’abord l’effet de cette économie « réelle ». D’un point de vue cybernétique, la crise du capitalisme est une totalité qui dévoile la folie de l’économie « réelle » et de la fonction financière simultanément, et qui ne dévoile donc pas simplement le « dysfonctionnement » d’une partie isolée du capitalisme, puisque tous les secteurs économiques, fictifs ou « réels », sont imbriqués les uns dans les autres.

    Plus profondément, l’économie dite « réelle », ou la sphère productive « réelle », fondée sur l’exploitation du travail vivant et l’accumulation de la valeur, développe la contradiction interne fondamentale par laquelle le capitalisme s’autodétruit asymptotiquement. Le développement accéléré de la finance dans ce contexte n’est qu’une contre-tendance, une pure réaction du système capitaliste, qui tente de compenser la dévalorisation de sa valeur « réelle », du fait d’un surdéveloppement du travail mort. Dans une telle situation, faire cesser réellement les crises du capitalisme, c’est abolir cette contradiction interne de l’économie « réelle », et non pas réguler la sphère superficielle de la finance : une telle « régulation » ne ferait que retarder l’échéance de la crise, pour mieux garantir les conditions de son explosion désastreuse. Abolir cette contradiction, c’est abolir les principes d’une telle économie « réelle » eux-mêmes, puisque cette économie et sa dynamique contradictoire sont indissociables : supprimer cette dernière, c’est abolir la première. Une critique de la crise aujourd’hui, qui formule le désir de faire cesser les crises, formule de façon conséquente la nécessité d’abolir le capitalisme en lui-même, globalement parlant : soit la nécessité d’abolir la structure marchande, le système du travail abstrait, de la valeur, et de l’argent comme fin en soi.

    Vouloir simplement « réguler » la sphère financière, vouloir remplacer quelque « néolibéralisme » diabolisé par quelque « keynésianisme » « providentiel », qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui ?

    1. Cela signifie : vouloir sauver le capitalisme, vouloir maintenir les principes de l’exploitation et de l’accumulation, comme s’ils pouvaient être solubles dans un système « durable » ou « à visage humain ». Keynes lui-même, en effet, ne souhaite que maintenir une dynamique « vertueuse » du capitalisme, en évitant par exemple à ce système la « crise des débouchés ».
    2. Cela signifie, manquer totalement de sens historique, dans la mesure où les années 1970 nous rappellent l’échec programmé de tout keynésianisme, et nous rappellent que les « trente glorieuses » ne sont qu’une étape provisoire et circonstanciée du capitalisme, dont la « restauration », déjà utopiste, ne produirait jamais qu’un espoir vain et temporaire.
    3. Cela signifie, ne pas voir que l’interventionnisme étatique n’empêche en rien la crise interne de l’économie « réelle », dans la mesure où la finance « publique » injectée dans cette économie n’est pas moins illusoire que la finance « privée », puisque l’Etat ne produit pas lui-même de la valeur « réelle », n’exploitant pas directement de la force de travail.
    4. Cela signifie, vouloir proposer des réformes « radicales » dans un cadre essentiellement national (et surtout dans le cadre des nations occidentales impérialistes), sans remettre en cause les règles du jeu du capitalisme mondial, et c’est donc être, d’un point de vue internationaliste, contre-révolutionnaire au sens strict.

    Par ailleurs, d’un point de vue analysant le spectaculaire en tant que tel, les analyses « officielles » de la crise qui dénoncent trop exclusivement le caractère « irresponsable » de la finance « autonomisée », s’expliquent essentiellement en considérant un biais psychologique et idéologique particulièrement menaçant aujourd’hui : le biais qui consiste à vouloir personnifier outre mesure les rapports de domination au sein du capitalisme moderne. Qu’en est-il ? La domination capitaliste est essentiellement impersonnelle, comme le rappelle Marx, par exemple dans la première section du Capital, pour différencier le système capitaliste des systèmes précapitalistes, dont les dominations étaient davantage personnalisées. Mais cette situation, pour ceux qui voudraient « condamner » ce système, et en particulier pour les idéologues pseudo-critiques qui voudraient simplement « purifier » ce système, est insupportable : il n’est pas rassurant, en effet, de ne pouvoir directement cibler des individus « responsables », moralement ou politiquement parlant, lorsqu’on souhaite réguler un système de façon précise sans pour autant l’abolir purement et simplement. Les idéologues pseudo-critiques de ce fait, qui d’ailleurs défendront l’automouvement de catégories abstraites « saines » qu’il s’agirait de préserver, pour ne pas avoir à critiquer radicalement et globalement une domination amorale et non intentionnelle en dernière instance, préféreront ignorer ces analyses marxiennes, et dénonceront impitoyablement certains agents différenciés du système qui seraient, selon cette sur-thématisation, particulièrement « coupables » de ce qui « nous » arriverait en cas de crise.

    Cette personnification abusive et naïve de la domination, qui relève d’une pensée mutilée et confuse, réformiste et spectaculaire, ne ciblant que les aspects superficiellement visibles d’un système matériel complexe et essentiellement fétichiste, hélas, dans le pire des cas, deviendra conspirationniste, paranoïaque, et finalement haineuse : historiquement, elle finira par associer le capital financier, déjà isolé de façon non légitime, comme on l’a vu, à une « culture », à une « religion », voire à un « race », dans le pire des cas, qui aurait un « projet » de domination mondiale ; cette religion, la religion juive, donc, finira par être le symbole de quelque « mondialisme » abstrait, déraciné et sans ancrage, à l’image d’une finance abstraite « menaçant » les économies « nationales » particularisées.

    Ce n’est donc pas simplement parce que les prescriptions politiques spectaculaires découlant d’une « critique » idéologique de la seule « finance » sont vaines, temporaires, locales et contre-révolutionnaires d’un point de vue anticapitaliste strict, qu’il s’agit de dénoncer cette pseudo-critique. C’est aussi et surtout parce qu’elle favorise, en tant que critique spectaculaire isolant des symboles simples, des réductions potentiellement racistes ou antisémites, qu’il faut aujourd’hui combattre ses représentants, eux-mêmes non-spécifiques et indifférenciés.

    Une lecture non-spectaculaire et réellement transformatrice de la crise détermine précisément une sortie positive de la crise qui est la suivante : le facteur subjectif qui saisit potentiellement le sens profond de la crise de la dévalorisation de la valeur « réelle », soit les individus objectivement réifiés dans la production, parce qu’elle les aliène ou parce qu’elle les exclut, soit les individus qui accèdent potentiellement au sens réel de la plus-value, susceptibles d’opposer à la valeur dite « réelle » de l’économie dite « réelle », à la misère déterminée comme « bien », la valeur incarnée et concrète de la vie en tant qu’elle s’émancipe, ces individus donc seront susceptibles éventuellement d’abolir la crise du capitalisme en tant que tel dans leurs luttes fédérées, puisqu’ils seront capables d’abolir le capitalisme en tant que tel, avec ses catégories abstraites-réelles qui ne sont rien d’autre que le « point critique » en lui-même : travail, marchandise, argent, valeur.

    Une telle lutte des personnes prolétarisées au sein du capitalisme ne ciblera plus un aspect superficiel de ce capitalisme, comme la finance ; elle ne sera plus conspirationniste, raciste, ou antisémite, à la manière des idéologies discriminantes des gestionnaires de la misère, soucieux de maintenir la misère en divisant les sujets potentiellement révolutionnaires. Elle viendra abolir proprement le système lui-même, à sa racine même, en ses déterminations amorales et indifférenciées, c’est-à-dire une logique massivement totalitaire, globalement déréalisante, généralement divisante et clivante, par elle-même et en elle-même.

    Je l’ai déjà dit, les luttes sociales qui s’opposent aux désastres sociaux du capitalisme, aggravent la crise de la dévalorisation de la valeur « réelle ». Les réponses, éventuellement sécuritaires ou austéritaires, à ces luttes, ne font que délabrer, hélas, encore plus, les conditions de vie matérielles des personnes précarisées ou exclues, si bien qu’il pourrait sembler que la lutte, trop souvent, n’abolit pas la misère, mais entretient sa logique. Si elle débouche sur un réformisme « radical » « providentiel », mais n’abolissant pas le principe marchand en tant que tel, elle ne fait que retarder l’échéance de cette misère, mais n’aura pas supprimé les conditions de son déploiement. Les experts ou expertes réformistes ou spectaculaires auront donc une lecture déterminée de la lutte, et c’est cette lecture qu’il faut dénoncer : la lutte, comme facteur subjectif intentionnel de l’autodestruction du capitalisme ne se différencierait pas, selon ces expert-e-s, qualitativement, des facteurs objectifs produisant l’autodestruction « mécanique » du système (finance « folle », contradiction interne de l’économie « réelle ») ; il s’agirait donc pour ces expert-e-s de rendre la lutte temporaire et locale, vers un retour « à la normale » (capitalisme « à visage humain »). Contre cette conception qui fait de la lutte un simple moment dans le capitalisme, récupérable et dépassable par le capitalisme, il s’agirait de réaffirmer la spécificité radicale de ce facteur subjectif d’autodestruction du capitalisme : sa vocation est bien l’auto-abolition définitive du système, et toutes les fois où il ne fait qu’accompagner la dévalorisation asymptotique de la valeur « réelle », sans abolir cette valeur pour lui substituer la valeur de la vie émancipée des individus en chair et en os, au sein d’une société radicalement « autre », il ne peut que reconnaître son propre échec. Comme une brèche subjective et vivante, consciente et humaine, prise entre deux pulsions morbides mécaniques et automatisées, amorales et non-humaines (une « économie » destructrice, elle-même détruite par un capital financier aveugle, en tant qu’elle est aussi « entretenue » par lui), la lutte des individus subissant la réification de leurs activités productives et la précarisation de leurs conditions de vie, devra toujours plus imposer sa spécificité de pulsion de vie, sa spécificité de pulsion transformatrice positive, par-delà ses déroutes ponctuelles : c’est ainsi qu’elle donne un sens, une signification et une orientation, à un processus de dissolution de la structure marchande qui se poursuit depuis bien longtemps, et qui, comme révolte des sujets, ne saurait se réduire à une pure dynamique suicidaire indéfiniment prolongée. Sans cette façon précise d’interpréter le sens des luttes, non téléologique mais déterminée, c’est la vanité de toute projet réel de contestation qui paraîtra ressortir fallacieusement, chose insupportable pour tout individu révolutionnaire considérant que la visée destructive capitaliste est le strict contraire de sa propre visée critique, qui est aussi et avant tout une visée radicalement constructive.

    Cette sortie de la « crise », qui n’est rien d’autre que la sortie hors de la structure marchande constamment en crise, ne sera bien sûr jamais défendue dans les zones spécialisées du pouvoir ou du spectacle, puisqu’elle implique que les individus « experts » dans la régulation ou dans l’encadrement des « populations » doivent être dépossédés de leurs prérogatives, et puisqu’elle ne fait que dénoncer radicalement l’imposture de ces expertises, leur vacuité radicale et leur fonction idéologique insupportable.

    Tout économiste spécialisé, « scientifique » ou « sérieux », atterré ou atterrant (ce qui est la même chose), refusera ce diagnostic et cette projection, refus que sa place dans les rapports matériels de production et de reproduction idéologique du pouvoir, explique largement.

    « Le spectacle est le discours ininterrompu que l’ordre présent tient sur lui-même, son monologue élogieux. C’est l’auto-portrait du pouvoir à l’époque de sa gestion totalitaire des conditions d’existence. L’apparence fétichiste de pure objectivité dans les relations spectaculaires cache leur caractère de relation entre hommes et entre classes : une seconde nature paraît dominer notre environnement de ses lois fatales (…). Si le spectacle, pris sous l’aspect restreint des « moyens de communication de masse », qui sont sa manifestation superficielle la plus écrasante, peut paraître envahir la société comme une simple instrumentation, celle-ci n’est en fait rien de neutre, mais l’instrumentalisation même qui convient à son auto-mouvement total. Si les besoins sociaux de l’époque où se développent de telles techniques ne peuvent trouver de satisfaction que par leur médiation, si l’administration de cette société et tout contact entre les hommes ne peuvent plus s’exercer que par l’intermédiaire de cette puissance de communication instantanée, c’est parce que cette « communication » est essentiellement unilatérale ; de sorte que sa concentration revient à accumuler dans les mains de l’administration du système existant les moyens qui lui permettent de poursuivre cette administration déterminée. »

    Guy Debord, La Société du Spectacle, I, 24

    [1] Trenkle, Lohoff, La grande dévalorisation, Troisième partie, p. 228

    [2] Trenkle, Lohoff, La grande dévalorisation, Introduction, p. 9

    Source : http://benoitbohybunel.over-blog.com/2016/10/2008-2016-devoilements-reels-et-voilements-spectaculaires-du-capitalisme-en-crise.html

     

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