• Elections 2015 : Face à l’impasse électorale – Organisons nous !

    (version actualisée)

    Elections 2015 : Face à l’impasse électorale – Organisons nous !

     

     

     

     

     

     

    Nous nous accordons sur le fait que des partis comme le NPA, LO, le MOC, lorsqu’ils se présentent aux élections, développent une série de dénonciations en partie assez justes du système capitaliste sur tout un tas de thématiques – emploi, santé, logement, transports, écologie, féminisme, régularisation des sans papiers, lutte contre le racisme et l’homophobie.
    Cependant, il n’en va pas de même en ce qui concerne le champ revendicatif : les mesures d’urgence n'aident pas à prendre conscience le la nature profonde du capitalisme et de la critique à y apporter. Elles ne font ajouter à la confusion et il est fort à parier que dans un immense mouvement de transformation de la société, elles prendraient des formes essentiellement différentes, ou seraient tout simplement dépassées, dépouillées de leurs formes juridoco-légales et techno-économiques.

    Nous estimons de plus que faire campagne uniquement sur des points thématiques demeure une démarche nécessaire, mais largement insuffisante. Cette démarche, nous amène en outre à nous poser deux questions de fond : Tout d’abord, pourquoi attendre les moments électoraux pour déclencher une offensive de propagande critique contre les pouvoirs publics et les capitalistes ? D’autre part, quelles sont les possibilités réelles des acteurs du progrès social dans le cadre de l’exercice d’un mandat électoral ?
    Si nous pouvons répondre positivement à la première par le fait qu’il existe une plus grande disposition à l’écoute en période électorale qu’au quotidien, cela n’exclut pas pour autant la possibilité, et même la nécessité, d’une propagande permanente.
    Concernant les possibilités des forces progressistes dans le cadre des institutions politiques, nous savons bien que les élus qui gèrent les municipalités, siègent dans les conseils régionaux ou départementaux, dans les instances parlementaires nationales ou Européennes, ou au gouvernement, ont des marges de manœuvre très limitées. Ils sont pris en tenaille dans des systèmes d'intérêts contradictoires : ceux de la société contre ceux du capital, ceux de l’objection de croissance contre ceux de la croissance illimitée, ceux du progressisme contre ceux des conservateurs et des réactionnaires ; quand ils ne sont pas explicitement du côté des seconds. Or, ce ne sont pas les quelques élus d’une « opposition de gauche » qui pourront véritablement changer le cours des choses dans ce type de contexte.
    En effet, si le sort des mouvements progressistes repose dans les mains de quelques élus, il est à prévoir que :
    1 Soit les gens vont voter à gauche dans la perspective de se reposer sur ses élus. Dans ce cas de figure, ils seront au final déçus par les éternelles belles promesses, du fait de l’incapacité de nos élus à véritablement peser dans la vie politique et à apporter des changements réels ;
    2 Soit il s'agira d'un vote purement protestataire, pour manifester un ras le bol, mais sans adhésion forte à une perspective de transformation sociale, ni démarche d’engagement dans des collectifs de lutte sociale, ni dynamique de mobilisation dans la rue ;
    3 Soit les gens ne voteront pas pour ces listes, à juste titre, car ils percevront à l'avance l'incapacité prévisible des élus potentiels à peser sur le cours des choses dans le cadre de l’exercice d’un mandat politique.
    Prétendre qu’une poignée de militants de gauche au sein de conseils ou des parlements puissent, à eux seuls, renverser le cours des choses, relèverait ainsi du mensonge et de l’illusion. Au contraire, ce sont plutôt ces instances qui tendraient à déformer les militants et leurs revendications. En effet, l’exigence de « crédibilité politique », et la nécessité d’être « audibles » dans ces instances, ou tout simplement la tentation de la facilité que constitue le raccourcis populiste et démagogique, impliquent une certaine forme de censure du discours, des analyses, des revendications. La critique laisse parfois croire que ces institutions sont mal gérées, que de bon anticapitalistes pourraient y faire mieux que de mauvais capitalistes ; plutôt que de mettre en avant le fait que ces instances sont partie intégrante du problème, qu’elles sont la structure de pouvoir par laquelle la domination de la classe capitaliste s’exerce. Aucun changement réel ne pourra avoir lieu sans que les gens ne s’organisent par eux-mêmes, sans qu’ils ne prennent en main leurs affaires, que ce soit dans leurs villes, leurs quartiers, leurs lieux de travail. Quant les expériences politiciennes n’impliquent pas une déformation radicale de la pensée des militants, ne leur fait pas oublier l’objectif de l’émancipation sociale et la primauté des luttes au profit de la domination bureaucratique et de l’électoralisme, les postures d’élus peuvent devenir des tribunes pour permettre de médiatiser les luttes sociales progressistes, leurs contenus, leurs revendications, de signifier leur primauté, et de formuler une autre alternative que celles du capitalisme, de la croissance sans limite et de l’Etat comme horizons indépassables. Mais la représentation politique peut constituer une forme dangereuse de confiscation et de déformation de la parole des acteurs des luttes, notamment lorsque les luttes sociales sont médiatisées par des élus issus de partis politiques, développant leurs analyses spécifiques et poursuivant leurs fins propres. La dépossession des révoltés par les élus et la subordination des luttes aux appareils de domination étatique constituent ainsi les dangers qui guettent les mouvements sociaux lorsque ceux-ci tendent à être re-présentés, lorsque leur parole tend à être médiatisées par des élus politiques. Il faut ainsi en finir avec l’illusion que la parole d’un parti politique puisse incarner celle de « LA » voix de la classe ouvrière, du mouvement social, d’un ou de plusieurs groupes sociaux. Les militant et les élus politiques, aussi progressistes qu’ils soient, ne représentent qu’eux-mêmes et éventuellement ceux qui partagent leurs positions. Ils ne peuvent ni incarner l’esprit d’une lutte, ni se substituer à celle-ci.
    Nous défendons, quant à nous, le fait de s’approprier la politique et de la faire autrement. Cette analyse, défendant une perspective de changement social par la voie de l’auto-organisation et des luttes, s’appuie sur une longue expérience des mouvements sociaux, du mouvement ouvrier : de la Commune de Paris, de l’Altermondialisme, de la démarche de Saul Alinsky et des mouvements d’auto-organisation des quartiers et de défense des droits civiques aux Etats Unis, des LIP et des autres expériences autogestionnaires des années 70, de l’autonomie ouvrière italienne des années 80, du quartier Christiania au Danemark, de celui d’Exarchiea en Grèce, de l’EZLN et du Chiapas, de Marinaleda, des usines autogérées en Argentine, de Thessalonique, des ZAD de Notre Dame des Landes et du Testet, des luttes et des commune libres de Kobanê et du Rojava, de luttes locales aux cotés des sans-papiers et des sans logis, dans les foyers de travailleurs migrants. Ces luttes nous démontrent que rien ne se passe lorsque nous comptons sur les élus pour agir à notre place et que nous nous en tenons aux procédures juridiques, aux processus de consultation démocratiques, et autres rouages officiels de l’action institutionnelle « légitime », alors que de grands changements sont possibles lorsque les gens font preuve de fermeté et de détermination, s’organisent, se mettent en action. Par ces moyens, par leur capacité autonome, ils parviennent à renverser le rapport de force en leur faveur.
    Or cette analyse du changement par les luttes sociales et l’auto-organisation n’est pas une évidence pour tous. L'Etat, notamment à travers ses appareils idéologiques, œuvre à légitimer ses propres institutions et a étouffer leur critique, dans le but de défendre un ordre social au service de la domination de classe. Il œuvre à empêcher les gens de sortir de son giron institutionnel et électoraliste, limitant la conception de ce qu’est l’action politique à la mise d’un bulletin dans l’urne, à la désignation des décideurs et à l’exercice du pouvoir d’Etat.
    Ainsi, c’est bien cet imaginaire de l’Etat providence, souverain et autoritaire, de ses phénomènes de personnification du pouvoir, des « Hommes providentiels » et autres figures charismatiques, qu’il faut combattre, à la fois dans une perspective de construction des luttes sociales, de lutte contre l’extrême droite, mais surtout si nous portons vraiment le projet de développer une autre manière de faire de la politique, fondée sur la démocratie directe et l’auto-organisation. Nous rejoignons ainsi les propos de Saul Alinsky, lorsqu’il disait : « Il ne suffit pas d’élire des candidats, encore faut-il exercer des pressions sur eux ! » En effet, s’il est toujours préférable de maintenir les conservateurs, nationalistes, xénophobes et autres fascistes le plus loin possible du pouvoir ; le plus important n'est pas tant de choisir tel ou tel candidat, d’opter pour un « vote utile » en faveur des partis bourgeois libéraux se prétendant de gauche ou centristes, ou pour un vote de conviction en faveur d’un parti anticapitaliste ou décroissant (que nous encourageons pour ceux qui ne sont pas convaincus de l’abstention) ; mais réside, dans un premier temps, dans notre capacité effective à générer un rapport de force, qui permette de faire plier le pouvoir face à une opposition sociale venant de la rue.
    Pour les gens qui souhaitent favoriser une dynamique de lutte sociale, il est nécessaire de ne nourrir aucune illusion quant au potentiel d’action d’élus anticapitalistes éventuels.
    Le résultat positif qu’il soit possible d’attendre d’une participation aux élections serait de bénéficier d'une audience plus large afin de faire exister et de donner du poids à l'alternative de sortie du capitalisme par la voie de l'auto-organisation des luttes, puis de la société.
    Ceci dit, est-il vraiment besoin d’élections pour faire entendre une voie de la rue ? N’existe-t-il pas d’autres moyens de se faire entendre ?
    Nous invitons ainsi toutes les composantes du mouvement pour l’auto-organisation et tous ceux qui ne sont pas organisés, à envahir l’espace publique, et à y faire exister une parole oppositionnelle !

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