• Fascisme et Lumpenprolétariat

    De l'usage fallacieux de la thèse du Lumpenprolétariat par les fascistes

    La reprise des thèses marxiennes semble constituer une mode parmi les courants « solidaristes » d’extrême droite (solidaires de quoi d’ailleurs ?). La dernière victime de cette honteuse récupération fut la thèse marxienne du « lumpenprolétariat » (littéralement : le prolétariat en haillons, c’est-à-dire le sous prolétariat non salarié). 

    1 Qu'est ce que le « Lumpenprolétariat » ?

    Le « Lumpenprolétariat » selon Marx, constituait l'armée de réserve de la Bourgeoisie, du Capital. Les capitalistes peuvent avoir recours au « Lumpenprolétariat » comme armée de réserve, pour contrer la pression ouvrière sur l'amélioration des conditions de travail et de vie en général (hausse des salaires, couverture santé et maladie, allègement du temps de travail, etc.). Le « Lumpenprolétariat », une population totalement désœuvrée, serait prêt, pour survivre, à accepter n'importe quelles conditions de travail.

    Les capitalistes ont ainsi la possibilité :

    • De licencier les ouvriers les plus combatifs et de les remplacer par des sous prolétaires vulnérabilisés et donc plus soumis et serviles.

    • D'affaiblir la combativité ouvrière en faisant planer la menace du licenciement.

    2 La vision de Marx

    Marx considérait le Lumpenprolétariat comme une catégorie de population objectivement (sur le plan matériel et économique, mais pas nécessairement subjectivement) ennemi de la lutte de classes, car faisant peser sur les travailleurs la menace des licenciements et par conséquent affaiblissant leur combativité, et le rapport de force des ouvriers contre le patronnant, du travail contre le capital. Il s'agissait d'une analyse strictement économique, c’est-à-dire ne prenant pas systématiquement en compte les questions d'appartenance ethnique ou religieuse.

    3 La récupération opportuniste des courants « solidaristes » de l'extrême droite

    Les courants « solidaristes » de l'extrême droite mobilisent la thèse marxienne du Lumpenprolétariat dans le cadre de la problématique de l'immigration. Ils ont par exemple utilisé certaines tentatives journalistiques tentant de discréditer Mélenchon, en confrontant son discours avec celui que tenait Georges Marchais dans les années 80, ou ce dernier se justifiait de la lutte contre l'immigration. Il est également intéressant de se rappeler des controverses liées aux politiques de certains hauts responsables du PCF, notamment Robert Hue, envers les foyers de travailleurs migrants. Le passé et les relents racistes et conservateurs du PCF sont bien connus, et depuis longtemps. L’antiracisme affirmé n’est qu’une évolution très récente de la direction de ce parti. Il faut ainsi se rappeler que le PCF est tout d'abord un parti issu du stalinisme, donc d'un courant antisémite (se rappeler des caricatures de Trotski) et fortement conservateur en ce qui concerne les mœurs (il n’y a qu’à songer à l'hostilité marquée par le PCF, mais aussi d’autres courants d’extrême gauche, envers les mouvements d'émancipation des années 60-70, qualifiés de contestation essentiellement petite-bourgeoise). Il est également intéressant de mettre ces positions réactionnaires avec les stratégies du PC Allemand des années 30, allant jusqu'à s’allier au parti Nazi pour combattre les socio-démocrates. De plus, le PCF est tombé en pleine désuétude depuis le renoncement à la lutte de classe révolutionnaire dans les années 70, et le passage d'une stratégie d'implantation locale et de conquête du pouvoir insurrectionnelle, à une stratégie Eurocommuniste, d'entrée dans les organismes de pouvoir et de conquête du pouvoir par les urnes. La stratégie électorale impliquant l’adhésion par le vote la plus massive possible, constitue une porte ouverte à la démagogie la plus outrageuse. Ainsi, pour brasser le plus large possible, le PCF a pu sans complexe utiliser des contenus réactionnaires, chers à l'extrême droite.

    Les « solidaristes » tentent d'utiliser l'exemple du PCF pour brouiller les cartes et tenter d'apparaître comme étant de gauche. Cependant, le PCF ou le stalinisme ne sont pas les meilleurs exemples de ce qu'est la gauche, et sont surtout l'exemple historique de l'échec de la voie autoritaire et conservatrice pour produire le communisme. Voudraient-ils donc reproduire cet échec historique ? Non, bien entendu ! Si la mobilisation de la thèse du Lumpenprolétariat reposait sur des critères exclusivement économiques, et avait pour objectif de renforcer la combativité des travailleurs et d'inverser le rapport de force qui opposait les ouvriers aux capitalistes, la mobilisation de cette thèse par l'extrême droite répond à une tout autre logique, une logique partiellement renversée. Elle n'a pas la lutte contre l'immigration pour moyen mais pour fin. Elle recherche une sorte de purification ethnique et culturelle (l’Europe chrétienne blanche), au service de laquelle elle use de tous les moyens possibles. Le Lumpenprolétariat chez les « solidaristes » n'est donc pas une catégorie principalement économique, mais une catégorie ethnique. Elle occulte le fait que les travailleurs étrangers ou d'origine étrangère peuvent se politiser et faire preuve de combativité (Même si le PCF, borné dans la perspective stérile et inefficace du socialisme dans un seul pays, a totalement raté l'occasion d'une politisation plus importante dans les usines et les cités), et que les chômeurs français ne sont pas nécessairement politisés et combatifs.

    Ce qui différencie le PCF des « solidaristes », c'est que le PCF, s’il a renoncé à la perspective de lutte de classe révolutionnaire, n'a jamais cessé de reconnaître l'antagonisme de classe qui oppose les ouvriers aux capitalistes, tandis que les « solidaristes » sont fortement hostiles à la lutte de classe et à ses problématiques, allant de la revendication d'amélioration réelles des conditions de travail et de vie, à l'expropriation des classes possédantes et à la collectivisation des moyens de production. Pour les « solidaristes », la communauté nationale est une et indivisible, l'ouvrier et le propriétaire capitaliste font partie d'un tout, ils sont des partenaires qui ont un objectif commun : faire prospérer la nation, contre les autres nations. Par conséquent, lorsque l'on se retrouve dans la réalité, dans une société où les capitalistes ne pensent qu’à leur intérêt privé et où les travailleurs sont affaiblis et soumis, cette négation du conflit de classe entraîne nécessairement en conséquence une dégradation des conditions de travail et de vie du coté des travailleurs, et une accaparation croissante des richesses, des territoires et des moyens de production du coté des capitalistes. Par conséquent, dans cette logique, immigration ou pas, les conditions de travail et de vie des travailleurs ne cesseront de se dégrader. La perspective de l'extrême droite « solidariste » constitue par conséquent une impasse.

     

    « Fascisme et StalinismeLe programme du FN »
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