• Comment s'organiser ?

    Nous insistons régulièrement sur l’impasse Etatique et sur la nécessité pour les forces progressistes de s’organiser et de lutter hors du champ des institutions politiques et contre celles-ci afin de transformer la société. Cependant, pour ceux et celles qui, convaincus de cette démarche, souhaitent s’y inscrire, les choses peuvent devenir compliquées lorsqu’il s’agit de passer à la pratique. Nous donnerons ainsi quelques clés permettant d’avancer en ce sens. Il ne s’agit bien entendu pas d’une recette miracle qu’il faudrait appliquer à la lettre, mais de principes de départ qui, parmi d’autres, permettent de commencer à construire des formes d’auto-organisation et de lutte, de principes qui peuvent être réévalués suivant la situation, les gens qui s’organisent, le pouvoir en place. 

     

    Nous prendrons appuis sur les travaux de Saul Alinsky, auto-organisateur Américain des années 50 à 70 [1], qui a eu une grande influence sur les mouvements de cette période, notamment le mouvement des droits civiques. L’objectif d’Alinsky était de construire du pouvoir du coté des gens contre le pouvoir organisé : les patrons, les propriétaires, les pouvoirs publics. Si nous ne reprenons pas tels quels les positions ou le coté méthodiste d’Alinsky, nous utiliserons volontairement certaines de ses préconisations. 

    Pour construire des luttes sociales et de l’auto-organisation, la première étape consiste pour les animateurs de luttes à observer pour connaitre les lieux, les gens, ce qui s’y fait. Il s’agit ensuite de s’appuyer dans un premier temps sur l’existant, sur ce que d’autres ont pu mettre en place précédemment. Il est également nécessaire d’identifier les gens influents et prêts à lutter et les former aux méthodes d’auto-organisation, ainsi que les problèmes qui se posent au niveau local. Ensuite, à l’aide de l’analyse de la situation locale et des réseaux d’auto-organisateurs que l’on a pu constituer, vient le moment de rassembler largement les gens concernés par les problématiques locales, par exemple, sous la forme d’une réunion de quartier, pour discuter les problèmes, laisser émerger les analyses, les contradictions, et permettre l’auto-appropriation de la lutte par ses acteurs potentiels. A ce moment, les animateurs de lutte servent de médiateurs, distribuent la parole, proposent des synthèses, rendent explicite les intérêts que les gens ont en commun. Une fois les problèmes posés vient le moment d’agir. Les animateurs de lutte doivent proposer des actions directes inventives drôles et non violentes, et favoriser l’initiative de proposition au sein de l’assemblée. Les objectifs et les actions doivent être graduels, afin de permettre aux personnes mobilisées de gagner en confiance, de comprendre qu’ils peuvent faire des choses. Il faut donc commencer par des actions visant des objectifs faciles à atteindre, avant de s’attaquer à des luttes de plus grosse ampleur.

    L’objectif de cette pratique est aussi d’acquérir des savoirs faire à travers l’expérimentation : au début, on peut s’engager dans une lutte sans rien connaitre. C’est à force de lutter, d’entendre ce qui se dit, d’observer des manières de faire, que l’on devient capable de faire à son tour. Il faut donc éviter au maximum les délégations de responsabilités, afin de neutraliser les phénomènes de domination des « experts ». Si leur savoir peut s’avérer constituer un apport essentiel, ceux-ci doivent rester dans un rôle de conseillers.

    En tant qu’animateur de luttes, il est important de ne pas être sectaire, de savoir agir avec des gens d’horizon différents. Mais il est tout aussi important de ne pas se renier. Il faut pouvoir développer ses analyses, défendre ses positions, et laisser les autres faire de-même. Bref, il faut savoir laisser sa place au débat démocratique. Mais il faut également faire attention aux tentatives de récupération politique émanant des aux faux amis, de personnes ou organisations opportunistes. Il arrive en effet, et de manière très fréquente, que, dans les luttes sociales, des gens appartenant à des organisations (droite libérale, syndicats réformistes, sociaux-démocrates, partis oppositionnels en mal d’électeurs, militants du parti au pouvoir se retournant sur cette question contre son camp) s’investissent dans des luttes, se rendent progressivement indispensables et se retirent avant que le mouvement n’ait atteint ses objectifs, ou mettent les freins au moment ou la lutte bat son plein et que le rapport de force devient favorable, entrainant avec eux la chute du mouvement. Il faut être capable de les identifier, d’éviter qu’ils ne prennent trop de place et ne pas tout baser sur eux.

    Enfin, comme dernier principe, il faut construire le rapport de force avant toute chose, avant de négocier. Dans les luttes syndicales ou politiques, on nous dit souvent que si on nous donne une main nous voudrons le bras, cependant, avec les élus ou les patrons, si demandez un bras et vous aurez un doigt ! Ainsi, au final autant demander la lune !

     

    Se constituer un réseau : 

    De nombreuses organisations peuvent vous donner un coup de main pour les luttes :

    DAL, Jeudi Noir, RESF, RUSF, AC !, les différents collectifs locaux de défense des sans papiers, la Fédération syndicale SOLIDAIRES, la CGT, la CNT, des groupements politiques comme Alternative Libertaire, le Nouveau Parti Anticapitaliste, l’Offensive Libertaire et Sociale, la Fédération Anrachiste, la Coordination des Groupes Anrachistes, le Mouvement des Objecteurs de Croissance, mais aussi des associations comme ATTAC. Il est aussi possible de trouver du soutien par le biais d’associations locales, via notamment leurs sites web respectifs.

    Dans la colonne de droite du site d’ECR, vous retrouverez l’ensemble de ces liens et d’autres encore.

     

    Pour aller plus loin sur la méthode Alinsky 

    La Méthode Alinsky - revue La Traverse

    La Méthode Alinsky - revue La Traverse - téléchargement PDF

    Saul Alinsky, retour sur un organisateur pas comme les autres

    Saul Alinsky, le B A BA de l'organisateur

    Saul Alinisky, Etre Radical : occuper les toilettes pour faire plier le patron

    Saul Alinsky, de la sociologie d'Al Capone à l'auto-organisation des pauvres

    L'héritage politique de Saul Alinsky

    Donner du pouvoir au peuple, pas aux élites : Entretien avec Saul Alinsky publié dans Playboy

    Page Wikipedia sur Saul Alinsky

     

    Pour en savoir plus sur les manières de s’auto-organiser en ce qui concerne les luttes du Chiapas :

    http://lavoiedujaguar.net/

    « Qu'attend le mouvement social pour occuper la rue ?Face à l'impasse électorale, organisons-nous ! »
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