• Définir le fascisme

    Avant d’entrer dans l’analyse de l’extrême droite contemporaine, il convient tout d’abord de s’entendre sur ce que l’on nommera par « fascisme ». Sur ce point, il y a plusieurs définitions.

    La première concerne le mouvement historique s’étant développé dans l’Italie de l’entre-deux guerres. La seconde désigne, quant à elle, les mouvements ou régimes à prétention dictatoriale, nationaliste, totalitaire, autoritaire, répressive et violente, et inclut par conséquent le nazisme. Elle n’inclut pas le Léninisme ni le Stalinisme, car les mouvements fascistes se sont affirmés comme fortement hostiles à la lutte de classe et au communisme, constitués comme mouvements contre-révolutionnaires de droite, favorables à une réconciliation entre classe ouvrière et patronat, dans le cadre d’un capitalisme national en concurrence avec les autres capitalismes nationaux.

    Nous partirons, quant à nous, de la définition qu’a pu élaborer Théodore W. Adorno. Dans les années 50, Théodore W. Adorno a réalisé une étude de psychologie sociale sur la personnalité autoritaire dans le cadre du programme d’étude de l’Ecole de Frankfort sur l’émergence du fascisme et du nazisme. Plus de 2500 questionnaires ont été remplis par des étudiants, des ménages de classe moyenne et des ouvriers.
    Cette étude consistait dans la mise à jour de la structure caractérielle des personnes réceptives à l’antisémitisme et susceptibles d’adhérer au fascisme. Il s’agissait d’élaborer un instrument capable de mesurer la potentialité de réceptivité au fascisme. Cet instrument de mesure du potentiel d’adhésion au fascisme fut appelé « échelle F ». Cette échelle contenait plusieurs variables :

    • Le Conformisme : fort attachement aux valeurs dominantes de la classe moyenne. Comportement et apparence extérieure correcte, insistance sur la propreté, ardeur du travail, goût du succès.

    • L’Ethnocentrisme : repli sur le groupe d’appartenance, et mépris des groupes extérieurs.

    • Le Pessimisme Anthropologique: anti-humanisme cynique, tendance à penser que le monde est composé de mouvements dangereux, que l’autre constitue une menace, un ennemi, à penser que les hommes sont mauvais par nature et qu’une instance suprême doit s’imposer à eux pour les diriger et leur permettre d’accomplir quelque chose de positif.

    • L’Autoritarisme : besoin excessif d’autorité, pensée soucieuse de hiérarchie. Chacun doit être à sa place et remplir le rôle qu’on lui donne. Soumission absolue aux normes et valeurs du groupe d’appartenance. Agressivité se traduisant dans une volonté de rejeter, condamner, réprimer et punir ceux qui ne respectent pas les normes et valeurs conventionnelles.

    • Le Besoin de démonstration de Puissance : besoin de donner des preuves de virilité, de dureté. Soucis exagéré pour les rapports dominants/dominés, leader/suiveur, fort/faible. Forte identification aux figures de la domination. Rejet de la sensibilité, de la douceur, de l’imagination, de l’autoréflexion. Méfiance exagérée à l’égard des « débordements » sexuels, notamment l’homosexualité.

    • Le Mysticisme : tendance à penser que le destin de la personne est régi par des puissances supérieures.

    D’un point de vue psychanalytique, la personnalité fasciste se compose d’un « moi » faible, d’un « ça » étranger au moi, c'est-à-dire d’une tendance à redouter les pulsions et à vouloir les contrôler ou les réprimer, d’un « surmoi » extériorisé, placé dans le groupe d’appartenance, les instances suprêmes, la personne du chef.

    La définition du fascisme élaborée par Théodore W. Adorno nous apparaît comme la définition la plus perfectionnée, bien qu’elle soit incomplète, notamment en ce qui concerne la question de la Raison (de manière très paradoxale, le fascisme se caractérise idéologiquement par un profond rejet de la raison scientifico-technique, tandis que dans la pratique, ce sont principalement les régimes fascistes qui ont poussé cette forme de la raison jusqu'à son paroxysme). Néanmoins, cette définition, ne se limitant pas à l’étude des mouvements et des événements historiques, ni à une simple condamnation morale du fascisme, parvient à identifier ce qu’est le fascisme en tant que subjectivité. Elle permet ainsi de connaître et de comprendre la manière dont s’articule la structure idéologique et normative du fascisme, ainsi que des déterminismes psychosociaux à la base de cette adhésion. Or c’est en se saisissant de cette structure idéologique et normative que nous pourrons développer des outils et une critique permettant de faire reculer le fascisme, de le dévoiler comme une fausse opposition au système.

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