• Congrès NPA 2015 – enfin révolutionnaire ?

    Le congrès du NPA, qui a eu lieu ce week end, a vu la plateforme de l'ancienne majorité arriver en tête des votes, mais tomber en minorité face à une coalition des 4 autres plateformes. Qu'en sera-t-il de l'avenir du NPA. Pourra-t-il rompre avec ses stratégies d'alliances opportunistes avec le Front de Gauche, et se réorienter vers une voie clairement révolutionnaire, anticapitaliste et autogestionnaire ?

     

    Résultats [1]

    Plateforme 1 : 35%

    Défendue par une partie de la majorité sortante, dont Christine Poupin et Olivier Besancenot. Elle s’inscrit en continuité de la ligne « opposition de gauche avec le FdG – font social et électoral avec la sociale démocratie – gouvernement anti-austérité » de l’ancienne majorité.

    "La perspective d’un gouvernement anti-austérité au service des exploitéEs et des oppriméEs, sur un programme de rupture anticapitaliste, porté par la mobilisation et l’auto-organisation répond de manière compréhensible à une échelle large à cette préoccupation."

    Les luttes sociales et l'auto-organisation servent, selon cette plateforme, à prendre le pouvoir d'Etat et mettre en place un gouvernement et des réformes contre l'austérité et le capitalisme. Cette prise de pouvoir libèrerait la société de l'Etat et du capital et permettra le développement de l'auto-organisation.
    Le mouvement social auto-organisé ne constitue donc qu'un faire valoir pour la conquête du pouvoir d'Etat, ainsi qu’une perspective post-révolutionnaire. Ainsi les luttes du mouvement social et son auto-organisation allant jusqu'à la construction autonome d’une (contre-)société émancipée, ne constituent pas, au contraire de l’approche libertaire, le cœur du processus révolutionnaire.

    Alors Olivier, où sont donc passées tes affinités révolutionnaires ?

     

    Plateforme 2 : 26%

    Issue de la partie gauchiste de la majorité sortante (Alain Krivine, Yvan Lemaître) alliée à la frange "ouverte" de l'ancienne opposition gauche du NPA n’ayant pas rallié le courant Anticapitalisme & Révolution. Elle se distingue de la P1 par l’indépendance politique, électorale et programmatique par rapport au Front de Gauche.

    "Le débat sur la politique pour les luttes rejoint celui du contenu de l’alternative politique, d’un gouvernement anticapitaliste et révolutionnaire dont le programme, nécessairement transitoire, concentrerait ses mesures contre la propriété et l’État.
    Ce gouvernement véritable émanation de l’auto-activité des masses, serait un instrument vers le pouvoir des travailleurs.
    Notre politique inscrit les luttes dans une perspective de rupture avec le capitalisme et les institutions. Elle consiste, à partir de l’expérience collective sociale et politique des travailleurs, à mettre à nu les rapports de classes et la logique qui commande aux politiciens leurs actes. Nous mettons en avant dans notre intervention la question du pouvoir et de la remise en cause de la propriété privée, par des revendications transitoire anticapitalistes.
    Nous indiquons une méthode, une « hypothèse stratégique » : la généralisation des luttes, la grève générale contre le patronat et le gouvernement, le développement des luttes immédiates en luttes politiques contre la bourgeoisie dans son ensemble, pour poser la question du pouvoir."

    Encore une fois, formulée avec les termes « anticapitaliste et révolutionnaire », plutôt qu'avec des termes connotés réformistes comme « anti-austérité », cette perspective implique que les luttes et l'auto-organisation servent à conquérir l'Etat pour ensuite libérer la société et lui permettre de s'auto-organiser. La critique que l’on peut y apporter est sensiblement la même que celle de la P1.

     

    Plateforme 3 : 22 %

    Anticapitalisme & Révolution + Courant Communiste Révolutionnaire.

    "C’est pourquoi, dans le cadre du débat stratégique et programmatique qui s’ouvrira à partir de ce congrès, le NPA devrait pouvoir avancer dans une série de clarifications. La transformation révolutionnaire de la société, c’est la révolution socialiste ; la rupture avec les institutions, c’est le renversement de l’Etat et son remplacement par un pouvoir des travailleurs basé sur des organes de démocratie ouvrière et populaire. Les travailleurs ont à y jouer un rôle central, car ce sont eux qui ont les moyens de bloquer l’économie par la grève générale et d’ouvrir ainsi la possibilité de la prise du pouvoir. Notre objectif à long terme est celui d’une société communiste, débarrassée de toute forme d’exploitation et d’oppression, capable d’en finir avec la destruction systématique de la nature ainsi qu’avec la division entre travail intellectuel et travail manuel."

    Cette plateforme semble développer une perspective plus autogestionnaire. Cependant, que signifie « un pouvoir des travailleurs basé sur des organes de démocratie ouvrière et populaire » ? Quelle forme auraient ces organes ? Quelle serait la nature des mandats (impératifs ?), leur durée, le nombre de renouvellements possibles ? Des précisions restent à apporter à ce niveau.

     

    Plateforme 4 : 7%

    Partie détachée de la P3, issue d’une ancienne fraction de LO (Fraction Etincelle):

    "(...) il est nécessaire que les travailleurs s’emparent du pouvoir politique ; que face à la succession de gouvernements de droite et de « gauche » défendant tous les intérêts des patrons, c’est bien un gouvernement des travailleurs qu’il faudrait mettre en place. Dans le même temps, les objectifs que nous proposons seront impossibles à atteindre sans le développement de très grandes mobilisations.
    Faire plier la bourgeoisie, défaire ses attaques et ouvrir une autre voie, cela impliquera un mouvement d’ensemble du type des grèves générales de Juin 36 et Mai 68, dans lequel les travailleurs pourront prendre conscience de leur force et de leur capacité collective à changer la société."

    Cette plateforme revendique également le fait de prendre le pouvoir politique à l'issu des mobilisations sociales pour aller vers l'autogestion. L’expression « pouvoir politique » signifie explicitement soit la conquête, soit la mise en place, d’un appareil étatique.

     

    Plateforme 5 : 7%

    Tendance CLAIRE : pour le Communisme autogestionnaire, l’écologie révolutionnaire et une intersyndicale lutte de classe, elle souhaite que le NPA développe une analyse marxiste de la crise.

    "La rupture passe par l’auto-organisation de la classe exploitée, dans les assemblées générales, les conseils d’usine, de quartiers et de villages, formant son propre pouvoir. Un pouvoir plus direct, exercé de bas en haut, avec des délégué•e•s élu•e•s, mandat•é•s, révocables et sans cumul, la seule « démocratie réelle ». Ce pouvoir des travailleur•se•s est la condition pour renverser à la fois les capitalistes (patrons, actionnaires, rentiers...) et l’État capitaliste (ses politiciens, sa police, son armée, sa justice de classe...). C’est la condition pour collectiviser et transformer les moyens de production, définir ensemble nos besoins, planifier, dégager du temps libre pour se réunir et décider ensemble, reprendre le contrôle de nos vies. Aujourd’hui, ce pouvoir des travailleur•se•s paraît lointain ou impossible, mais surtout cet objectif n’est tout simplement pas connu hors de l’extrême gauche ! Il faut oser le défendre, et critiquer les illusions réformistes. Cela n’est pas du tout contradictoire avec la défense la plus ferme des revendications immédiates que portent les exploité•e•s et opprimé•e•s. Il nous faut montrer le plus simplement possible le lien entre ces revendications et la révolution. Cela n’est pas non plus contradictoire avec la recherche de l’unité d’action sur les objectifs qui font consensus. Car seules des luttes massives peuvent permettre aux salarié•e•s de prendre confiance dans leurs forces, d’obtenir des succès et de faire grandir leur propre organisation."

    Cette orientation stratégique semble de loin la correcte, la plus juste, la moins ambiguë, parmi l’ensemble des propositions des différentes plateformes.

    Les 3% restant sont dispersés dans des plateformes locales non électives.

     

    Analyse

    1 Il est assez significatif de constater qu’Olivier Besancenot, auteur, l’été dernier, d’ « Affinités Révolutionnaires - Nos étoiles Rouges et Noires », et prônant un rapprochement entre le NPA et les Libertaires, défends cette fois-ci une plateforme qui pourrait se nommer « affinités réformistes – Nos étoiles rouge passé et vert pomme » [2]. Olivier Besancenot serait meilleur au grand écart que Jean-Claude Van Damme !?! Mais à un moment donné, il faudra s’expliquer et choisir clairement son camp, au risque de se retrouver isolé.

    2 Il est navrant que l’ancienne majorité ressorte en tête une fois de plus, même si elle tombe globalement en minorité.

    3 L’arrivée en seconde position de la P2 fait de cette dernière le grand vainqueur de ce congrès. En effet, même sans être majoritaire, elle devient, de par sa position et son score, le nouvel aiguillon du NPA. Elle pourra tantôt s’allier à la P1, tantôt aux P3, P4 et P5, pour défendre ses positions, et notamment l’indépendance par rapport au Front de Gauche.

    4 Il est à noter que 46% à 62 % [3] du NPA rejette toute alliance électorale et programmatique avec le Front de Gauche, ce qui est encourageant d’un point de vue révolutionnaire.

    5 Il est navrant de constater la disparition, dans ce congrès, de l’ancienne plateforme W, qui avançait des idées libertaires, décroissantes, néo-zapatistes, ainsi que des pratiques militantes inventives.

    6 Enfin, on pourra dire ce que l’on voudra de la tendance CLAIRE, de son noyau originel issu du CRI, scission lambertiste groupusculaire du PT (aujourd’hui devenu le POI), il est tout de même consternant que les propositions de bon sens révolutionnaire de la TC ne fassent pas unanimité au NPA, ne constitue pas une orientation qui ait été proposée par l’ensemble des plateformes.
    Le NPA ne serait-il pas unanimement favorable au « communisme autogestionnaire », à défaut d’être libertaire (même si on en est proche), au retour à l’analyse marxiste de la crise en rupture avec l’analyse teintée d’antilibéralisme de l’ancienne direction [4], à l’écologie révolutionnaire (lutte de classe et s’intéressant à l’objection de croissance et à la décroissance) comme rupture avec l’écosocialisme récupéré par la gauche réformiste, et à la perspective d’une intersyndicale de classe?

     

    Notre avis

    La P1 doit encore clarifier sa posture économique. Elle doit, dans ses textes de congrès et ses déclarations publiques, affirmer clairement son rejet de l’antilibéralisme, et développer une analyse marxiste de la crise économique.

    Les P1 et P2 doivent témoigner d’une mise à distance claire du Front de gauche, tant électorale que programmatique ou en termes de projet social. Il ne s’agit pas, comme le souligne la P3, de se sectariser, mais d’appliquer la tactique de front unique : lutter avec tous ceux qui luttent, mais y défendre ses propres positions, y développer ses propres analyses. Cette démarche sera d’autant plus facile à mettre en œuvre qu’elle pourra s’appuyer sur un front des non alignés anticapitalistes (disons du POI à LO, d’AL à la FA, CNT, OCL).

    L’ensemble des plateformes doivent se positionner clairement sur la décroissance. Seule la P5 (tendance CLAIRE) semble s’orienter dans cette voie.

    Si le NPA tient tant à une participation aux élections, il doit la formuler clairement comme pure stratégie d’hégémonie et de décolonisation de l’imaginaire dominant. Sa posture ne peut être que tribunicienne. En conséquence, il est nécessaire de refuser tout mandat électif qui interviendrait au terme d’une élection. Pour cela, soit il doit formuler un discours suffisamment radical pour s’assurer qu’il n’obtienne aucun élu, soit statuer clairement que les élus doivent démissionner immédiatement après la validation de leur élection.

    Enfin, demeure ce problème de la question de l’Etat et du gouvernement en phase de transition révolutionnaire. Les formulations du type « gouvernement anti-austérité » (P1), renvoyant explicitement à un gouvernement réformiste avec le Front de Gauche, « gouvernement anticapitaliste et révolutionnaire » (P2), ou encore gouvernement des travailleurs (P4), renvoient tous trois à une logique selon laquelle le débouché des luttes autogestionnaires serait la mise en place d’un gouvernement de transition, d’un état major de la révolution. La P3 propose quant à elle un pouvoir des travailleurs basé sur des organes de démocratie ouvrière et populaire. C’est mieux, mais cela ne précise rien en ce qui concerne la nature des mandats, ou les relations d’ascendance entre les délégués, mandatés, élus et les comités de base. Le soupçon est d’autant plus grand que le cette plateforme défend l’autorité d’une direction centrale sur la base de l’organisation. Cette dernière pourrait très bien se répercuter sur les organes de démocratie ouvrière et populaire. La seule posture satisfaisante est celle de la P5. Cette dernière semble fournir les garanties nécessaires pour assurer une transition autogestionnaire et anti-étatique.

    En conséquence d’une stratégie anticapitaliste, autogestionnaire et révolutionnaire, le NPA doit cesser de développer une critique morale des capitalistes et des politiciens, aux connotations fortement populistes et démagogiques, n’ayant pour but implicite que d’amener à les remplacer par des politiciens anticapitalistes gestionnaires des moyens de production ; et développer une critique systémique du capitalisme et de l’Etat, ayant pour but une transformation autogestionnaire de l’économie.
    Il doit abandonner son « programme d’urgence », formulé dans le langage de l’économie capitaliste (transfert de sommes d’argent et logique de gestion budgétaire) et du réformisme juridico-légal de l’Etat (mise en place de lois à la manière du parlementarisme), ce qui n’implique pas de rejeter le développement d'un ensemble de « mesures d’urgence », applicables directement dès le début d’une révolution. Il doit cesser d’affirmer que les profits se portent bien et qu’il serait possible de faire tourner correctement l’économie par un transfert des fortunes ou des revenus du capital, sur les comptes des travailleurs ou pour financer le service public.
    Il doit minoriser l’importance de revendications telles que le SMIC à 1700€ + 300€ d’augmentation immédiate, le développement d’un service public bancaire sous contrôle de la population, le financement d’un service publique de l’énergie, ou encore l’ouverture des livres de compte des capitalistes (d’une part, on ne pourra savoir si ces derniers étaient bien tenus, d’autre part, même si cela était le cas, on y découvrirait pas de fortunes miracles qui justifieraient des politiques keynésiennes de relance, mais bel et bien une diminution à long terme du taux de profit).
    Il doit aborder la question de la socialisation, collectivisation, communisation, de l’ensemble des moyens de production et de l’économie, au-delà de la socialisation immédiate des grands moyens de production.
    Enfin, tout en minorant l’importance des mesures d’urgence, ainsi que leurs déclinaisons morales, ou encore économistes-comptables et juridico-légales ; il doit se concentrer à mettre davantage en avant la nécessité, à travers les luttes sociales de masse, du contrôle collectif et autogestionnaire des moyens de production par le prolétariat, de l’expropriation de la classe capitaliste, de la démocratie directe dans les luttes, puis au niveau de l’organisation de la production et de l’administration des territoires, et les présenter comme conditions préalables à toute possibilité de transformation de la société [6].


     

    [1] Chiffres arrondis. Source : http://www.npa2009.org/actualite/la-veille-du-congres-du-npa
    [2] Notre scepticisme concernant le revirement libertaire d’Olivier Besancenot, exprimé notamment dans l’article "Affinités révolutionnaire : notre étoile rouge et noire !", et dans le dossier "Critique du NPA", est ici confirmé.
    [3] Si l’ensemble, ou au moins la majorité de la P2, s’en tient effectivement à ce qui est écrit dans son texte.
    [4] Concernant l’analyse économique : "En finir avec les analyses keynésiennes qui brouillent notre message politique !"
    [5] Il en existe et pourrait en émerger bien d’autres d’un mouvement social et révolutionnaire.
    [6] Ces mesures sont prioritaires, et c’est bien ce message qu’il faut faire passer à une échelle de masse. Si l’importance de l’élaboration et de la diffusion du projet social en lui-même peut éventuellement être relativisée en termes de priorités stratégiques, comparée aux préalables de changement social précités, le NPA a véritablement tendance à les négliger en comparaison des mesures d’urgence sur lesquels il se focalise inutilement.

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  • Commentaires

    5
    Floflo
    Jeudi 5 Février 2015 à 23:37

    Salut, 

    "Il est navrant de constater la disparition, dans ce congrès, de l’ancienne plateforme W, qui avançait des idées libertaires, décroissantes, néo-zapatistes, ainsi que des pratiques militantes inventives."


    Bien que n'ayant pas participé au dernier congrès, je me retrouvais largement dans ce que défendait la Pf W (fonctionnement, participation à toute les luttes, oser dépasser le catalogue de mesures d'urgences...). J'ai voté P5 après avoir participé à son élaboration, pour moi c'est la Pf W... sauf en mieux!!! En plus des thèmes cités précédemment , il y a en plus la nécessité d'un courant intersyndicale lutte classe, notre rapport aux élections, place centrale du combat contre les oppressions, clarification de notre rapport à l'Union Européenne, défendre ouvertement notre projet de société (dans les élections mais pas que!!)...


    Sur les militantEs qui avaient votéEs W (faudrait faire une étude plus approfondie!), une bonne partie se sont barréEs, ne voyant pas d'amélioration dans le fonctionnement (c'est en tous cas ce qu'on peut observer sur Lyon), puis leurs dirigeantEs se sont répartis assez logiquement entre les P2 et P5...et aussi la P1! Comprenne qui pourra, un des fondamentaux de la W était la lassitude de voir le NPA participer systématiquement à toutes les élections. La P1 avec son Euromillion pour participer aux Européennes est pourtant en grande contradiction avec cela...


    Bref me voilà à la TC depuis 2 jours... en espérant qu'un jour on aura plus besoin de TC!!! (que nos idées soient majoritaire quoi!!)

    4
    Mercredi 4 Février 2015 à 20:08

    Revendications d'urgence :

    elles n'aident pas à prendre conscience le la nature profonde du capitalisme et de la critique à y apporter et ajoutent à la confusion.

    Par exemple, 1700€ se rapporte soit à un standard de consommation qui de toute façon doit être qualitativement et quantitativement modifié (il faut produire moins, consommer moins). Ce qui ne signifie pas la pénurie pour les classes les plus pauvres (nous défendons l'éducation, l'accès aux soins, la satisfaction alimentaire, etc.), mais une transformation sociale globale, et l'arrêt de la production de certains biens (lesquelles ? ça reste un choix à effectuer collectivement, même si on a tous des idées et qu'il suffit de faire un  tour dans n'importe quel centre commercial pour faire des inventaires des produits inutiles).

    On peut éventuellement dire qu'il faut l'égalité des revenus ou l'égalité dans la satisfaction des besoins, sans avancer de valeur numérique.

    Il faudrait un champ revendicatif plus radical, déconnecté des logiques juridico-légales et de l'économie capitaliste, et ça existe depuis le départ dans le mouvement social : contrôle collectif et démocratique des moyens de production, abolition du salariat, mise en commun de la force de travail et des savoirs et savoir faire, production en fonction des besoins, recensés au préalable, etc.

    Sur les élus anticapitalistes, il s'agit d'une critique libertaire :

    critique des mécanismes de délégation/confiscation de la parole et de l'action, critique des phénomènes de domination charismatique, critique des institutions d'Etat et de l'impossibilité de les transformer, critique de la légitimation des instances de domination politique par l'intrusion en leur sein et la participation à la démocratie bourgeoise, défense de l'autonomie du mouvement social par rapport aux partis aspirants dirigeants, aux pouvoirs publics, au gouvernement, remplacement de l'Etat par l'auto-organisation sociale (fédéralisme, communalisme, et syndicalisme libertaires).

    En outre, il n'y a pas nécessairement besoin d'élus dans les conseils municipaux pour obtenir des avancées sociales ou empêcher des offensives capitalistes. Le mouvement social se suffit à lui même lorsqu'il est organisé, stratégiquement prêt et suffisamment déterminé. Une victoire par l'élu n'aide pas nécessairement au processus d'auto-organisation (il aide au logiques délégataires et à la reproduction des phénomènes charismatiques et de soumission aux instance de domination sociale). Il fait de l'auto-organisation un moyen de lutte, mais ne prépare ses acteurs à en faire un fonctionnement social.

    Pour ce qui est de constater les merdes et autres illégalités des parlementaires, ou encore les infos secrètes, les dossiers... d'une part les dossier ne sont pas toujours transmis, voire ne le sont que très rarement, d'autre part, la lutte contre la corruption parlementaire renvoie à une critique morale inutile. En gros, le fonctionnement officiel et légitime du pouvoir, comme le fonctionnement normal du capitalisme et du réformisme d'Etat, suffisent à la critique anticapitaliste. Lutter contre les aberration et les choses cachées, les scandales, est une perte de temps.

    Dans les conseils municipaux, le maire peut couper ton micro dès qu'il le souhaite. Au parlement, pas de droit de parole si pas de groupe parlementaire, et pas de possibilité de valider des mesures sans majorité parlementaire. Si tu obtiens une majorité parlementaire sur la base d'un mandat anticapitaliste, ça suppose une prise de conscience avancée. Donc une auto-organisation avancée du mouvement social (la prise de conscience émergeant à travers les expériences de luttes, où les antik défendent l'auto-organisation). De ce fait, il y a double pouvoir, et le parlement ne sert plus à rien. Tout au plus, suffit d'y entrer en majorité pour en proclamer la dissolution et conférer la légitimité à la structure décisionnaire mise en place par le mouvement autogestionnaire.

    L'argent gagné par l'élu peut certes servir aux caisses de grèves, aux sans papiers, et d'autres collectifs de lutte, à l'antirépression, ect., mais tout comme l'argent des souscriptions collecté pour la participation aux élections (comme l'Euro-million des dernières Européennes, ou les souscriptions locales aux municipales). De plus, en entrant dans cette logique de financement par les sous des élus et de l'Etat, on en arrive vite à une logique d'usage des élections pour la survie financière de l'appareil, comme le PC, et donc à des logiques populistes pour gagner le max de voix possible, au prix de la radicalité.

    Enfin, l'élu ne peut être contrôlé par ses mandants dans le cadre de la démocratie bourgeoise, tout simplement parce qu'on ne sait pas qui l'a mandaté et que son mandat est dicté par lui-même ou son parti et non par la population. Il n'existe pas de comités populaires des mandants qui pourraient contrôler l'application du mandat antik, ni de moyen de vérification que les membres de ce comité soient effectivement des mandants (il pourrait y avoir des flics, des mecs de droite, des faf, ou même des coco du PC qui viennent le pourrir).

    Bref, le seul argument valable, en tout cas le plus fun, est celui de l'irruption des syndicalistes dans l'assemblée. Mais ça ne pèse pas lourd face au reste.

    Pour ce qui est de l'élection démissionnaire, il s'agit d'une concession envers les partis qui se présentent aux élections en prétendant user des campagnes électorales pour faire passer leurs idées. La présence d'un Besancenot ou Poutou sur TF1 et les ondes radios, par exemple, comporte une certaine utilité en termes d'hégémonie culturelle, à conditions qu'ils ne disent pas de bêtises comme c'est le cas lorsqu'ils développent des analyses antilibérales.

    Par ailleurs, un article critique des élections avait déjà été écrit ici :

    Face à l'impasse électorale, organisons nous !

    Ce commentaire permettra de le renforcer à la prochaine échéance.

    En tout cas bon courage à la TC dans le NPA ! Ne vous arrêtez pas en si bon chemin.

    3
    Juno Smith
    Mercredi 4 Février 2015 à 19:00

    Je suis prêt à parier que tu n'auras jamais eu autant de réponses d'un coup...

    La tendance claire débaroule sur ton blog ^^

    J'aurais juste quelques nuances...

    Par exemple, je ne vois pas pourquoi dans le cas où on aurait un ou des élus celui ci devrait démissionner...

    Enfin ça dépend où... À l'assemblée nationale, ça fait aussi une bonne tribune pour foutre la merde, inviter des syndicalistes ou des collectifs en lutte à venir s'adresser à l'assemblée... L'argent de l'élu peut servir aussi à des caisses de grève... Et je pense qu'on peut découvrir de sacrées belles merdes en profitant des commissions d'enquête parlementaire...

    Un élu municipal ça peut être pas mal aussi pour gratter les dossiers douteux au niveau local...

    Je sais aussi que sans jamais rentrer dans les executifs ni voter les budgets, les élus LCR de midi pyrenees avaient obtenu un truc genre transports gratuits... Enfin il faudrait retrouver ça...

    C'est une question purement tactique pour moi... A partir du moment où on ne fait pas croire qu'on va gagner des choses via les institutions... Que l'élu est controlé par ses mandants...

     

    l'autre petite nuance c'est sur les revendications... C'est pas tant minorer qu'il faut faire... Mais toujours les mettre en relation avec la nécessité d'en finir avec le capitalisme. Faire le pont entre le programme d'urgence et le programme maximum qui parle de socialisme seulement les jours de fêtes...

     

    si on est d'accord sur ça... C'est bien

    2
    Julien Varlin
    Mardi 3 Février 2015 à 15:25

    Merci camarade pour cette élogieuse description de la plateforme 5 ! (qui ne se réduit pas à la tendance CLAIRE). Sans être d'accord à 100% avec les analyses, j'apprécie la plupart de ce qui est écrit ici. Oui c'est assez "paradoxal" que le courant de la direction sortante du NPA se repeigne en rouge et noir alors qu'il est le moins clair sur notre rapport aux institutions... C'est très appréciable également de voir partagée à l'extérieur du NPA l'importance que nous accordons à la critique de l'antilibéralisme, l'importance de ne pas se limiter à des "mesures d'urgences"... A l'intérieur du NPA nous sommes assez seuls là dessus, les autres courants d'opposition de gauche nous accusant d'être, en gros, des propagandistes inutiles...

    Ce congrès a en effet marqué un basculement de fait. Par exemple avec le vote à 60% d'une motion qui dit "pas d'accord possible avec le FdG aux élections". Malheureusement il n'y a pas vraiment eu de "coalition des 4 autres plateformes", celles-ci n'ayant pas réussi à assumer d'acter ensemble un changement de cap. Sans exagérer (vu la petitesse du NPA), c'est un gros gâchis à notre avis.

    Une explication partielle ici : http://tendanceclaire.npa.free.fr/article.php?id=705

    Salutations révolutionnaires

     

    1
    Doc Lansky
    Mardi 3 Février 2015 à 13:22

    Salut,

    J'ai voté pour la P5 (tendance claire) du NPA et votre analyse me comble donc d'aise, me confortant dans l'idée que j'ai fait le bon choix.

    Ce qui ne me comble pas du tout d'aise, c'est le vote de congrès du NPA (que vous omettez dans votre excellent compte rendu), un vote très large contre une motion qui demandait que le NPA réponde favorablement à la proposition de fronts anticapitaliste faite par Alternative Libertaire

    Ce refus absurde des congressistes me cueille à froid car je ne m'y attendais pas, et aucun débat sérieux ne l'a accompagné. Je ne l'ai pas compris.

    Seuls 27 délégués ont voté pour (dont les 13 délégués de la P5) et une centaine de contre je crois.

    J'espère que c'est une légèreté ou un réflexe moutonnier de suivisme par rapport aux dirigeants et non un véritable refus de fond, car ce serait à mourir.

    Voilà, sinon le NPA va quand même un peu mieux et c'est une bonne nouvelle.

    Merci pour votre billet et votre avis que je partage entièrement..

     

     

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