• Crises du Capitalisme et perspectives Communistes Libertaires

    Crises du Capitalisme et perspectives Communistes LibertairesPour en finir avec le mode de production capitaliste et ses crises :

    Reprendre la critique de l’économie politique, pour repenser les impasses de la « gauche radicale » et les perspectives communistes libertaires

     

    Par Alain Bihr, Benoît Bohy-Bunel, Floran Palin, Wil Saver, Cédric, Matthijs,

    Loin de se réduire à une série d’attaques délibérées de la part des classes dominantes, les crises du mode de production capitaliste sont le résultat d’une dynamique plus profonde du capital lui-même. Comprendre leurs causes générales est essentiel pour saisir d’une part les limites des propositions réformistes qui revendiquent un « partage des richesses »,  et, d’autre part, pour adapter nos luttes pour des revendications immédiates au projet d’une société communiste libertaire.

    Il s’agit de bien appréhender les ressorts de la crise capitaliste et de comprendre pourquoi les fausses approches de la gauche radicale conduisent à des impasses. L’échec provisoire du mouvement ouvrier est, pour une partie non négligeable, dû aux analyses éminemment discutables d’une certaine tradition marxiste, lesquelles imprègnent encore fortement notre conception de la lutte.

     

    1 La crise du capitalisme 

     

    1.1. La crise n’est pas la conséquence des mauvaises intentions des dominants

     

    Les capitalistes (chefs d’Etat, parlementaires nationaux et européens, patrons du MEDEF, industriels, banquiers, financiers) ne sont pas des décideurs libres. Ils obéissent à la logique du capital : nécessité de faire des profits, de gagner plus d’argent qu’il n’en a été investi au départ, de maintenir le profit à un taux acceptable, nécessité de faire face à la concurrence, nécessité de vendre les marchandises. Sans cela, ils sont déclassés, ils font faillite, ils sont remplacés par d’autres capitalistes. Il ne sert à rien de les critiquer d’un point de vue moral, puisque le système les pousse forcément à l’immoralité. C’est donc le système qu’il faut critiquer.

    Les crises du capitalisme ne résultent ni d’une mauvaise gestion des gouvernements (même si ceux-ci peuvent les aggraver) ni de choix (moraux ou techniques) délibérés des capitalistes eux-mêmes. Elles ne peuvent pas être correctement comprises sous l’angle de la seule soif de profit d’une élite mal intentionnée ou de sa volonté de soumettre la population. Autrement dit, les capitalistes eux-mêmes, même  s'ils étaient philanthropes, ne pourraient éviter ces crises, qui résultent de contraintes objectives auxquelles ils sont eux-mêmes soumis.

    Le capitalisme est un mode de production spécifique, c’est-à-dire un ensemble de rapports sociaux  situés et datés qui permettent certes la production et l’échange des richesses « matérielles » (moyens de subsistance, biens de consommation et moyens de production) mais cela sous la forme de marchandises dont la valeur, mesurée en monnaie, est déterminée par la quantité de travail socialement nécessaire qu'elles contiennent. Ces rapports sociaux doivent constamment être reproduits pour que le capitalisme puisse perdurer, et ils doivent l'être à une échelle sans cesse croissante, un fait qui s’impose ainsi aux capitalistes eux-mêmes. Ces derniers, même en disposant de l’aide des États bourgeois, n’ont qu’une marge de manœuvre limitée qui ne leur permet pas de s’affranchir des contraintes structurelles propres au mode de production capitaliste.

    Les décisions individuelles et les politiques des États isolés ne peuvent avoir de « succès », d’un point de vue réformiste, que si elles n’engendrent pas immédiatement une crise, et donc qu’elles s’inscrivent dans la logique de reproduction du capital comme rapport social.

    Cela signifie d’une part que  la gestion directe des entreprises ne permettra pas non plus de s’affranchir des conditions capitalistes de la production (les scops sont soumises aux rapports marchands et à la concurrence de la même manière que les multinationales). D’autre part, cela signifie également que le capitalisme ne peut être démantelé, et les conditions de ses crises supprimées, qu’à échelle collective et internationale, et à la condition d’être capable d’établir un mode d’organisation sociale au sein duquel les conditions des crises n’opèrent plus.

     

    1.2. Une crise structurelle fondamentale

     

    1.2.1 Bases de fonctionnement du capitalisme : la reproduction élargie

     

    Le mode  de production capitaliste fonctionne sur la base de la reproduction élargie du capital. Il doit     s'étendre sans discontinuer du point de vue de l'ensemble de ses rapports sociaux marchands. Cela signifie, au niveau particulier de l'entreprise, que l’argent avancé pour acheter des moyens de production (outils, machines, usines, matières premières) et des forces de travail (celles de travailleuses et travailleurs) doit, à travers la production et la vente de marchandises, rapporter plus d’argent (ce qui implique une exploitation du travail salarié dont le capital tire bénéfice sous forme de plus-value). Il s'agit là du profit. Cet argent doit ensuite permettre l’accumulation du capital (l’acquisition de moyens de production et de forces de travail supplémentaires), donc l’élargissement de l’échelle de la production et de la circulation de marchandises, de manière à rapporter encore plus d’argent et ainsi de suite. La reproduction élargie du système capitaliste considéré dans son ensemble nécessite donc pour chaque entreprise d’augmenter régulièrement le capital qu’elle investit dans la production.

     

    Pour cela, le capital doit faire coïncider dans des proportions déterminées et dont il n’est pas maître :

    -          gains de productivité,

    -          augmentation de la production,

    -          circulation fluide et réussie des marchandises et de la monnaie,

    -          emploi de toujours plus de travailleurs, suffisamment rémunérés pour écouler les marchandises produites et dans le même temps suffisamment exploités pour permettre l’accumulation nécessaire à la reproduction élargie du capital,

    -          équilibre entre production des moyens de production et production des moyens de consommation : il doit y avoir assez de biens de consommation produits pour l’ensemble des travailleurs (même ceux qui produisent des machines doivent manger !) et de moyens de production également (même ceux qui produisent de la nourriture ont besoin de machines !).

    Or ces conditions harmonieuses ne sont que rarement et au mieux temporairement réunies. Encore faut-il comprendre pourquoi.

     

    1.2.2 Un premier niveau de difficulté : interruption de la circulation des marchandises et réalisation incertaine de la valeur

     

    Le mode de production capitaliste est un système organisé sur la base d’une myriade de producteurs privés, développant leurs projets privés, prenant des décisions privées : petits et grands capitalistes propriétaires ou gestionnaires, petits producteurs indépendants, travailleurs d’entreprises autogérées (par exemple des Scop), etc.

    Les marchandises qu’ils font produire n’ont pas d’utilité pour eux. Ils ne sont pas coordonnés, ne se décident pas à l’avance que certains vont produire de l’alimentation pour les autres, tandis que ces derniers leur produiront de l’alimentation et d’autres encore des logements. Ils produisent donc des marchandises pour les vendre,

    Dès lors, l’échange marchand devient le seul moyen de socialisation (de validation sociale) possible de leurs productions respectives. Survient ici un premier niveau de difficulté : pour que le système fonctionne, en particulier pour un producteur privé, les biens doivent nécessairement être vendus et doivent l’être à des conditions de rapidité et de profitabilité qui lui permettent de poursuivre son activité capitaliste. Or le "libre" marché implique que l’acheteur a le choix d’acheter les marchandises déjà produites ou non. La réalisation de la valeur (la vente effective des marchandises) et de la plus-value (des profits), ainsi que la circulation de l’argent, nécessaires à la reproduction du capital, sont ainsi essentiellement aléatoires et toujours plus ou moins incertaines. De là peuvent apparaître des inégalités (thésaurisation d’un côté, baisse ou absence de revenu de l’autre), des contractions de l’échelle de la production, ainsi que des faillites d’entreprises, des licenciements, et donc un rétrécissement du marché des consommateurs solvables (disposant des capacités monétaires de consommer). Ce phénomène peut, dans certaines conditions se répercuter de producteurs privés à producteurs privés, débouchant sur une crise systémique. La propriété privée des moyens de production et l’échange marchand (non garanti), dont elle est indissociable, constituent donc le terreau des crises multiples du capitalisme.

     

    1.2.3 Un phénomène plus fondamental : les contradictions liées à la diminution de la quantité de travail vivant (c’est-à-dire de travailleurs et de travailleuses)

     

    La résistance des travailleurs à leur exploitation, les rapports concurrentiels entre capitaux privés, et les besoins d’accumulation nécessaires à la reproduction élargie du capital engagent une nécessaire course à la productivité (produire autant ou même plus en utilisant moins de travail de manière à abaisser les coûts de production des marchandises). Le niveau de productivité moyen devient la norme définissant le niveau moyen de valorisation du capital (le taux moyen de profit). Au-delà de ce niveau de productivité, les surprofits élargissent l’échelle de l’accumulation potentielle. En deçà, les entreprises voient diminuer leur rentabilité et, avec elle, leur capacité à investir et à se maintenir dans la course à l’augmentation de la productivité, ce qui risque de les acculer à terme à la faillite. Pour rester dans cette course, leur seule solution est alors d’investir dans des machines et de développer des formes d’organisation plus productives. Cependant, le rattrapage technologique relance la concurrence et annule les effets éventuels de monopole. Les profits les plus élevés sont alors ramenés à un niveau moyen. L’accumulation devient de fait moins importante, les débouchés pour chaque entreprise se restreignent.

    De plus, la course à la productivité entraîne plusieurs autres effets pervers. A travers cette accélération productive, d’une part, les travailleurs et travailleuses sont de plus en plus soumis à des cadences insoutenables, d’autre part, de plus en plus de travail vivant (l’usage de forces de travail) se trouve remplacé par du travail mort (l’usage de moyens de production) effectué par des machines. Ainsi, de plus en plus de travailleurs et travailleuses se trouvent exclus de la production, du fait de la disparition de certains métiers et des difficultés de reconversion, ou encore soumis à une concurrence d’autant plus féroce pour l’accès à l'emploi et  pour sa conservation, et à une pression d’autant plus intense à la baisse des salaires. Dans le même temps, puisque le chômage augmente et que les salaires tendent à être abaissés, le marché des consommateurs solvables tend à se restreindre, ce qui diminue les possibilités de vendre les marchandises produites.

    Par ailleurs, en augmentant la masse du travail mort (locaux industriels, système de machines, matières premières, énergie motrice, etc.) dans le même mouvement où il diminue le capital investi dans le travail vivant – seul producteur de valeur et de plus-value – la course à la productivité ne peut que conduire à une baisse du taux de profit. Or le taux de profit constitue, pour les capitalistes, un indicateur fondamental : élevé, il les incite à accumuler le capital ; inversement, quand il tend à baisser, il dissuade les capitalistes à investir, conduisant à un ralentissement des affaires, lui-même synonyme de blocage des embauches, voire de licenciements, donc d’un surcroît de chômage.

    Ainsi, dans le cadre des rapports capitalistes de production, la course à la productivité du travail, destinée à améliorer les conditions de valorisation du capital (conditions sous lesquelles le capital investi permet de produire de la plus-value via l’exploitation de la force de travail des travailleuses et des travailleurs), produit-elle simultanément ces deux phénomènes : contraction relative de la demande, donc des marchés, et baisse tendancielle du taux de profit. Dès lors la crise du mode de production capitaliste est inévitable. Elle se manifeste tout d’abord par une crise de surproduction, avec de nombreuses marchandises invendables. Avec l’ajustement du volume de production en fonction de la restriction du marché solvable (la diminution de la possibilité de consommer en raison du chômage, des baisses de salaire, des restrictions du service public entraînant plus de frais pour les travailleurs etc.), survient un enchaînement de licenciements et de faillites. Du fait d’une consommation ralentie, les machines et les matières premières sont consommées moins rapidement. La crise prend la forme d’une crise de suraccumulation de moyens de production (les moyens de production sont inutilisés). Elle s’étend aux producteurs de moyens de production, quoi voient également leurs marchés se restreindre.

    Une des principales réactions des capitalistes, pour tenter de relancer l’accumulation, peut consister dans le fait de chercher à redresser le taux de profit (en baissant les salaires, en augmentant la productivité sans augmenter les salaires), ce qui va provoquer, d’une part, une suraccumulation d’argent impossible à investir dans la production, faute de demande solvable capable d’absorber une augmentation de la production, et donc de débouchés rentables ; et d’autre part, si cette mesure est appliquée de manière générale, une nouvelle diminution de la demande solvable et des marchés qui risque d’annuler les effets de relance économique que vise une telle mesure.

     

    2 Analyse de la crise actuelle 

     

    2.1. De la crise du fordisme…

     

    Durant la période fordiste d’après guerre, la prospérité du système était assurée, sur fond d’un « compromis » entre capital et travail rendant possible un « partage » des gains de productivité entre salaires et profits, par des facteurs tels que :

    -          les nécessités de la reconstruction liée à la guerre,

    -          l’intervention de l’Etat (politiques keynésiennes, prise en charge de la protection sociale, nationalisations de capitaux industriels et bancaires),

    -          les nouveaux besoins d’administration du capital liés aux évolutions technologiques,

    -          le développement de nouveaux secteurs d’activité (services, loisirs et culture),

    -          les stratégies commerciales d’obsolescence programmée et sociale,

    -          l’expansion internationale de la marchandisation,

    -          les victoires sociales concernant la hausse des salaires et l’instauration de la protection sociale,

    -          la poursuite de l’impérialisme.

    Mais cette équation n’a pu fonctionner que dans la mesure où le mode de production fordiste dégageait des gains de productivité susceptibles d’alimenter à la fois les profits et, à travers eux, l’accumulation du capital, ainsi qu’une demande solvable croissante permettant l’écoulement d’une offre elle-même croissance.

    Au terme de sa période (années 1970), le fordisme est venu buter sur le ralentissement des gains de productivité lié aux limites physique et sociales de la taylorisation et de la mécanisation du travail, à l’augmentation continue de la composition technique et organique du capital (de plus en plus de travail mort nécessaire par unité de travail vivant), la saturation de la norme de consommation fordiste et du développement du travail improductif (travail qui ne produit ni valeur ni par conséquent plus-value) dû  à l’expansion de la sphère commerciale et financière, ainsi qu’à celle des appareils d’État. Tandis que l’internationalisation croissante des marchés rendait de plus en plus inefficace la régulation de l’économie capitaliste à l’intérieur des frontières des États-nations par des politiques keynésiennes (politique monétaire, politique salariale et politique budgétaire).

     

    2.2…. à la crise du post-fordisme…

     

    La mise en œuvre des politiques néolibérales, à partir de la fin des années 1970, a représenté une tentative de sortir de la crise du fordisme. Au niveau micro-socioéconomique (au niveau de l’entreprise), elles se sont traduites par le développement de modes post-fordistes destinés à redresser le taux de profit en augmentant l’exploitation du travail et en diminuant la composition organique du capital (rapport entre la part du capital destiné aux salaires des travailleurs et celle destinée à l’achat des moyens de production) par le développement de l’automation, la réorganisation des procès de travail autour d’ateliers et d’équipements polyvalents, le développement du travail précaire et/ou à temps partiel, le recours à la filialisation et à la sous-traitance, le tout dans le but de rendre le procès de production capitaliste le plus fluide et flexible possible, pour lui permettre de s’adapter au plus vite et au mieux aux aléas de la conjoncture.

    Au niveau macro-socioéconomique, ces politiques ont cherché à démanteler les réglementations légales et conventionnelles des marchés destinés à les réguler dans le cadre national et à libéraliser la circulation internationale du capital sous toutes ses formes (capital-marchandise, capital productif et capital-argent). Elles auront notamment permis aux grands groupes industrialo-financiers d’augmenter leur taux de profit par la délocalisation vers les formations périphériques (le ci-devant Tiers Monde) ou semi-périphérique (par exemple les ci-devant pays de l’Est européens « socialistes ») les segments les plus déqualifiés ou les moins qualifiés des procès de travail (par exemple les activités de montage). N’ont été conservés dans les formations centrales que les segments les plus qualifiés (direction financière et stratégique, recherche et développement, etc.) Le tout aura conduit, sous fond d’un fort niveau de chômage structurel, à accroître la mise en concurrence des travailleurs au niveau mondial, contribuant ainsi à fortement ralentir la hausse des salaires dans les formations centrales, voire à la faire stagner ou même baisser dans certains cas, tandis qu’elle aura induit un développement du salariat voire une hausse des salaires dans les formations périphériques et semi-périphériques concernées.

    Parallèlement, la crise a pu être amortie, par le recours massif au crédit sous toutes ses formes ainsi qu’à l’actionnariat. Le développement du crédit a permis au capital de bénéficier d’apports d’argent rapides, afin d’entretenir sa croissance – certes avec de gros ralentissements – depuis la fin des années 1970. Grâce au recours croissant à l’actionnariat, les entreprises émettrices de titres de propriété ont pu bénéficier d’apports financiers rapides, nécessaires à leurs investissements, en contrepartie du versement de dividendes (de parts de profits réalisés) aux actionnaires. Ce double recours a entretenu l’investissement productif autant qu’un certain niveau de consommation, et le maintien d’activités « improductives » d’un point de vue capitaliste (faux frais du capital, nécessaires à son fonctionnement, mais ne permettant pas de générer par elles-mêmes une augmentation de la masse de valeur produite), la plupart prises en charge par l’Etat.

    Cependant, il est nécessaire de rappeler que crédit et actionnariat reposent sur des anticipations sur la création de valeur future. Les actionnaires achètent des titres de propriété en fonction du fait que l’entreprise qui les émet va prospérer, que leur valeur boursière va croître. Les créanciers, notamment les banques, accordent des crédits en attendant un remboursement, (avec un taux d’intérêt variable en fonction du risque de non remboursement). Ce système ne peut prospérer harmonieusement que s’il croît sans cesse, et sans accrocs.

    Or, en considérant les difficultés du mode de production capitaliste depuis les années 1970, il devait logiquement en découler l’accumulation d’une montagne de dettes et de titres pourris.  En effet,  le capitalisme contient et produit les conditions – dévalorisation du capital, risque de ne pas vendre, de ne pas vendre à temps et a bon prix, risque de baisse des salaires et d’affaiblissement de la demande solvable – pour que de tels accidents se produisent, et qu’a un moment donné ils dégénèrent en crise.

     

    Si elles ont empêché un effondrement de la croissance après la crise de 1974, et permis un redressement du taux de profit sensible dès le début des années 1990, l’ensemble des politiques précédentes ont cependant institué un mode d’accumulation du capital essentiellement instable, dans lequel ce dernier vient régulièrement buter sur l’insuffisance de la demande solvable, du fait du développement du chômage, de la précarité et de l’austérité salariale dans les formations centrales. Cela explique  depuis lors :

    -  Le fait que le taux d’accumulation du capital (la part du capital investie dans la production) soit resté inférieur au taux de profit, une bonne part de ce dernier étant vouée non pas à l’accumulation mais à la rémunération des propriétaires du capital (les actionnaires), faisant du même coup exploser les inégalités de revenus et de patrimoine  

    - Le développement de l’industrie et de la consommation de luxe, correspondant à celle de la part de la plus-value (des profits, des intérêts, des dividendes, des rentes, etc.) non accumulée en capital additionnel mais dépensée sous forme de revenus 

    - Enfin et surtout la formation régulière de bulles spéculatives éclatant non moins régulièrement en krach retentissants, correspondant là encore à de la plus-value qui, faute de pouvoir s’investir en capital réel, se convertit en capital financier fictif en cherchant à se valoriser par le jeu de la spéculation.

     La crise de 2007-2009, crise dite des subprime, n’aura été que la dernière en date de ces crises financières récurrentes depuis la seconde moitié des années 1980, dont la récurrence même signe l’instabilité du mode d’accumulation du capital mise en œuvre par les politiques néolibérales. Et sa résolution, consistant d’une part à sauver la plus grande partie du capital financier failli en recourant à un surcroît d’endettement public, d’autre part à compter sur la mise en œuvre d’une politique d’austérité budgétaire et salariale redoublée pour faire face à ce dernier, ne peut que préparer les conditions d’une prochaine nouvelle crise de ce genre. 

     

    2.3…. le capital ne sort pas du cercle infernal de sa contradiction fondamentale

     

    Ainsi, qu’elle soit stimulée par des politiques keynésiennes ou par des politiques néolibérales, la reproduction du capital ne parvient pas à s’émanciper de la contradiction fondamentale suivante. D’une part, il ne lui est possible de s’accumuler qu’en augmentant la productivité du travail, donc en faisant baisser sans cesse la part du travail vivant qu’il mobilise relativement à celle du travail mort dans lequel il s’investit. Alors que, d’autre part, il ne peut se valoriser (par la formation de plus-value) qu’en exploitant du travail vivant et qu’il doit compter sur une demande (partant une masse) salariale croissante pour parvenir à réaliser la valeur (dont la plus-value) formée. Si bien qu’il limite constamment lui-même les conditions de la formation et de la réalisation de la valeur, en créant ainsi les conditions et d’une crise de valorisation et d’une crise de réalisation, l’une prenant alternativement le pas sur l’autre.

    Autrement dit, pour survivre, une entreprise doit augmenter nécessairement ses profits. Pour cela elle doit se doter de machines plus performantes qui remplaceront des travailleurs ainsi que baisser les salaires de ces derniers. Toutes les entreprises faisant cela, elles créent du chômage et diminuent la capacité de consommation des travailleurs, qui ne pourront donc pas acheter les marchandises qu’ils produisent eux-mêmes. Tout en produisant davantage, les entreprises diminuent la possibilité de vendre leur production, elles engendrent donc une crise.

    Il y a donc de fortes raisons de penser que les problèmes posés par l’augmentation de la composition technique et, partant, organique du capital (rapport entre travail vivant nécessaire et travail effectué par les machines) vont s'aggraver dans les décennies à venir : usines automatisées sans ouvriers, automation des services, applications numériques, impression 3D, etc.

    Dans ce cas, la probabilité est forte que l’on assiste au rapatriement du capital préalablement délocalisé dans les pays du « centre », mais sans créations d’emplois conséquentes.

    Ces possibilités de produire à des coûts encore plus bas, du fait d’un faible besoin de force de travail, et d’une proximité entre sites de production et marchés d’écoulements, accentuent la pression à la baisse des salaires dans les pays « de la périphérie » (émergeants et même pays pauvres), sans pour autant créer de l’emploi dans les pays « du centre ».

    Créant les conditions d’un chômage et d’une exclusion bien plus massives qu’actuellement, et par conséquent, ne permettant pas une augmentation de la demande solvable générale, il est possible que se prépare une nouvelle crise mondiale, mais cette fois-ci d’une ampleur supérieure aux crises de 1929, 1974 et 2008, dont on ne sait si le capitalisme pourra y survivre ou non.

    En effet, en supprimant le travail humain dans l’industrie, le capitalisme est en train de saper sa seule source de valeur, celle-là même qui a constitué le moteur de son développement. Ce phénomène aura également un impact sur les services publics non marchands, exclusivement financés par des prélèvements directs ou indirects sur la valeur et la plus-value, les salaires et les profits, privant également ces derniers de leurs sources de financement. Enfin, il est en passe d’en supprimer également massivement dans nombre de services privés : d’une part, on y supprime du travail humain, d’autre part, on supprime les acheteurs de services en supprimant le travail industriel et dans le tertiaire.

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    Le capital ne peut évidemment pas supprimer la totalité du travail vivant qu’il met en œuvre sans se supprimer lui-même, sans supprimer la source même qui l’alimente comme « valeur en procès » (Marx) : comme valeur cherchant à se conserver et à s’accroître en un incessant procès de reproduction. Et, simultanément, il tend vers cette limite en même temps qu’il cherche à la repousser en s’ouvrant de nouveaux champs de valorisation – notamment dans les régions, pays, continents où il peut se valoriser sur la base de procès de travail caractérisé par une faible composition organique du capital et de salaires toujours plus bas – et c’est une des raison de l’actuelle « mondialisation ». Mais, du fait que surmonter la crise de valorisation suppose de créer les conditions d’une crise de réalisation (et vice versa),  il ne peut y parvenir ni significativement ni durablement.

    La fin du travail (la diminution constante du travail vivant) – sa suppression totale, si elle a lieu, dépendra des progrès technologiques à venir –  dans le capitalisme, ne se réalise donc que contradictoirement au sein du capitalisme, sous la forme non pas d’une libération du travail, d’une expansion du temps que les hommes peuvent consacrer au non-travail (leurs interactions sociales et leur développement personnel) mais sous celle de la précarité et du chômage, de la pauvreté et de la misère.

    C’est pourquoi nous ne subirons pas sagement le lot d’attaques sociales et de crises systémiques qui opèrent déjà sous l’effet de la contradiction précédente et s’intensifieront immanquablement. Nous revendiquons et luttons pour la sortie du capitalisme dès que possible, et le plus rapidement possible !

     

    3 Crise et revendications du mouvement ouvrier 

     

    3.1. La mondialisation et le néolibéralisme comme extension du capitalisme et non comme source de tous les maux.

     

    Les critiques anti-mondialisation et anti-néo-libérales, bénéficient d ‘un certain écho au sein des mouvements de contestation du capitalisme. Cependant, elles n’envisageant au mieux qu’un aménagement du capitalisme, prenant la forme d’un retour aux capitalismes nationaux du passé, qui s’avèrent inopérants.

    En effet, la « concurrence » n’est pas provoquée de façon purement artificielle et volontariste par les mesures de libéralisation du commerce, mesures associées à ce que l’on a appelé « mondialisation ». L’extension du marché est requise par la croissance forcée du capitalisme qui en effet doit coûte que coûte élargir ses débouchés. Autrement dit les régulations préconisées par la gauche et la droite de l’échiquier politique n’ont aucune espèce de pertinence. Un marché restreint par des dispositions administratives est aussi un marché plus étroit, donc avec d’autant moins de débouchés pour les marchandises tout en constituant par là une nouvelle occasion pour l’intensification de l’exploitation.

    Le profit, pivot du régime capitaliste, se réalise au niveau de l’entreprise individuelle en gagnant des parts de marché, et cette dernière peut sans doute le faire dans une conjoncture dégradée mais à court-moyen terme seulement. Cela étant dit, du point de vue du capitalisme dans son ensemble, l’important n’est pas la part de marché prise par telle ou telle enseigne, mais l’élargissement constant du marché global. En semblant ainsi défendre les PME contre les grandes entreprises ou le marché national contre les rivalités externes, on limite en fait les possibilités de vente à l’international et on aboutit à un redoublement de la concurrence au sein du territoire « protégé ».

    Le véritable problème qui se pose aux partisans du capitalisme, est donc celle de l’élargissement du marché capitaliste (ou des débouchés) qui, après avoir été soutenu massivement par l’endettement et les bulles spéculatives, se trouve être en crise et relativement maintenu qu’à grand renfort de liquidités émises par les banques centrales.

    Pour le mouvement ouvrier, de telles propositions n’ont aucun intérêt et ne peuvent mener qu’à la perpétuation d’une situation de vulnérabilité et de misère, d’exploitation et d’exclusion.

     

    3.2. La sous-consommation n’est pas une cause mais une conséquence de la crise

     

    L’idée, très répandue au sein du mouvement ouvrier et partagée par les courants keynésiens, qu’une hausse générale des salaires permettrait de relancer l’économie relève d’une analyse sous-consommationniste. Elle attribue les difficultés du capitalisme (surproduction, suraccumulation) à une simple insuffisance de demande solvable, et derrière cela, à une mauvaise répartition des richesses, voire une prédation capitaliste trop importante. Selon cette thèse, augmenter la demande solvable des classes populaires permettrait ainsi d’augmenter l’offre de marchandises, donc de relancer la production et ainsi de créer de l’emploi, ce qui relancerait la croissance. Il s’agit là d’une analyse erronée, car elle ne tient compte ni des difficultés de réalisation posées par la structure marchande de la société, ni des effets de la concurrence, ni de la recherche constante de gains de productivité supprimant du travail vivant et faisant diminuer la masse totale de valeur produite. En cela, elle ne peut comprendre correctement les nécessités et les difficultés du capitalisme, ainsi que la nature de ses crises, et se révèle donc incapable de proposer des solutions durables pour les neutraliser.

     

    3.3. Quelles possibilités pour le partage de la valeur ?

     

    Le profit réalisé n’est jamais empoché totalement par le capitaliste actif. Il se répartit entre profit d’entreprise (profit industriel, profit commercial, profit bancaire) dont une partie sert à rémunérer les actionnaires, remboursement des intérêts bancaires éventuels, versement de la rente foncière, acquittement des impôts. Le capitaliste actif n’empoche donc pour lui-même qu’une partie du profit. Il l’utilise de deux manières : pour la reproduction (élargie) de son capital et pour sa consommation personnelle ou son épargne. Ainsi, ce n’est que sur cette dernière part du profit total destiné à l’usage personnel (épargne ou consommation des capitalistes) ainsi que sur les dividendes versés aux actionnaires, que le mouvement social pourrait rogner (si on rogne sur la partie nécessaire à la reproduction élargie du capital on fait dérailler le système en provoquant...une crise). Or, cette part est difficile à déterminer dans la mesure où le choix de répartition entre usage personnel et investissement capitaliste dépend du bon vouloir du capitaliste, déterminé lui-même par les nécessités conjoncturelles de son entreprise.

    Ponctionner la part des revenus destinés à la consommation personnelle des capitalistes (gestionnaires ou actionnaires) pourrait donner lieu à une hausse générale des salaires ou une réduction du temps de travail et de la création d’emplois (en dépit des difficultés de telles mesures : voir 1.2.3).. Elle pourrait éventuellement être utilisée pour une réduction générale du temps de travail et la création de quelques nouveaux emplois, en dépit des difficultés structurelles que posent de telles mesures.

    Cependant, il faut également tenir compte des besoins de financements des services publics (santé, retraite, éducation/formation, écologie, etc.) - d’ailleurs actuellement sous-financés pour que ces missions soient replies correctement.-, et du remboursement des dettes (quand bien même on supprimerait les dettes "odieuses" ou "illégitimes"). Or il est évident que la masse financière qui pourrait être collectée par une taxation des capitalistes ne serait déjà pas suffisante pour assurer conjointement hausse des salaires, ou maintien des salaires et réduction du temps de travail, ainsi que les financements sociaux et écologiques multiples.  Globalement, même une réduction de l’écart des salaires de 1 à 4 reste insuffisante pour augmenter/harmoniser les salaires, ou les maintenir et réduire le temps de travail, financer le social et l’écologique, rembourser les dettes et assurer l’investissement productif. Donc la seule taxation des capitalistes (salaires, dividendes, impôts sur la fortune, lutte contre les niches et l’évasion fiscale) est bien trop minime.

    Un choix social serait donc nécessaire au niveau des proportions attribuées entre ces différentes destinations de la plus-value que sont le salaire, la réduction du temps de travail avec création d’emplois, le financement du secteur public, des caisses de solidarité, le remboursement des dettes. C’est sans compter, d’une part, sur les besoins de financements toujours plus importants du capital à la pointe, pour faire face à la concurrence internationale, au risque de supprimer les sources de plus-value sur lesquelles tiendrait un nouvel équilibre redistributif, et d’autre part sur les évolutions du capital, qui ne manqueraient pas de perturber ce nouvel équilibre redistributif.

    Le problème est en effet que cet équilibre dépend d’une ponction sur les profits (et les salaires, notamment en ce qui concerne le salaire indirect). Pendant ce temps, le capital évolue (voir 1.2.2, 1.2.3), supprime du travail humain, peine à écouler ses marchandises, génère des crises, et donc perturbe régulièrement et profondément ce nouvel équilibre. La question est de savoir combien de temps un tel système pourrait durer sans être profondément perturbé (1an, 5 ans, 10 ans) ?

    De plus, même en transférant en totalité le capital dans l’investissement productif et dans la consommation de la population, le problème central de l’élargissement constant de l’activité humaine demeurerait intact. Car il s’agit bien là de cette « contradiction », en réalité insurmontable, que Marx a soulignée : comment la richesse mesurée dans le capitalisme en dépense de force de travail (valeur) peut-elle croître indéfiniment alors que la poussée continuelle et extravagante des forces productives techniques diminue constamment la masse du travail employé, seul formateur de la valeur ?


    3.4. L’impasse stratégique et programmatique des politiques réformistes

     

    Il va sans dire que de telles politiques ne pourraient avoir d’effets positifs si ce n’est temporaires, dans la mesure où elles ne préservent ni de la concurrence, ni des incertitudes du marché, ni ne résolvent quoi que ce soit au niveau des problèmes posés par les modifications de la composition technique et organique du capital.

    De plus, la dimension transnationale du capital implique la difficulté – l'impossibilité –  d'imposer aux capitalistes des normes de rémunérations à l'échelle d'un Etat isolé, et la rendent même complexe et incertaine à l’échelle continentale.

    Ainsi, la reprise du projet et des revendications et du projet réformiste issus du mouvement ouvrier, aussi bien que la stratégie de conquête par les luttes de réformes sociales au coup par coup, apparaissent largement insuffisantes et chimériques, d’autant plus si le mouvement ouvrier ne dispose pas d’une coordination et d’un rapport de forces favorable à une échelle internationale.

    On l’a vu : le capitalisme fordiste-keynésien courant des années 1940 aux années 1970 intervient après deux guerres mondiales et trente ans de stagnation économique. C’est seulement sur la base d’une destruction généralisée que le capitalisme a pu se relancer dans le cadre d’une reconstruction et de façon coordonnée sur une large échelle. Alors que l’emploi devait progresser et bientôt manquer, la classe laborieuse a pu imposer le fameux compromis social qui s’est trouvé mis en cause rapidement après le retournement de conjoncture. Les travailleurs d’aujourd’hui ne sont pas moins héroïques qu’hier ou davantage trompés par les médias et la classe politique, tandis qu’ils auraient épousé à force de marketing la philosophie individualiste de l’heure. Ce qui a changé en profondeur, ce sont les conditions économiques et sociales de la lutte.

    Lorsque nous reprenons les revendications de type réformiste, nous devons donc préciser qu’elles ne sont valables qu’à court terme, prises les unes avec les autres et pas isolément, et que leur but est de gagner du temps pour se préparer à des changements plus important : sortir véritablement du capitalisme (et pas à moitié).

     

    4 Perspectives : une double prise de conscience :


    4.1. L’expropriation des capitalistes et la socialisation complète des moyens sociaux de production

     

    Une révolution anticapitaliste suppose de s’organiser collectivement, à une échelle de masse pour exproprier les capitalistes, abolir la propriété privée des moyens de production, et remettre ceux-ci dans les mains de la société toute entière.

    La propriété sociale des moyens de production est le point de départ nécessaire pour que les membres de la société puissent discuter ensemble de ce qu’ils en font, en fonction d’un intérêt commun, pour qu’ils puissent planifier ce qu’il leur faut produire, trouver une manière de planifier adaptable, souple, permettant une diversité de produits (plutôt qu’une production homogène), comment se répartir les tâches, comment organiser une réduction homogène du temps d’activité sociale (en moyenne 2 à 3 heures par jour, peut-être moins).

    En parallèle de la propriété sociale pourront coexister des formes de propriété individuelle de moyens de production, à la condition qu’ils soient utilisés pour l’auto-consommation ou le don. Mais ces formes de propriété autogestionnaires ne sauraient être commerciales, car dans ce cas seraient maintenus les logiques de marchandisation et de valorisation, et donc les bases sur lesquelles se développent la paupérisation, les faillites et les crises du capitalisme.

     

    4.2. En finir avec l’échange marchand, la monnaie, les banques et la finance

     

    Une révolution fondamentalement anticapitaliste suppose aussi de développer des rapports sociaux de production et de distribution émancipés de l’échange marchand et, par conséquent, de ses extensions bancaires et financières.

    Avec la logique marchande capitaliste, les entreprises paient les machines, matières premières, et les salaires, avec l’argent obtenu par la vente des marchandises. Mais, comme précisé plus haut, cette réussite commerciale est incertaine, ce qui implique la possibilité de la paupérisation, des pertes d’emploi, des faillites, des crises. Une société qui vise l’émancipation humaine, la solidarité et l’égalité, doit nécessairement assurer l’accès libre et garanti à un standard de consommation moyen et à une activité sociale. Elle ne saurait tolérer un mode de production et de distribution qui puisse exclure et mettre en difficulté qui que ce soit. S’en émanciper suppose la suppression du rapport marchand, et de son moyen, la monnaie : comme support de la valeur et étalon des prix (moyen d’évaluer le prix de marchandises en fonction du temps social moyen de production), comme moyen de circulation (accès aux biens produits associé au financement de la production et paiement des salaires), et d’accumulation (source d’inégalités).

    Les entreprises n’auraient plus besoins de se payer les unes les autres pour se fournir en machines ou matières premières. Elles produiraient de manière coordonnée dans le cadre de la planification mentionnée ci-dessus, et les fédérations (de branche ou territoriales) auraient en charge de recenser leurs besoins respectifs pour y pourvoir (fournir les unes et les autres en moyens de production et matières premières, transmettre les quantités à produire).

    En ce qui concerne le moyen d’accès à consommation personnelle, le salaire, sous sa forme monétaire, serait remplacé par un droit de prise sur la production sociale, davantage orienté vers le qualitatif que le quantitatif, selon le principe « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » (en fonction des besoins de chacune et chacun, et non pas de sa capacité de travail, de son temps de travail, de sa qualification ou compétence, de sa place dans la hiérarchie). Il serait bien entendu nécessaire d’éviter les impasses de la prise au tas, concernant les biens rares ou insuffisamment abondants, en veillant au respect des contraintes écologiques. Pour autant, cet argument ne justifie pas de capituler sur la suppression de la monnaie et du problème qu’elle pose. Ainsi, la consommation pourrait être régulée, entre autres moyens possibles à inventer, par l’intermédiaire d’une carte attestant des droits individuels de prise sur la production sociale, selon le principe de la Carte Vitale (à la différence de la carte de crédit). Ce droit serait ouvert à chacune et chacun, égal pour tous et tous, sous conditions de participation à la production sociale sur une durée égalisée (sauf évidemment pour les personnes qui ne le peuvent pas : enfants, retraités, malades et certaines personnes handicapés moteurs, handicapés mentaux, personnes ayant des problèmes psychologiques les en empêchant). De cette manière, chacune et chacun aurait accès à la production sociale, qui aurait été préalablement réalisée, sur la bases du recensement de leurs besoins.


    5 Un point de départ pour l’émancipation 

     

    Bien entendu, ces propositions concernent les premiers lendemains d’une révolution, où il s’agirait d’établir de nouveaux rapports sociaux de production et de distribution, en rupture avec l’ordre ancien, permettant à la société de fonctionner, plutôt que de la mener vers l’instabilité ou l’effondrement. Elles ne sauraient donner lieu à une société figée. Elles pourraient, et devraient, être dépassées, en fonction des idées nouvelles et des transformations culturelles pouvant se produire durant le processus révolutionnaire, en fonction des orientations démocratiquement établies et sous le contrôle des organes de pouvoir des producteurs associés. L’essentiel est que ces premiers changements, et ceux qui suivront, posent les bases d’une société émancipée de la valorisation du capital, de la marchandisation, des crises, et des problèmes sociaux qu’elles impliquent. 

     

    Conclusion

     

    Les militantes et militants Communistes Libertaires, et plus largement, toutes celles et ceux qui se revendiquent de l’anticapitalisme, doivent donc œuvrer, parallèlement à la construction et à l’animation des luttes sociales, à faire progresser largement une conscience des limites structurelles du capitalisme, une critique des analyses personnifiantes et moralisatrices, une relativisation des revendications immédiates et transitoires, une compréhension générale des conditions de base que nécessite une révolution communiste libertaire.

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