• Contre la réforme des retraites et l'austérité

    Depuis plus d’une décennie, on nous dit que le service public est en crise, que les caisses de l’Etat sont vides, que l’aide sociale et la solidarité constituent un poids pour la société. Ce discours, déjà présent durant la période de récession débutant vers le milieu des années 70, et s’affirmant en France lors du tournant de la rigueur de 82/83, s’est amplifié à l’annonce de la « grande crise économique » des dernières années.

    Concernant les retraites, on nous dit également que l’espérance de vie a augmentée, ainsi que la part de retraités dans la société, et qu’il faut par conséquent travailler plus longtemps, qu’il s’agit d’une attitude responsable, et d’une certaine forme de solidarité.

    Nous entendons démontrer, encore une fois que tous ces arguments sont faux et que cette réforme, tout comme le reste des réformes d’austérité budgétaire n’est en vérité pas affaire de nécessité structurelle mais de choix politiques.

    Sur la récession et la crise économique

    On nous dit donc qu’après une période de récession, puis, actuellement une période de crise, il faut continuer à se serrer la ceinture, voire la resserrer encore de quelques crans. Pourtant, en observant des indicateurs économiques comme l’évolution du rapport revenus du capital/revenus du travail, on constate que la part du capital dans le revenu global a augmentée. Elle est passée, en quelques décennies, de 30 à 40% du revenu global. Cela signifie que les patrons et les actionnaires s’enrichissent proportionnellement plus que par le passé, et ce au détriment des travailleurs. Or cette croissance des revenus du capital est à mettre en lien avec les discours sur le déficit public et la nécessité de réduire les interventions sociales, de reculer sur les droits sociaux. Plus simplement, ce qui va dans les caisses du patronnât ne va pas dans les caisses de solidarité.

    De plus, on nous parle de crise, mais les profits du CAC 40 restent très élevés (et il ne s’agit que des 40 premières entreprises cotées ; quel serait le chiffre si on prenait les 100 premières entreprises plutôt que les 40 premières ?). De même, la France est le pays d’Europe ou l’on compte le plus de millionnaires (en dollars !). Un article du Monde de Juillet dernier estimait également que les 500 premières fortunes de France (allant de la 50aine de millions à la 20aine de milliards), avaient progressées durant l’année. La crise et l’austérité, ce n’est donc pas pour les riches ! La solidarité défendue par le MEDEF et ses gouvernements, par contre, doit leur permettre de s’enrichir toujours plus ! Hollande appelle cela la Justice Sociale ; pour nous, il s’agit plutôt de la justice du Capital !

    L’augmentation de l’espérance de vie, et alors ?!

    On nous sert actuellement que l’espérance de vie à augmentée et que cela constituerait un motif suffisant pour justifier un allongement de la durée de cotisations. Ce que l’on ne nous dit pas, déjà, c’est que l’espérance de vie a en partie justement augmentée parce que l’on travaille moins ; les autres raisons étant la protection sociale, l’amélioration des systèmes de soins, l’aide aux personnes âgées, bref, des missions assurées jusqu’alors par le service public, et dont les prestations se dégradent, notamment pour les moins riches, lorsqu’elles se privatisent (notamment pour des raisons de rentabilité, d’économies à la marge, d’exploitation des salariés jouant sur la qualité de leur travail).

    D’autre part, les partisans des réformes des retraites ne tiennent pas compte de l’espérance de vie en bonne santé. Or celle-ci est moindre, par exemple, pour un ouvrier d’usine, exposé aux risques d’accidents, aux douleurs articulaires, dorsales, au vacarme, aux poussières et autres produits chimiques, que pour un cadre moyen (par exemple). Ainsi, l’espérance de vie à peut-être augmentée, mais de manière inégalitaire, et il y a encore des progrès à faire de ce coté-ci.

    Enfin, l’espérance de vie avait déjà augmentée dans les années 80, lorsque la durée de cotisation avait été abaissée à 37.5 annuités et l’âge de départ légal à la retraite à taux plein à 60ans. On nous dit que la situation est différente aujourd’hui à cause de la crise, cependant, nous avons déjà démontré dans le paragraphe précédent, en ce qui concerne la relation entre croissance des revenus du capital et déficit public, que la crise n’est pour rien dans le problème des retraites, et que sa cause réside dans la prédation capitaliste débridée qui s’opère depuis plusieurs décennies.

    Par conséquent, sans cette prédation capitaliste, il serait toujours possible de partir en retraite à 60 à taux plein et en cotisant 37.5 annuités.

    1,2 actif travaille pour 1 retraité ?

    Un des arguments favoris des partisans des réformes sur les retraites est qu’aujourd’hui, 1,2 actif travaillerait pour un retraité. Si ce chiffre est en partie vrai, ceux qui l’emploient omettent un certain nombre de variables et oublient de préciser ce que représente ce travail de ce « travailleur,2 », ce qui leur permet de défendre leur projet de réforme stakhanoviste. Ce qu’ils omettent de préciser c’est que parallèlement, la productivité technique du travail à augmentée. Elle a été multipliée par 25 depuis années 50, ce qui correspond à peu près à la période ou le droit de départ à la retraite a été instauré. Cela signifie que le « travailleur,2 » produit en moyenne 25 fois plus qu’a cette période. Ainsi, le travail effectué par le « travailleur,2 », avec l’apport de la productivité technique, équivaut à celui de plus de 25 travailleurs des années 50. Ce n’est donc pas le nombre de travailleurs qui importe véritablement dans le calcul du rapport actif/inactif, mais la productivité du travail globale rapportée à la production globale, c'est-à-dire ce qu’un travailleur est en mesure de produire, pour permettre à ceux qui ne sont pas ou plus en mesure de travailler de satisfaire leurs besoins.

    Augmentation vs Réduction du temps de travail ?

    Ceux qui défendent l’allongement de la durée de cotisations et le report de l’âge légal de départ à la retraite à taux plein sont aussi, bien souvent, ceux qui souhaitent revenir aux 39 heures ou simplement supprimer la limitation du temps de travail. A l’opposé, les progressistes (Europe Ecologie Les Verts, le Front de Gauche, le Nouveau Parti Anticapitaliste, Lutte Ouvrière, Alternative Libertaire, la Fédération Anarchiste, le Mouvement des Objecteurs de Croissance, et le reste des organisations Décroissantes, Communistes et Libertaires) revendiquent une réduction du temps de travail (32 heures pour ELLV, le Front de Gauche, le NPA et LO, 30 heures selon l’économiste Jean-Marie Harribey, président d’Attac France, 25 heures pour l’organisation communiste ARS-Combat). Si elles supposent tout de même quelques discussions, la brochure Travailler deux heures par jour, d’ADRET, parue dans les années 70, et plus récemment la réactualisation effectuée par le mouvement BIZI, Travailler une heure par jour, nous donnent un ensemble de clés pour envisager une réduction du temps de travail plus radicale encore. L’augmentation ou la réduction du temps de travail, hebdomadaire ou annualisé, ne dépend donc pas de nécessités structurelles mais de choix de société, et donc de choix politiques. Nous avons le choix de travailler plus (sans nécessairement gagner plus d’ailleurs !), en concurrence les uns contre les autres, pour maintenir en vie une société capitaliste, marchande, inégalitaire et biocide, ou de travailler moins, en fonction des besoins réels, dans une série de coopératives de producteurs-consommateurs associés, fédérés à l’échelle régionale, nationale, continentale, mondiale, produisant en fonction des besoins, et dans la limite de ce que peut supporter la biodiversité sans s’autodétruire. (Avec toutes les déclinaisons possibles entre ces deux projets bien entendu). 

    Les pièges de la réforme : chômage et précarité !

    Le taux de chômage des jeunes, en dépit de toutes les statistiques truquées, radiations du pôle emploi, temps partiels subis, et autres formes de contrats précaires, est actuellement élevé et risque de ne pas redescendre de sitôt. Allant à l’encontre de cette réalité, les différents gouvernements MEDEF qui se succèdent préfèrent allonger de plusieurs années encore la durée de cotisations nécessaires pour un départ à la retraite à taux plein. Ce qui est alarmant dans cette réforme n’est pas tant que nous travaillerons tard, mais que nous n’aurons pour la plupart, au bout du compte, jamais notre nombre d’annuités, et donc des pensions retraites de misère. En effet, le patronnât et l’actionnariat, recherchant le plus d’efficacité productive au moindre coût, préfèreront se débarrasser d’un travailleur vieillissant, cassé, ou dépassé par les évolutions scientifiques et techniques, pour embaucher un jeune travailleur, moins coûteux et plus efficace. Cette logique est d’ailleurs favorisée par toute une série de dispositifs, dont entre autres les CDD, CAE, Contrats d’Avenir, ou de réformes comme celle de l’ANI, qui permettent de se débarrasser plus facilement d’un salarié jugé encombrant par son employeur. De même, ce ne seront pas tous les jeunes ou tous les âgés qui seront pénalisés. Les Capitalistes choisiront les plus dociles et les plus performants. La double concurrence, des jeunes actifs et des retraités en quête d’emploi pour compléter leurs annuités, leur permettra de mettre la pression de la concurrence sur les salariés pour leur faire accepter des salaires au rabais. Nous assisterons donc à l’intensification radicale de la lutte pour l’existence, entre les chômeurs et les travailleurs de plus en plus précaires, avec tout un ensemble de stratégies gouvernementales de culpabilisation des uns et des autres tels que : « c’est la faute des fainéants qui ne travaillent pas !», « estime toi heureux d’avoir un travail de merde, il y en a 10 autres qui attendent derrière la porte !», et à la dislocation des dernières aspirations de solidarité au profit du chacun pour soi et tous contre tous type XIXème siècle.

    Pour une réduction radicale du temps de travail

    Si l’agencement annuités de cotisation/périodes de vacances/travail hebdomadaire doit être discuté et décidé par la société elle-même, il demeure malgré tout que la réduction du temps de travail est non seulement possible, mais aussi utile et nécessaire. Elle est utile car on constate que les dernières heures, ou les dernières années travaillées sont généralement moins productives que les premières. Elle est aussi utile afin de faire en sorte que le travail ne soit plus au centre de la vie et que nous puissions nous consacrer davantage à des activités ludiques. Elle est nécessaire pour des raisons sociales, car elle permettra à toutes et tous de pouvoir travailler de manière égale et juste, ce qui résoudra le problème du chômage et de la précarité. Elle est également nécessaire pour des raisons démocratiques, car elle permettrait de libérer du temps pour que les gens puissent gérer eux-mêmes, sans systématiquement déléguer leur pouvoir de décision à des professionnels de la politique ou du management, les affaires de leurs villes et de leurs lieux de travail. Elle est enfin nécessaire relativement aux impératifs de protection de la biodiversité et aux limites énergétiques qui mettent en jeu la pérennité de la société industrielle et imposent une certaine décroissance. Il en résulte ainsi que nous devons à la fois nous orienter vers des énergies renouvelables, donc abondantes, et moins polluantes, réduire les transports notamment individuels liés aux déplacements domicile travail, rationaliser le système productif en arrêtant les pratiques d’obsolescence programmée et nous orienter vers la durabilité maximale des objets produits, rationaliser la production agricole en développant l’agriculture biologique, rationaliser la consommation en relocalisant la production et en favorisant les systèmes d’échanges de proximité, mais aussi en refaçonnant nos normes sociales pour se défaire des tendances à l’obsolescence par la mode, lutter contre la logique marchande de création du besoin, et enfin réduire la production, en particulier en ce qui concerne les produits de confort avancé et de luxe. Or produire moins et autrement implique de travailler moins et autrement.

    On pourra nous rétorquer ici que nous ne traitons que du travail industriel tandis que la société s’est tertiairisée, que le travail s’est dématérialisé, etc. Cependant, comme la dématérialisation du travail s’effectue sur la base de supports matériels et de déplacements, elle reste coûteuse d’un point de vue énergétique. Ensuite, il faut distinguer tertiarisation socialement utile et tertiarisation marchande. Si la tertiarisation de la société est nécessaire pour le secteur public et la recherche scientifique, la tertiarisation marchande ne répond quant à elle qu’a deux logiques : la logique d’approfondissement du capital, qui consiste à créer sans cesse de nouveaux marchés pour que les vendeurs en tout genre puissent s’enrichir et la logique de l’Homme travailleur par essence, qui poussent à toutes sortes de création d’emplois socialement inutiles (parcmètres humaines, hommes sandwich), à l’auto entreprenariat, entraînant la création de micro entreprises casse gueules, ou la marchandisation d’activités, souvent précaires ou d’appoint, qui pourraient êtres gratuites (cours de sport, d’art, etc.).  De plus, une société égalitaire, où les besoins sont satisfaits, implique une simplification de l’administration et une diminution progressive du besoin de prise en charge, donc d’un certain nombre de mission publiques, et par conséquent du temps de travail global.

    Mais pour que cette réduction du temps de travail, à la fois hédoniste et responsable, soit possible et profite aux travailleurs passés, présents et à venir, il faudra d’abord récupérer ce que le capital nous a volé durant des décennies, et prendre le contrôle de l’économie et du système productif afin de le transformer, de l’adapter à nos besoins.

    La réforme des retraites, un choix politique… de droite !

    Le projet de réforme des retraites actuel est un choix politique de droite, et ce, pour deux raisons fondamentales. Tout d’abord, il s’inscrit dans la philosophie ou la mystique profonde de la droite, selon laquelle l’Homme doit travailler car telle est son essence, et que la paresse est une forme de dégénérescence de l’Humanité. Au contraire, nous pensons, avec Lafargue, que la paresse est un droit ! Contre les partisans du travail illimité, nous rejoignons les Objecteurs de Croissance, qui estiment qu’il faut savoir se fixer des limites !

    Ensuite, comme nous l’avons démontré plus haut, cette réforme est de droite parce qu’elle n’a pour objet que de permettre aux capitalistes de maintenir ou d’accroître leur taux de profit, par une politique de casse sociale s’effectuant au détriment des travailleurs.

    Ce n’est pas parce que le gouvernement actuel arbore (et usurpe !) le nom de socialiste, qu’il n’est pas de droite. Sa politique le démontre : acceptations des réformes revendiquées par le MEDEF, cadeaux fiscaux au patronnât, casse sociale, non réquisition des logements vides, chasse aux immigrés et particulier les roms, lobby nucléocrate. Quant à la réforme incomplète sur les droits des homosexuels, elle aurait très bien pu être faite par les libéraux humanistes du MODEM ou de l’UDI. On disait le PS social démocrate, mais les flics de Valls à Notre Dame des Landes sont une énième preuve de son absence de démocratie. On le disait social libéral, mais ses réformes vont dans le sens de l’accroissement des inégalités et de la casse sociale. Au final, le PS que nous avons aujourd’hui ferait presque passer le programme parti radical d’antan pour du communisme.

    Contre la désagrégation de nos vies, pour une réactivation de la lutte de classe et la reconstruction d’un rapport de force favorable aux mouvements progressistes

    La réforme des retraites, dans la lignée du TSCG et de l’ANI, n’est pas une nécessité structurelle comme nous le rabâchent les technobureaucrates au service du capital. Une société socialiste est possible à tout moment, car il ne s’agit pas de technique mais d’une manière de vivre et de s’organiser en société, et plus particulièrement d’une manière égalitaire de répartir la production et le pouvoir de décision entre tous. Cette réforme des retraites participe des réformes qui traduisent l’offensive de classe des capitalistes. Pour pouvoir encore bénéficier de conditions de vies décentes, il nous est nécessaire de nous réunir, de nous mobiliser, de prendre la rue et de faire pression sur le gouvernement pour le forcer à renoncer à son projet de casse sociale.

    Les journées de manifestation ponctuelles et répétées ne suffiront pas. Nous devons nous orienter vers une perspective de grève générale et bloquer le pays. Dans ce cadre, il nous faudra notamment soutenir collectivement les secteurs « stratégiques » (production, transport, énergie), ceux qui sont en mesure de paralyser le pays, de faire mal au capital et de faire reculer le gouvernement. Pour cela, nous devrons batailler contre les directions syndicales bureaucratiques négociant, voire collaborant, avec le patronnât. Pour que les travailleurs en lutte puissent s’approprier le mouvement et le mener jusqu'à la victoire, il faudra neutraliser et déborder ces bureaucraties syndicales. Cette neutralisation sera possible par la constitution d’assemblées générales interprofessionnelles et non intersyndicales, mais aussi de collectifs retraites indépendant des directions syndicales et des partis électoralistes. Mais la première étape sera de convaincre les travailleurs, non seulement que d’autres choix politiques que celui de l’austérité sont possibles, mais aussi de leur propre capacité à mener le mouvement à la victoire. La victoire contre la réforme des retraites, l’austérité et le capital, est possible pourvu que nous y mettions les moyens !

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