• Benoît Hamon sur France Inter – quand des membres du PS semblent prendre conscience de la crise structurelle du capitalisme

    Interrogé récemment sur France Inter, Benoît Hamon évoquait les problèmes socio-économiques qu’implique le développement du numérique et de la robotique appliqués à la production. Les propositions de Benoît Hamon pour y faire face s’inscrivent, sans surprise, dans un schéma réformiste et alter-capitaliste. Cependant, le fait de poser le débat sous cet angle constitue un apport incontournable pour dépasser les analyses erronées de la crise, attribuant son origine à l’Europe, à la mondialisation, aux banques et à la finance.

    Dans une récente interview sur France Inter [1], Benoît Hamon traitait des problèmes posés par la révolution numérique, et expliquait que : « Notre système de protection sociale court à sa perte s'il continue à se financer uniquement par le travail (…) Aux États-Unis, en 30 ans, on a produit 50% d'acier en plus avec 4 fois moins de travailleurs (…) De quelle manière la machine, quand elle se substitue à l'homme, contribue au financement de sa protection sociale? » 

    Benoît Hamon semble comprendre le paradoxe de la croissance de la productivité. Nécessaire à la croissance capitaliste, la productivité est aussi la cause de sa crise. En supprimant du travail vivant, le capital supprime à la fois la source de la production de valeur et de plus value, et en même temps la source de sa réalisation : les travailleurs - acheteurs de marchandises. Le défaut de valeur et de plus value réalisée conduit également à des difficultés croissantes pour financer la protection sociale et les retraites – mais on peut en dire de même pour la transition écologique, l’éducation, la formation, ou encore le remboursement de la dette publique. Benoît Hamon ne fait qu’évoquer ici ce que Marx avait analysé et anticipé il y a déjà 150 ans : « La véritable barrière de la production capitaliste c’est le capital lui-même » [2].

    Cette compréhension des conséquences de la révolution numérique le place néanmoins loin devant les analyses nationalistes-protectionnistes et anti-financières de Jean-Luc Mélenchon. Egalement loin devant les analyses Keynésianno-fordistes des partis comme le NPA ou LO, pourtant héritiers du marxisme.

    Bien évidemment, si la réflexion semble juste, Benoît Hamon ne va pas au bout de la réflexion et les solutions qu’il propose se révèlent bien insuffisantes pour enrayer la crise. La principale solution avancé réside dans une « taxe sur les robots ». Il s’agirait de simuler le fait que les robots soient des salariés pour ensuite prélever l'équivalent salaire à ces entreprises extrêmement robotisées. Une telle taxe serait censée avoir des effets dissuasifs sur le remplacement du travail humain par la machine.

    Cependant, pour qu’une telle mesure fonctionne, il faudrait déjà qu’elle s’applique au niveau mondial, c'est-à-dire qu’aucun pays ne puisse robotiser sans taxer la robotisation. Dans le cas contraire, les quelques pays qui l’appliqueraient se heurteraient à de grosses difficultés face à la concurrence mondiale.

    Ensuite une telle mesure fait penser au doux rêve d’un retour au Fordisme. En effet, il faut considérer que, d’une part, la croissance de la productivité est au cœur de la dynamique du capital. Chaque entreprise privée, en concurrence avec les autres pour la vente de ses marchandises, est « obligée » de croitre en productivité, sans quoi, elle s’expose à un risque plus important de faillite. Empêcher les entreprises de croitre en productivité mène à empêcher la résolution des contradictions du capitalisme dans la crise, c'est-à-dire d’atteindre une phase de reprise de l’accumulation – accumulation sur laquelle comptent les réformistes pour financer les services de l’Etat.

    Mais la reprise de l’accumulation viendra elle-même buter sur une nouvelle limite : sitôt que les effets de monopoles seront passés, que de plus en plus d’entreprises adopteront ce mode de production robotisé, le développement de la concurrence ramènera les taux de profit au niveau du taux de profit moyen. Ainsi, soit la taxe sur les robots sera insignifiante et insuffisante pour financer le social, soit elle ne permettra pas aux entreprises – aux moins résistantes – de se rentabiliser et de réinvestir, et il y aura encore une crise.

    Est aussi à considérer le fait que les entreprises capitalistes d’aujourd’hui sont confrontées à un choix majeur entre deux options : robotisation ou délocalisation. Il est bien évident que si la robotisation s’avère désavantageuse pour cause de mesures politiques vivant à revaloriser le travail vivant, les capitalistes feront le choix de la délocalisation dans des pays où la main d’œuvre coûte moins chère. Il ne s’agit pas là de malveillance, mais simplement des logiques du produire à moindre coût, et de le faire avant de se faire battre par des concurrents qui, eux, n'hésiteront pas. Encore une fois, on s’expose aux conditions d’une crise : les travailleurs des pays riches s’appauvrissent et achètent moins ou moins chères les marchandises, les capitalistes accumulent moins, les Etats ont moins de possibilités de ponctionner la valeur produite.

    Toutes ces logiques sont induites par la concurrence que se livrent les capitalistes entre eux. Mais la concurrence n’est pas la cause dernière du problème. Une économie des monoples ne serait pas préservée d’une crise non plus. En effet, la crise, en remontant jusqu'à sa racine, découle elle-même de l’organisation de la société en une multitude de producteurs privés indépendants les uns des autres dans leurs choix de production, mais dépendant les uns des autres pour la vente incertaine de leurs marchandises et la satisfaction, de ce fait également incertaine, de leurs besoins. Concurrence et monopoles ne sont que les deux faces de cette même pièce.

    Ainsi, la solution pour en finir avec la crise systémique du capitaliste, ne consiste pas à « taxer les robots » pour en revenir à on ne sait quel fordisme mythifié, où le « plein emploi » masquait d’insupportables conditions de travail. Il s’agit de socialiser les moyens de production, notamment robotisés, sous le contrôle de la population, organisée en collectifs de producteurs et collectifs de consommateurs associés. Partant de là, il s’agit d’organiser la production pour satisfaire les besoins de la population, non pas selon une médiation économique et marchande, mais selon une médiation sociale, permettant d’assurer une distribution non marchande de la production, où chacune et chacun sera garanti de recevoir ce dont il a besoin indépendamment des « résultats de son entreprise ».

    [1] https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-06-decembre-2016

    [2] (K. Marx, Le Capital, Livre III).

    « Le maintien de l’ordre, une violence d’État militaro-policière"La critique marxienne de la valeur" - Par Benoît Bohy-Bunel »
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