• Crise économique post-COVID : La fragilité du capitalisme révélée au grand jour !

    La crise sanitaire a débouché sur une crise économique, et ouvrira la porte à de nouvelles mesures contraignantes pour le salariat. Or on est en droit de se demander pourquoi une simple période de ralentissement des activités économiques déboucherait sur une crise puis sur une période d'austérité subie ? Ne pourrait-t-on pas développer un modèle qui éviterait ces catastrophes économiques en cascade ?

     

    Durant la crise sanitaire liée au COVID 19, les activités essentielles à la "vie de la nation" (selon l'expression d'E.Macron) ont été assurées. Pourtant, très rapidement sont apparus des discours sur le risque d'effondrement économique. Comment le pays pourrait-il s'effondrer puisque, justement, les activités essentielles à sa survie sont maintenues ? Quel curieux paradoxe !

     

    Une crise commerciale épisodique

    La crise économique actuelle, conséquence de la crise sanitaire, n'est pas une crise systémique relative aux difficultés du capital à se valoriser. Elle est conjoncturelle : l'arrêt temporaire de la production est le fruit de l'intervention des Etats, pour éviter la propagation du virus en décrétant l'arrêt de certains secteurs d'activité. La crise est donc liée à des raisons externes aux dynamiques internes du capital. Il s'agit ici d'une crise dont la forme est comparable aux crises commerciales. Ces crises sont souvent épisodiques, et précédent une période de reprise. Marx avait expliqué que ces types de crises, liées aux difficultés de réalisation de la valeur (la valorisation du travail effectué sanctifiée par la vente de la marchandise au prix social moyen) n'étaient que passagères et ne remettaient en rien en cause le fonctionnement du capitalisme à long terme.

     

    ... Qui pèse sur les classes populaires

    Le fait que la crise soit passagère ne signifie pas qu'il faille en sous-estimer les conséquences à court/moyen terme. Quelques capitalistes risquent la faillite, notamment des petites entreprises, des producteurs indépendant. Mais ce sont surtout les travailleurs qui vont trinquer (et trinquent déjà). En France, les mesures Keynésiennes se font au prix d'un accroissement de la dette publique, en vue de maintenir les salaires et de favoriser la consommation au moment de la reprise de la production. Mais il ne s'agit pas là d'un cadeau. Les salarié-e-s devront rembourser cette dette, notamment au prix d'une hausse du temps de travail.

    Existent aussi des risques d'inflation, liées à 3 facteurs. 1) La mise en circulation de trop de liquidités pour acheter un volume de marchandises de plus en plus réduits. 2) La nécessité pour le secteur de la distribution privée de financer la mise en place des équipements sanitaires obligatoires 3). L'opportunisme des capitalistes (par exemple, réapprovisionnement des marques plus onéreuses au détriment des produits premiers prix dans la grande distribution). Les consommateurs risquent ainsi de payer plus chère les marchandises qu'ils achètent, sans compter les surcoûts liée aux équipements sanitaires (masques, gel hydroalcooliques, savon, etc.).

     

    ... Et qui qui n'est liée qu'à l'organisation capitaliste de la société

    La crise économique consécutive de la crise sanitaire n'est pas la seule que nous subissons. Nos sociétés peinent a se relever de la crise de 2008, mais aussi de celle de 1974 qui a débouché sur plus de 40 ans de récession. Chaque crise est aggravée par le poids des précédentes, dont les sociétés n'arrivent pas à se remettre totalement.

    De tels types de crises ne se produiraient pas dans n'importe quelle société. Elles n'existent que parce que la société capitaliste se base sur une organisation particulière de la production et de la distribution, qui comporte de multiples fragilités, relatives à la circulation de l'argent dans un sens, à celle des marchandises dans l'autre.

    La vente des marchandises, nécessaire aux entreprises pour survivre, et aux travailleurs pour obtenir les moyens d'en acheter, n'est pas garantie, et ne l'est pas dans les quantités nécessaires, ni dans les temps nécessaires. Il existe de multiples accidents systémiques qui peuvent produire un arrêt de cette circulation, temporaire ou durable, à l'échelle individuelle comme à celle du système.

    D'autre part, les producteurs privés ne se concertent pas entre eux pour produire. Ils se lancent individuellement dans la production, sans forcément tenir compte des besoins sociaux et du fait qu'ils soient déjà satisfaits. Tout ce qui compte pour eux est que la demande solvable achète la marchandise qu'ils produisent, quand bien même cela signifie ne pas acheter celle qui est produite par un autre producteur. Il en résulte une disproportion de la production par rapport aux besoins sociaux.

    Bien entendu, des mesures existent pour limiter ces risques, sans quoi, le système s'effondrerait sans cesse. Cependant, les difficultés de la production subsistent toujours, et dégénèrent parfois jusque dans des drames individuels (chômage, faillite), voire des crises systémiques.

    De plus, ces difficultés sont renforcées par la tendance àla suppression du travail vivant remplacée par des machines de plus en plus automatisées, des intelligences artificielles, des usines interconnectées. Il en découle, une baisse des taux de profits, mais aussi de l'emploi. La montée du chômage produit alors une baisse de la demande solvable, qui se traduit par des difficultés de débouchés pour les entreprises, et suraccumulation de marchandises. La production se trouve alors ralentie avec une sous-utilisation des capacités de production. A un certain stade, ces difficultés conduisent à baisse des embauches, à des licenciements, et des périodes de chômage techniques, qui ont un impact sur la consommation globale pouvant entrainer des difficultés pour les autres secteurs d'activité.

    La stratégie des capitalistes, visant à recourir à des interventions brutales sur les salaires ou en augmentant le temps de travail (exploité), pour redresser le taux de profit, et ainsi stimuler l'investissement, tend à produire une diminution de la demande solvable, créant des difficultés de réalisation de la valeur.

    Enfin, les difficultés du capitalisme sont renforcées par des stratégies de compensation des difficultés de la production réelle par le recours au crédit et à la finance, provoquant une multiplication des dettes non solvables et une spéculation excessive sur des valeurs infondées, et se résolvant dans l'éclatement des bulles spéculatives et la crise financière.

    Toutes ces crises sont le fruit de l'organisation capitalistes de la société, mais aussi des tentatives destinées à le sauver. Cependant, la bonne nouvelle, c'est que le capitalisme n'est pas nécessaire et qu'il est possible de produire des biens et de les distribuer sous des formes différentes de celles auxquelles le capitalisme nous a habitués.

     

    Les crises ne sont pas nécessaires : sortir du très fragile mode de production capitaliste

    Difficultés, accidents et crises ne sont liées qu'a une forme d'organisation sociale de la production et de la distribution très fragile : 1) La production n'est pas coordonnée par rapport aux besoins réels de la population, ni par rapport aux besoins réciproques des différentes sections productives. 2) Les moyens de production sont introduits sans coordination, ni dispositifs préalables de rééquilibrage (formation et réduction du temps de travail). 3) La vente des marchandises produites n'est pas garantie. 4) L'emploi, permettant l'accès aux revenus nécessaires pour consommer, n'est pas garanti pour l'ensemble de la population active. 5) Ne sont proposés comme alternatives à l'emploi que le chômage et/ou des formations au rabais, avec des baisses de revenus et donc du pouvoir d'achat.

    Trois transformations majeures permettraient, combinées de se débarrasser de ces problèmes :

    1) La socialisation de la production : les entreprises seraient associées entre elles pour produire en fonction de l'utilité publique et des besoins sociaux. Les décisions seraient prises par concertation fédérales, et non en fonction d'initiatives privées concurrentes. Les fédérations assureraient la coordination des besoins logistiques et d'équipements des entreprises.

    2) La socialisation des droits d'accès à la consommation : le droit d'accès à la consommation, aujourd'hui délivré via le versement d'un salaire ou d'une allocation sous forme monétaire, serait socialisé. Il serait délivré par des fédérations territoriales aux individus, indépendamment de la situation prospère ou déclinante de son secteur d'activité. L'argent ne circulerait plus d'entreprise à entreprise et de l'entreprise au salarié, puis aux entreprises de distribution pour retourner aux entreprises de production.

    Si l'argent est maintenu, ce qui est plausible au lendemain d'une révolution, toutes les recettes des entreprises de production seront collectées par les fédération, puis reversées pour pourvoir à leurs besoins logistiques, et toutes les recettes d'entreprises de distribution seront collectées par les fédérations puis reversées aux individus. Resteront alors à régler les problèmes de gestion des quantités monétaires mises en circulation, les risques d'inflation, et quelques autres problèmes liés au système monétaire.

    Si l'argent est supprimé, ce qui serait préférable pour aboutir à un mode de production pleinement communiste, la production sera coordonnée par les fédérations sans besoins de circulation monétaire, et la distribution pourra s'effectuer selon un système allocatif de nature plus qualitative, basé sur une distribution articulé entre rationnement, pré-commande et prise au tas.

    3) La mise en place d'un véritable système d'emploi-formation incluant en fin de formation un emploi garanti, comme alternative aux système emploi-chômage et marché du travail. Le remplacement du chômage par la formation aura de nombreux avantages : on ne reprochera plus aux individus d'être inactifs ou oisifs, les individus seront mieux formés et pourront plus facilement soulager les secteurs d'activité en tension, les reconversions seront plus efficaces, la population sera mieux formée pour s'adapter aux évolution du système.

    Ces trois dispositifs ne sont certes pas suffisants, mais ils constituent la pierre angulaire d'un système exempt de crises économiques. Avec une telle configuration, les ralentissements d'activité, liées à des crises sanitaires, catastrophes environnementales, et autres phénomènes non économiques imprévisibles, n'aboutiraient qu'a des recentrements temporaires de la production autour de l'essentiel, avant une période de redéploiement des activités. La coordination entre les différents secteurs d'activité, les droits d'accès à la consommation garantis et le système d'emploi-formation, éviteraient les effets d'emballement généralisé pénalisant certains individus ou unités productives, et provoquant des crises sectorielles, et/ou des endettement massifs des Etats pour soutenir la consommation.

    Les sociétés seraient ainsi mieux armées pour se développer sainement et faire face aux risques qui pourraient les toucher dans l'avenir.

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  • Commentaires

    1
    patrick gibon
    Samedi 7 Novembre 2020 à 09:05

    boujou bin,

    content de te retrouver avec tes analyses fouillées, voilà père pet que je n'avais rin vu passer. en t'espérant au mieux et à bientôt, Pastèque!...

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