• Crise du capitalisme, casse du code du travail et lutte sociale

    Sur toile de fond de 40 ans de récession et de politiques néolibérales, d’une crise de 2007 à peine résorbée, d’une crise similaire en Chine milieu 2015, et d’une crise annoncée par les économistes pour 2017, les gouvernements Français successifs mènent des politiques d’austérité et s’attaquent à tous les acquis sociaux gagnés par le mouvement ouvrier, dont le code du travail. Quel sens peut bien avoir la défense du code du travail au regard de la crise actuelle du capitalisme ? Pourquoi la lutte sociale est-elle nécessaire ? Dans quelles conditions ? Dans le cadre de quel projet de société peut-elle avoir une portée réellement significative ? Voici les questions que nous nous poserons dans cet article.

    L’impasse des politiques présentées au grand public

    Loin de se résorber, il semble que la crise qui dure depuis 10 ans soit sur le point de s’approfondir à nouveau en 2017. Les politiques de gauche comme de droite, dont on constate chaque jour l’impuissance, ne font que se renvoyer mutuellement la responsabilité d’une mauvaise gestion, de mauvais choix en matière de politique économique. La poursuite de la crise, plutôt que de laisser émerger une parole nouvelle, à été l’occasion de perpétuer sur la scène médiatique la traditionnelle opposition entre keynésiens et libéraux, avec autour quelques voix plus minoritaires prônant le protectionnisme économique et le souverainisme monétaire d’un côté, une redistribution plus égale des richesses produites de l’autre. Or aucune de ces voies, qui ne visent qu’une relance de la machine à valorisation du capital, ne présentent d’analyse correcte de la crise du capitalisme, et aucune d’elles n’est donc en mesure de proposer un projet social qui y réponde de manière satisfaisante. Le plus grave dans tout cela n’est pas tant que la classe dominante et ses partis politiques défendent des options néolibérales ou keynésienne. Le véritable problème est le fait que la « véritable » gauche, celle qui est censée être le mouvement de la lutte des travailleurs pour leur émancipation : d’une part, se limite, à tord, a analyser le problème sous l’angle de la répartition des richesses plutôt que sous celui de la production des richesses ; d’autre part, soit sensible aux thèses protectionnistes et souverainistes ; et enfin, rejette la critique de l’économie politique et la perspective révolutionnaire, au profit de la chimère d’un keynésianisme a vocation sociale mis en œuvre par un tout aussi chimérique Etat social-providence.

    Les rêves obsolètes d’une gauche nostalgique des « 30 glorieuses »

    Les « 30 glorieuses » ont véhiculé un certain nombre d’illusions concernant l’économie capitaliste, de la possibilité d’une croissance infinie, au rôle central de l’Etat providence, interventionniste et social, à la suffisance du compromis post-fordiste entre patrons et salariés, dérivée d’une interprétation tronquée de la pensée de Marx. Bon nombre de militants de gauche en ont perdu leur boussole révolutionnaire pour se placer dans une logique de régulation sociale du capitalisme.
    Une telle compréhension du système et une telle perspective ne peuvent conduire qu’à la faillite de la gauche et à la montée en puissance progressive de régimes autoritaires, réactionnaires et barbares.
    Ceci est d’autant plus vrai lorsqu’une partie de la gauche développe une critique et un projet dont certains aspect témoignent une porosité avec les thèses de l’extrême droite : un fétichisme de l’Etat s’incarnant dans le protectionnisme et le souverainisme, une critique de la seule superstructure financière de l’économie, des analyses dénonçant les méchants patrons, actionnaires, banquiers, spéculateurs et autres 1%, et surestimant ainsi largement l’importance de l’intention, de la moralité des acteurs, et des possibilités de la décision politique, à échelle locale ou nationale, dans le cadre d’un système international aux conditions globalement inchangées.
    Il nous faut donc réanalyser le développement du capitalisme et de ses crises pour repenser un projet d’émancipation dans lequel les luttes sociales prendront une place et un sens nouveau.

    Retour sur le boom d’après guerre et son essoufflement

    La période d’après guerre fut une période particulière, à la fois de reconstruction, mais aussi d’expansion et de réaménagement du système, du fait de son évolution technique et administrative. Elle donna lieu à une période de plein emploi et de forte croissance, du fait de l’énorme quantité de travail nécessaire à cette reconstruction, mais aussi de l’émergence et du développement nouvelles professions qui se sont développées dans le cadre de l’expansion marchande et des besoins d’une main d’œuvre plus importante dans l’administration, la technologie, l’enseignement et la culture.
    Cependant, une fois la période d’expansion achevée, il devenait progressivement impossible pour le capitalisme d’entretenir par le processus de production réelle le rythme de croissance précédemment enclenché.

    La crise du capitalisme depuis la fin des années 70

    La révolution micro-électronique et informatique, le développement de la robotique, de l’automatisation et de la programmation à entrainé une suppression massive de la quantité de travail humain précédemment employé, qu’elle se manifeste, au meilleur des cas, par une réduction du temps de travail, mais en général, surtout, par le non remplacement de postes de travailleurs partis à la retraite et la montée d’un chômage de masse.
    Cette diminution de la part du travail humain dans la production, au profit d’une part de travail de plus en plus accomplie par les machines, à entrainée plusieurs conséquences. D’une part, une baisse progressive des taux de profits. D’autre part, un alignement des salaires vers le bas, définissant la production employant du travail humain comme rentable uniquement si elle coûte moins chère qu’une production réalisée essentiellement par la machine. Enfin, une tendance à la surproduction de marchandises invendables.
    La tendance à la surproduction de marchandises invendables à certes été limitée par tout un ensemble de stratégies de production, comme le flux tendu, l’obsolescence programmée, mais elle n’a pas été éliminée. D’un autre côté, la valeur produite à l’unité, rapportée à l’ensemble de la production de la société, à diminuée. Les réserves de plus value diminuant, les tensions se sont accentuées entre les différents agents de la production capitaliste. Il n’était dès lors plus possible à la fois de permettre une accumulation égale à celle de la période précédente pour les patrons et actionnaires, tout en maintenant les salaires et en continuant de prélever dans le réservoir de plus value pour financer l’Etat, le social et le culturel. C’en était fini du compromis post-fordiste entre patrons et salariés, mais aussi avec l’Etat. L’épisode de la crise de 1974 a été le révélateur des défaillances du système. Il a clairement démontré, à travers les « 40 piteuses » que les « 30 glorieuses » n’étaient qu’une parenthèse dans l’histoire. Il a révélé l’impossibilité d’une expansion durable profitant à tous dans les conditions de la valorisation du capital.

    Le développement du crédit et de la dette

    Le système ne s’est pourtant pas effondré depuis la crise de 1974. Il existe plusieurs explications. La premières dont nous parlerons ici sera le crédit.
    Le crédit consiste en une avance sur le capital, c'est-à-dire, plus précisément, sur la production de valeur à venir. Un créancier avance une somme d’argent à un investisseur. Le créancier détient donc une dette que l’investisseur doit lui rembourser. Lorsque tout ce passe bien, avec les bénéfices de la vente de la production réalisée, ce dernier rembourse le créancier (le plus souvent d’une somme plus importante que celle avancée au départ, pour que ce soit intéressant pour le créancier), et empoche le reste des bénéfices.
    Le système du crédit s’est massivement développé, tout d’abord, du fait du processus de concentration-centralisation du capital. De crises en crises, les entreprises les moins performantes font faillite et les entreprises les plus performantes s’accroissent, s’appropriant au passage le capital des vaincus de la concurrence économique pour un moindre coût, et élargissant leurs marchés, au point de devenir des sociétés géantes sur lesquelles reposent des économies nationales voire transnationales.
    D’une part, il devient dès lors impossible pour des entrepreneurs/investisseurs individuels d’entrer sur le marché, de se lancer dans de nouvelles activités de production sans recourir, à la fois à l’association de capitaux avec d’autres entrepreneurs/investisseurs, voire l’Etat, aux sociétés par actions, mais aussi aux avances sur le capital (le crédit/la dette).
    D’autre part, l’entrée de sociétés géantes sur le marché, accélère, par la pression de la concurrence et la baisse des couts de vente qu’elle engendre, la chute des taux de profit et ainsi la mise en difficulté de l’ensemble des sociétés existantes. Le problème est alors que de crise en crise, les sociétés géantes sont devenues de plus en plus imbriquées a des économies nationales et des réseaux économiques transnationaux que la moindre secousse peut provoquer une crise mondiale, mettre des pays voir des continents entiers à genoux. Elles sont devenues des géants aux pieds d’argile. Leur chute est devenue la plus grande hantise des gestionnaires du capital, car elle plongerait l’économie mondiale dans un chaos sans précédent. De ce fait, la faillite de ces entreprises géantes est devenue inenvisageable pour les capitalistes. La politique de la planche à billets, l’accord de crédits à la production, et la contraction de dettes sont alors apparu pour éviter, et en vérité repousser, cette chute.
    De l’autre côté, se sont développés les crédits à la consommation. Ils avaient comme fonction de permettre l’écoulement rapide de l’ensemble des marchandises produites en dépit des difficultés du capital à produire de la valeur et à la distribuer. Le problème qui est survenu est qu’a terme, les consommateurs n’arrivaient pas à gagner suffisamment pour consommer en masse et dans le même temps rembourser le crédit, ce qui a alors limité à moyen-long terme l’écoulement des marchandises et renforcé le problème de surproduction de marchandises invendables.
    Ces problèmes de crédits et de dettes ont inévitablement, et à plusieurs reprises, crée la panique dans le système financier et bancaire. Ce fut notamment le cas lors de la crise de 2007. A final, pour sauver le système, les Etats sont intervenus, augmentant leurs dettes. Pour rembourser ces dernières, ils ont fait le choix de politiques d’austérité budgétaires, dont la facture devait être payée par la population, population, il faut le rappelée, devant déjà, et éprouvant des difficultés à consommer et rembourser leurs crédits. L’austérité ne constitue alors qu’un facteur aggravant de la tendance à la surproduction capitaliste.

    Les politiques néolibérales de casse sociale

    La logique des néolibéraux est de relancer la machine à accumulation capitaliste, en jouant sur une politique de l’offre, et donc de favoriser l’investissement productif, afin de créer de l’emploi et de la demande. Pour libérer des marges permettant aux entreprises d’investir, le moyen est de les « libérer » des contraintes qui pèsent sur elles, afin de redresser artificiellement le taux et le niveau des profits. Divers moyens sont employés. En premier lieu, la baisse des salaires directs et indirects, et l’allongement de la durée du travail. Ces mesures devraient, selon les libéraux, permettre une période d’accumulation par anticipation, pour ensuite investir et relancer la dynamique de production de valeur.
    Le problème est qu’ils se heurtent alors à une double difficulté qu’ils sont incapables de percevoir. D’une part, cette logique amène des problèmes au niveau de la réalisation de la valeur. En restreignant les salaires, elles entrainent une demande solvable insuffisante, et donc des difficultés d’écoulement des marchandises à un prix suffisant, et une accumulation moindre que prévue. Tout ceci se répercute alors une nouvelle fois sur les salaires dans un mouvement de dégradation progressif.
    D’autre part, les théoriciens libéraux ne tiennent alors pas compte des difficultés d’investissement dans la production réelle, du fait des taux de profits de plus en plus bas. Ils attribuent ces difficultés à investir à des critères moraux ou psychologisants, où à l’Etat, ce qui relève d’une rationalité d’acteur totalement logique dans un système déterminé, amenant à préférer l’investissement spéculatif et la dépense dans la consommation de biens et services de luxe, et ce, pour une minorité de plus en plus restreinte. Or la hausse de la proportion de consommation de luxe n’est pas un bon signe pour une économie. Elle crée à l’échelle globale bien moins de valeur qu’une production de masse. Elle est donc le signe d’une dégradation du système, et est à l’opposé de la logique d’Adam Smith, selon laquelle la croissance mènerait à l’opulence généralisée.

    La défense du code du travail

    Comme nous venons de l’expliquer brièvement, les politiques néolibérales, dont font partie les réforme consistant à démolir le code du travail, n’apporteront pas de nouvelle relance, que ce soit de manière générale, ou sur le long terme. Il ne s’agira pas d’un épisode difficile ouvrant les portes d’une nouvelle ère de prospérité profitant à tous.
    De ce fait, le conflit se joue alors entre trois pôles pour déterminer qui paiera le premier et le plus chère les pots cassés : les capitalistes, l’Etat, les salariés. Dans cette histoire, les capitalistes bénéficient encore de marges de profits qu’ils destinent à leur consommation personnelle de marchandises de luxe ou qu’ils ne peuvent réinvestir dans la production réelle et investissent dans la spéculation. Une amputation sur ces parts de profits, à court terme ne fera que dégonfler la sphère financière et les secteurs de production de biens et services de luxe, tout en augmentant (très faiblement) celle des marchandises de base.
    D’autre part, si, à moyen-long terme, les conditions de la crise vont continuer à opérer, ni le néolibéralisme, visant la démolition du code du travail, et de toutes les « contraintes » financières pensant sur les investisseurs capitalistes, ni le keynésianisme, visant la relance par l’incitation Etatique, ni le protectionnisme et le souverainisme monétaire, visant un meilleur contrôle de la balance commerciale des Etats, ni même le « marxisme vulgaire » ne se fixant pour unique objectif, à travers l’expropriation des patrons, que d’attribuer 100% des revenus aux travailleurs et 0% au capitalistes, ne seront en mesure de l’endiguer. Pour cela, il faudra que le mouvement social se dote d’un projet de transformation de la société bien plus profond, rompant avec les fondements du capitalisme.
    En fonction de l’inefficacité programmée des politiques de gestion du capital, et en attendant le développement de ce projet de société anticapitaliste, il n’y a donc aucune raison pour que, de manière immédiate, les salariés n’acceptent ou ne se laissent imposer une dégradation de leurs conditions de travail et de vie.
    Les salariés ont donc tout intérêt à se mobiliser massivement pour empêcher cette réforme. Les syndicats montent au créneau, les mobilisations se préparent, des collectifs unitaires commencent à se construire. Les outils pour lutter sont donc mis en place, il n’y a plus qu’à s’en servir.

    Les tentatives de récupération électoralistes

    Le mouvement démarrant à a peu près un an des prochaines élections présidentielles, il faudra néanmoins se méfier des tentatives de récupération électoralistes. En effet, ces dernières sont d’ores et déjà perceptibles, notamment à travers des démarches comme les primaires de la gauche, où l’on observe déjà les partis politiques incorporer à leur programme électoral les revendications des syndicats, associations et collectifs du mouvement social. Ces tentatives consistent à faire monter la pression et la colère de la population au maximum, pour se retirer au moment crucial, et ainsi détourner la colère de la rue vers les urnes. Elles sont bien connues et se répètent à chaque mouvement social. En l’occurrence, pour prendre l’exemple du mouvement retraite de 2010, cette stratégie a largement contribué à la défaite de Sarkhozy 2 ans plus tard et à l’arrivée au pouvoir d’Hollande… Avec l’accentuation des politiques néolibérales que l’on connaît. Il ne faudrait donc pas se faire duper une seconde fois.

    Défendre l’autonomie du mouvement social

    La meilleure manière de se prémunir des tentatives de récupération politique est de défendre l’autonomie du mouvement social. Il faudra rester vigilant à ce que la lutte se poursuive dans la rue jusqu'à son terme. Pour cela, il sera nécessaire de développer et de garantir la démocratie à la base, dans les assemblées de lutte des travailleurs, précaires, chômeurs. Il faudra y lutter contre les tentatives de récupération bureaucratique et politicienne, bridant les processus d’auto-appropriation, d’autoréflexion et d’engagement militant, fragilisant la solidité des mouvements en cours et affaiblissant la construction des mouvements à venir.

    La relance économique est une illusion

    Le réformisme ne constitue pas qu’un danger en tant qu’impasse stratégique, mais également en tant qu’impasse programmatique. Comme nous l’avons précédemment démontré, il est bien évident que le maintien du code du travail, comme les politiques de relance keynésienne, le protectionnisme et le souverainisme, les luttes pour une répartition des richesses plus favorables aux travailleurs qu’aux capitalistes, n’aboutiront pas au retour des 30 glorieuses » et de « l’Etat social providence ». Elles n’apporteront pas, pas plus que le néolibéralisme, une nouvelle période de prospérité.
    A cela s’ajoute le fait que pour se relancer – s’il en était capable – le capitalisme devrait produire, en employant le plus de travail humain possible, pour ensuite vendre en masse. Or cette perspective comprend une limite écologique (épuisement des ressources) et constitue également un danger écologique (émissions carbone et réchauffement climatique, dérégulations géologiques, menaces d’extinctions de pans entiers de la biodiversité, et donc à terme de l’espèce humaine). Elle aboutirait donc a terme soit un rétrécissement extrême du système faute de ressources, plaçant l’essentiel de l’humanité en situation de pénurie extrême et de risque de mort, soit à la destruction de la biosphère, voir, potentiellement, à une 6ème extinction d’espèces. La reproduction élargie et pérenne du capital est donc aussi illusoire que dangereuse. La croissance verte, nouvelle lubie des capitalistes pour canaliser la lutte écologique, en mettant en ouvre des mesures écologiques qui ne vont rien changer au problème, constitue bien évidemment un leurre au niveau économique : elle est basée sur les mêmes mécanismes économiques que le reste du mode de production capitaliste et tend vers un destin similaire (marchandisation, concurrence, baisse des prix et des profits, production a crédit, éclatement de bulles financières vertes, crises).
    Ainsi les politiques de relance, qu’elles soient libérales, keynésiennes, protectionnistes et souverainistes, « marxistes vulgaires » ou vertes, n’aboutiront au mieux qu’au maintient des conditions de la crise, et, au pire, à l’aggravation des contradictions du mode de production capitaliste. En conséquence, elles conduiront à l’augmentation de l’intensité du combat de classe. Autrement dit, obtenir des avancées dans le système deviendra progressivement tout aussi difficile mais plus illusoire que de réaliser une révolution sociale anticapitaliste. Mais pour cela, le mouvement social devra se doter d’un projet de société qui s’en émancipe réellement et profondément.

    Rompre avec le capitalisme

    Pour permettre une satisfaction générale et égalitaire des besoins, rompre avec le mode de production capitaliste devient une nécessité. Mais de quoi s’agit-il ?
    Bien évidemment, les travailleurs ne peuvent pas se contenter de s'emparer de la machine de valorisation du capital et la faire fonctionner à leur propre profit : ils devront la détruire de fond en comble. Ainsi, il ne s’agit pas simplement de virer tous les patrons, banquiers et actionnaires, et de confier la gestion des entreprises et des banques à un Etat bureaucratique. Il ne s’agit pas non plus de confier directement aux différents groupements de travailleurs la gestion de leurs propres capitaux. Une telle perspective ne consisterait qu’à promouvoir un capitalisme autogestionnaire. Elle ne viendrait pas du tout à bout des conditions systémiques de possibilités des crises du capitalisme.
    La rupture avec le capitalisme suppose plusieurs conditions :
    1 Rompre avec la propriété privée/privative, des moyens de production, qui permettra aux travailleurs les contrôlant, en socialisant l’ensemble des moyens de production, de rompre avec la concurrence entre unités de production, mais aussi de définir le but, la nature et les conditions de production.
    2 Rompre avec le marché, l’échange marchand, par essence non garanti, posant la possibilité des licenciements, des faillites et des crises économiques. Une telle rupture se baserait sur la planification de la production par la base de la société, au moyen d’assemblées et de recensements, aux échelles territoriales que les membres de la société estimeront les plus pertinente suivant la nature de la production à réaliser, et la distribution directe du produit social à chacun des membres y participant en contrepartie de sa contribution à la production socialisée.
    3 Rompre avec le « marché de l’emploi », en trouvant à chaque membre de la société une tâche socialement utile à accomplir, en contrepartie d’une part égale du produit social collectivement réalisé.
    4 Egaliser les temps individuels consacrés à la production, et développer la polyvalence, à la fois entre les dimensions manuelles et intellectuelles, mais aussi entre exécution et coordination. Ceci évitera les hiérarchies de compétences et de commandement, supprimant ainsi les dimensions symboliques à la base des hiérarchies concernant les droits de retrait du produit social. Une telle formation serait facilitée du fait du temps dégagé par une réduction massive du temps d’exécution, rendu possible par l’élimination des tâches uniquement nécessaires dans le cadre de la valorisation du capital, et par une baisse du niveau de production global du fait de la suppression de l’obsolescence programmée et en fonction des nécessités écologiques.
    Une telle organisation des rapports de production permettrait à la fois de se préserver des crises et de l’exclusion sociale par l’économie, de se débarrasser du commandement oppressif de la classe capitaliste, tout en offrant à chacune et chacun la possibilité de déterminer les conditions d’organisation et d’exécution des différentes tâches à accomplir, de participer de manière égale à la production et de pouvoir en retirer en contrepartie une part égale. Cette société développerait à la fois le sens de l’implication et de la responsabilité de ses membres, et ce, dans des conditions de santé et de sérénité à l’antipode des tendances à la violence, au stress, à la dépression, aux accidents graves et au suicide que développe le mode de production capitaliste.

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