• L'Economie de Marx pour les Anarchistes - Chapitre 2

    La théorie de la valeur travail

    La méthode de Marx

    Avant d'affronter la théorie de Marx, il est important de parler de sa méthode. Je ne vais pas discuter du « matérialisme dialectique ». Au lieu de cela, je vais commencer par la croyance de Marx, selon laquelle ce que nous percevons de manière empirique, avec nos sens, n’est seulement que la surface de la réalité. Sur la terre ferme, le soleil semble vraiment se déplacer dans le ciel de d’Est en Ouest, et nous guider, à juste titre, quand nous voyageons, pour la plupart des distances – mais la réalité est plus complexe.

    Quand je touche le haut d'une table, elle semble dure et solide, et elle l’est réellement (elle résiste à la pression de ma main). Mais il est également vrai que la table est principalement un espace vide composé de particules subatomiques tourbillonnantes. C’est donc aussi vrai concernant la société. Il y a une surface et une profondeur sous la surface. Toutes deux constituent des parties valides de la réalité.

    Comment pouvons-nous déterminer, scientifiquement, ce qui se trouve derrière la surface d’évidence ? Nous ne pouvons pas faire de l'économie dans un laboratoire, et nous ne pouvons faire des expériences contrôlées (pas éthiquement, de toute façon). La méthode de Marx est l'abstraction. Mentalement, il fait abstraction (fait ressortit) les aspects de l'ensemble des formes apparentes (gestalt), tout en ignorant temporairement d'autres aspects de la réalité complexe. Le champ même de l'économie est une abstraction, car il sépare (dans nos esprits) des processus de production et de consommation d'autres processus sociaux, tels que l'art et la culture.

    En utilisant des abstractions, il a construit les schémas mentaux de l'économie. Il a par exemple postulé une société uniquement composée d’une classe capitaliste industrielle et d’une classe ouvrière moderne, mais sans propriétaires, ni paysans, ni capitalistes marchands, ni banquiers, ni classes moyennes, etc. La création d'un tel modèle (d'un capitalisme qui n’existe pas et n’existera jamais), lui permet d’explorer son fonctionnement. Il l’a amputé et a observé la manière dont les choses se passaient. Peu à peu, il a ajouté de plus en plus d'aspects de la société réelle à ses modèles (comme les autres classes sociales). Avec un peu de chance, cela donne un aperçu de la façon dont la véritable société, complexe, désordonnée, fonctionne dans son ensemble. C’est cette abstraction qui a permit à la critique de l'économie développée par Marx de rester pertinente, après un siècle et demi. Le capitalisme survit encore et sa structure de base est toujours opérante.

    Marx cherchait les aspects sous-jacents, récurrents, des modèles de comportement de masse qui sont appelés « lois économiques ». Mais ces lois n’apparaissent jamais à l'état pur dans la société actuelle, étant perturbées, médiatisées, contrées par d'autres forces. Elles apparaissent sur le long terme, dans l'ensemble, et sous une forme modifiée. Je vais vous le montrer en examinant la « loi de la valeur » et la « baisse tendancielle du taux de profit ». Par conséquent, Marx explique à plusieurs reprises que les « lois » économiques sont plus correctement considérées comme des « tendances ». Pour comprendre comment elles fonctionnent vraiment, chaque situation doit être analysée dans sa concrétude.

    Trois facteurs ?

    Dans l'économie bourgeoise, la production (comme dans chaque système économique) nécessite trois « facteurs ». Ce sont les terres (et pas seulement le sol, mais toutes les ressources naturelles), le travail (les personnes), et le capital (ici des outils, des machines, bâtiments, etc. sens). Chaque facteur doit être rémunéré : aujourd'hui cela signifie louer des terres, verser des salaires pour le travail, et des intérêts pour le capital. Lorsque ces trois facteurs contribuent à la production et sont tous rémunérés, il n’y a soi-disant pas d'exploitation.

    Pourtant, si ce modèle à trois facteurs est appliqué à toutes les sociétés, il doit être interrogé concernant la féodalité, l'esclavage classique, et quel que soit le type de société qui existait dans la Chine ancienne. Toutes étaient des sociétés d'exploitation. Une minorité de personnes vivait sur le travail de la majorité. Une quantité minimale de travail de la population servait à se nourrir et à se vêtir et la plus grande part de leur travail était destinée à soutenir les classes dirigeantes.

    Marx a affirmé que c’était également vrai pour la classe ouvrière moderne, le « prolétariat » (un terme de la Rome antique, où il signifiait « ceux qui [ne font rien d’autre que de se] reproduire »). Le capitalisme apparaissait, en surface, comme une société fondée sur l'égalité, mais Marx a cherché à démontrer (par sa critique) qu'il s’agissait tout autant d’un système d'exploitation que ne l’était l'esclavage – que la classe capitaliste vivait aussi sur la base du surtravail des travailleurs.

    Aliénation et Fétichisme

    Le concept d'aliénation (l'aliénation) était fondamental pour les visées de Marx. Comme il l'a constaté, c’était notre capacité à produire, à créer ce que nous devons pour sortir de l'environnement, à l'aide de notre travail physique et mental, qui a rendu les gens humain. Mais sous le capitalisme, en particulier, les travailleurs sont forcés de travailler, non pas pour eux-mêmes, mais pour quelqu'un d'autre, en réalité pour quelque chose d'autre, à savoir le capital. Plus ils travaillent dur, plus le capital qui les régit, les draine de leur énergie, et augmente son pouvoir, en raison de leurs efforts, devient fort et riche. Il s’agit là du travail aliéné. Toutes les institutions de la société sont aliénées, les pouvoirs règnent sur la classe ouvrière en raison de ce que la classe ouvrière leur a donné. Les gens sont réifiés (chosifiés) alors que les choses sont considérées comme vivantes.

    Ce phénomène est similaire à « l'identification projective » (une forme de psychologie sociale de l'aliénation). Les gens se sentent vides, creux, et faibles. Ils projettent leur véritable force intérieure dans un symbole ou une institution : le drapeau, le leader, une nation, une équipe de football, ou leur version de Dieu. En s’identifiant (ralliant) cette image, ils peuvent accéder de nouveau à leur force et se sentir à nouveau réunis, pendant un certain temps.

    Les fans se sentent bien quand « leur équipe » gagne, tristes quand elle perd. Les travailleurs américains patriotiques, souffrant dans leur vie quotidienne, applaudissent eux-mêmes par le chant en groupe, « USA ! USA ! Nous sommes numéro un ! ». Les personnes religieuses se sentent bien quand elles se rapportent à leur version de Dieu, peut-être en opposition au Dieu d'autres personnes. Les gens à la base de la société se tournent vers les dirigeants (sur la gauche ou sur la droite) qui prétendent être en mesure d'arranger les choses pour eux. L'identification projective peut être inoffensive (quand on applaudit une équipe de sport) ou vicieuse (lorsque l’on adore un dirigeant comme Hitler).

    En 1905, le grand socialiste américain Eugene V. Debs, résumait le problème de ce culte aliéné des dirigeants : « trop longtemps, les travailleurs du monde entier ont attendu certains Moïses pour les faire sortir de la servitude. Je ne voudrais pas vous en faire sortir même si je le pouvais ; car si vous pouviez y être amenés, vous pourriez y être ramenés à nouveau. Je voudrais vous amener à décider qu'il n'y a rien que vous ne pouvez pas faire vous-mêmes ». Cette réflexion est similaire à la formule de Marx, selon laquelle « L'émancipation de la classe ouvrière doit être gagné par les travailleurs eux-mêmes ».

    En mettant l'accent sur l'économie politique, Marx a discuté du « fétichisme » de la marchandise. Les personnes de l’antiquité adoraient des idoles et des objets spéciaux (fétiches), les considérants comme des personnalités véritables et puissantes. Tout comme d'ailleurs les gens dans la société bourgeoise traitent les objets comme si ils étaient en vie et puissant. Ils traitent les marchandises comme des agents actifs qu’ils s’échangent entre eux. Ils traitent la « terre » et le « capital » comme des êtres subjectifs qui interagissent avec le « travail ». La critique de Marx perçoit, au-delà de l'aliénation, la réalité de ce que sont les gens qui sont en interaction les uns avec les autres, par leur utilisation de machines et d'objets, et non l’inverse.

    La nature de la valeur

    Les marchandises – objets produits pour la vente – ont deux aspects. Chaque produit est un objet spécifique. Il a sa propre utilisation, comme une balle de baseball ou un marteau, ou quoi que ce soit d’autre, et il a été fabriqué d'une manière spécifique avec des machines spécifiques et un processus de travail spécifique. Mais chaque marchandise vaut aussi une certaine somme d'argent. Ces nombres peuvent être rattachés à chaque objet, ne se référant pas à son poids, par exemple, mais à sa valeur : 1 $, 10 $, ou 1 million de dollars. Pour inventer un mot, chaque marchandise est de l'argent-fiable. C’est un fait important, parce que la gestion d'une entreprise capitaliste ne se soucie pas vraiment de l'utilisation (« valeur d'usage » ou « utilité ») qui est faite des marchandises qu'ils fabriquent. Elles ne vont pas jouer avec les balles de baseball ou construire des choses avec les marteaux qu'elles produisent. Elles ne se soucient que du fait que quelqu'un d'autre trouve la balle de baseball ou un marteau utile, et soit ainsi prêt à l'acheter. Mais, pour eux-mêmes, les capitalistes veulent seulement de l'argent. Ils produisent des balles de baseball et des marteaux afin de se retrouver avec plus d'argent que la somme avec laquelle ils ont commencés, quand ils ont embauché des travailleurs, acheté des machines et des matières premières. Autrement dit, ils cherchent à étendre la valeur totale qu'ils possèdent, non pas pour augmenter la part des biens utiles dans la société. Voilà pourquoi les capitalistes sont prêts à tuer les dernières baleines. Quand ils auront fini, ils pourraient utiliser leurs profits pour investir dans quelque chose d'autre, permettant de faire plus d'argent, par exemple couper des séquoias.

    Quelle est donc cette valeur commune à toutes les marchandises, ce qui les rend capables d'avoir une valeur monétaire (un prix) ? Elles contiennent quelque chose qui n’est pas de l'argent en soi, mais qui peut être exprimé en argent. Certains prétendent que le prix correspond à l’utilité générale (valeur d’usage). Mais l'air est la substance environnante la plus utile, et ça n'a pas de prix. Des théories ont été développées pour contourner ce problème, mélangeant l’utilitaire avec la rareté et la satiété (la théorie de l’« utilité marginale »). Mais la valeur d'usage d'un objet (en dehors de l'air) est très subjective. Même en ce qui concerne la nourriture et la boisson, ce que tout le monde doit avoir, les gouts des gens varient énormément. Comment une société peut-elle alors développer un ensemble unifié de prix pour tous les objets ? Et, je le répète, les producteurs capitalistes ne sont pas vraiment intéressés par l'utilité de leurs produits, une fois qu'ils savent que quelqu'un d'autre en veut.

    La rareté et l'utilité peuvent faire une différence à court terme. Il y a quelques années, s’exprimait un désir de masse soudain pour un jouet particulier pour des cadeaux de Noël : la poupée Tickle-Me Elmo. Malheureusement, les producteurs n’en avaient pas fait assez pour le marché. Le prix a donc grimpé. Mais au fil du temps, les producteurs ont constaté que quelque chose était recherché et il n'y en avait pas en assez grande quantité. Ils ont donc élargi la production des poupées jusqu'à ce que la demande corresponde (ou aille au-delà). Autrement dit, la tendance de la production capitaliste, au fil du temps, est de faire correspondre l'offre à la demande, de surmonter la pénurie.

    Bien sûr, certaines choses restent rares, peu importe combien d'argent on est prêt à dépenser. Il n'y aura pas plus de Rembrandt (bien que la pression du marché inspire les faussaires). Les peintures ne sont pas une partie importante de l'économie, mais d'autres choses peuvent l’être. Je discuterai des monopoles plus tard (à la fois naturels – comme dans les Rembrandt – et artificiels – comme dans les diamants, qui sont délibérément soumis à la rareté). Le problème devient grave lorsque les ressources naturelles non renouvelables sont traitées par l'économie capitaliste comme si elles étaient des marchandises qui pourraient être produites, au besoin, en quantités plus importantes (comme des baleines ou de l'huile). C’est la façon dont fonctionne le capitalisme.

    Marx expliquait que ce que les marchandises ont en commun est le travail. Des personnes travaillaient pour les produire. Les marchandises pouvaient être considérées comme des versions condensées du travail qu’elles contiennent. Il ne s’agit pas là de l'ensemble de son analyse de la valeur et des prix, mais simplement de son point de départ.

    Marx n'a pas développé un argumentaire élaboré pour sa théorie de la valeur-travail ou pour la « loi de la valeur » (le fait que les marchandises à échanger ont des valeurs égales en raison des quantités égales de temps de travail qu’elles contiennent). À cette époque, il n'avait pas à le faire. Dans les notes qu'il avait déjà lu, presque chaque économiste développait une version d'une théorie de la valeur-travail. Il a construit sur ces bases, en y apportant des modifications importantes. À l'époque, contrairement à notre présent automatisé, le rapport du travail humain à des outils et des machines était lourd du côté de la main-d'œuvre. Il semblait intuitivement évident que le travail était ce qui créait de la richesse. Et les théories de la centralité du travail humain dans la production de valeur ont été utilisées par la bourgeoisie pour attaquer leurs ennemis, l’aristocratie des propriétaires, comme étant des parasites inutiles.

    Finalement, les capitalistes se sont établis en tant que classe dirigeante et la théorie de la valeur-travail avait été utilisée (par Marx et d'autres) pour les attaquer comme des parasites inutiles. (et le rapport des machines au travail s’est énormément élargi). Les économistes (bourgeois) professionnels ont donc abandonné la théorie de la valeur-travail, d'abord pour l’« utilité marginale ». Ensuite, la plupart l’ont abandonnée, développant toutes sortes de théories de la valeur. Ils se sont attachés au niveau du prix en surface et ont ignoré la question de la valeur sous-jacente. De toute façon, les hommes d'affaires n’ont jamais été intéressés par les théories de la valeur.

    De la Valeur au Prix

    La valeur, ensuite, est le fondement du prix monétaire. (Je me sers de « valeur » et « valeur d'échange » de façon interchangeable, bien qu'ils puissent être distingués, avec une valeur comme temps de travail pur, et la valeur d'échange en tant que valeur qui a aussi une valeur d'usage). Dans la détermination de la valeur d'une marchandise, ce qui compte pour le marché n’est pas combien de travail effectivement dépensé est contenue dans un objet spécifique, mais combien de travail socialement nécessaire est employé à cet effet. Le travail est principalement mesuré en temps, le temps qu'il faut pour faire quelque chose. Une usine avec des machines obsolètes dépensera plus de temps de travail pour faire une marchandise que ne le ferait une usine avec des machines mises à jour. Les marchandises fabriquées à l'ancienne manière, avec plus de travail, ne se vendront pas à des prix plus élevés (représentant plus de travail) que ceux réalisés à la manière moderne, avec moins de travail. Les clients ne pourront acheter des produits à un prix moins cher, et donc, les biens fabriqués à l'ancienne manière devront également être vendus à ce nouveau prix. La plupart des marchandises se vendront selon la moyenne de travail socialement nécessaire incorporée dans le produit moyen sur le marché. La main-d'œuvre supplémentaire utilisée par les anciennes méthodes de production sera gaspillé. En outre, si davantage de marchandises sont produites par rapport aux capacités du marché, le travail passé dans la fabrication des biens supplémentaires est également gaspillé et ne compte pas.

    Il est observable, dans les faits, que les marchandises fabriquées avec de nouvelles méthodes, en utilisant moins de main-d'œuvre, ont tendance à être moins chères qu'avant. C’est parfois masqué par d'autres facteurs, tels que le monopole (temporaire) détenu par les producteurs les plus avancés (ce qui leur permet de faire grimper leurs prix), mais qui est finalement contré lorsque d'autres producteurs obtiennent la nouvelle machinerie. Aussi l'inflation générale soulève tous les prix. Les objets fabriqués avec les méthodes les plus récentes et les plus efficaces, tendent à faire augmenter le prix plus lentement que le taux d'inflation global.

    Le travail contenu dans un produit a un double aspect. Le premier est le « travail concret » qui fabrique l'objet spécifique, avec ses usages spécifiques. L'autre est mieux connu sous l’appellation de « travail abstrait », une fraction du travail total utilisée dans l'ensemble de la société, qui se traduit par la valeur d'échange (exprimée en argent). Tout le travail à tendance à être transformé en travail abstrait par l'industrie capitaliste moderne, en tant qu’il déqualifie le travail individuel. Plus important encore, la tendance du capitalisme s’applique à chaque produit à fabriquer, non pas par un artisan sur un banc, mais par le travail d'un grand nombre de personnes, dans un sens, par la société tout entière. Il est impossible de vraiment dire exactement combien chaque travailleur ajoute à un produit qui a traversé toute une usine, à commencer par les matières premières qui avaient été travaillées par des masses d'autres travailleurs (un point soulevé par Kropotkine). Chaque produit représente réellement une fraction de la population totale des travailleurs collectifs de la société. Ce qui compte vraiment, pour les capitalistes, est la masse salariale de leur entreprise et le montant total de temps qu'il faut pour fabriquer leurs produits.

    Lorsque les capitalistes industriels investissent dans ce qui est nécessaire pour produire des marchandises, par exemple, des balles de baseball, leurs achats peuvent être regroupés en deux catégories. La première est celle des matières premières, qui seront travaillées dans le produit final, ainsi que les outils et les machines qui seront utilisés. Vient ensuite la force de travail des travailleurs qui sont embauchés pour fabriquer le produit.

    La première catégorie (matériaux et machines) possède déjà une certaine valeur, car elle a déjà été réalisée par le travail. Lorsqu'elle est utilisée dans la production, elle transmet sa valeur aux nouvelles marchandises. La valeur du cuir ou d'un autre revêtement est entièrement transmise à la balle. 5 heures (ou 10 $) de cuir devient une partie de la valeur de la balle. Ceci est également vrai pour l'essence qui est utilisée dans l'activation des machines ; elle transmet également de sa valeur totale aux balles. Machines et outils ne transmettent pas de leur valeur totale, car ils ne sont pas utilisés dans la fabrication de chaque balle de baseball. Mais ils sont partiellement usés (dépréciés) à chaque fois qu'ils sont utilisés, et cette valeur est transmise à la marchandise. (Les capitalistes vont ajouter un coût pour le prix des balles, pour créer un fonds destiné à l'achat de nouvelles machines, lorsque les anciennes seront usées). Cependant, cette traversée des valeurs ne crée pas de nouvelles valeurs, et ne peut certainement pas produire des profits. Par conséquent, cette partie de l'investissement est appelée « capital constant », car il ne crée pas de nouveaux capitaux. Le matériel et l'essence brute complètement utilisés sont appelé « capital constant circulant ». Les machines et outils, qui ne sont utilisés que lentement, sont appelés « capital constant fixe ».

    Mais la force de travail des travailleurs est différente. Une fois engagé, le travail des ouvriers change les choses. Comme il transforme le cuir et le caoutchouc en balles de baseball, il ajoute de la valeur au produit, valeur qui n'a pas existé avant. Il jette les bases d'une production rentable. Par conséquent, il est appelé « capital variable ». La réunion du capital constant et du capital variable est appelé « coût de production ».

    Une marchandise plus particulière

    Avant d'aller plus loin dans la compréhension de la relation entre la valeur et le prix, je dois discuter de la marchandise inhabituelle qui est au cœur de la production capitaliste. Elle est le produit de la « force de travail », qui est la capacité du travailleur à travailler. Le « Travail » en tant que tel n’est pas une marchandise, car il s’agit d’un processus. Les travailleurs sont confrontés aux capitalistes qui achètent leur marchandise, leur capacité de travail, utilisent leurs mains et leurs muscles, leur cerveau et leurs nerfs, au service du capital. La force de travail est une marchandise inhabituelle de plusieurs manières. Elle est fixée, pour ainsi dire, à des êtres humains avec des esprits et des consciences, qu'ils doivent subordonner au processus de production. C’est seulement cela qui développe le travail humain, et c’est la seule façon de créer une nouvelle valeur.

    Comment la valeur de cette marchandise est inhabituelle est-elle déterminée ? Suite à la loi de la valeur, sa valeur (exprimée en salaires) est déterminée par la quantité de travail socialement nécessaire qui va dans le produit. Les économistes classiques s’attendaient à ce que le capitalisme fasse baisser les salaires des travailleurs à un minimum biologique : quelle est la quantité nécessaire permettant de maintenir les travailleurs en vie et d'élever une nouvelle génération de travailleurs ? Ceci est le standard du niveau de prix minimal.

    Marx a ajouté qu'il y a aussi des facteurs culturels, « moraux », que les capitalistes doivent prendre en considération. D'une part, l'industrie moderne requiert un niveau d'éducation et de culture qui était inutile quand le capitalisme a commencé. D'autre part, les personnes qui travaillent dans chaque société sont utilisées pour un certain niveau de nourriture, de vêtements, de logement, de soins médicaux, de culture et de divertissement. C’est basé sur l'histoire de leur pays, ce qui inclut les luttes passées pour se prévenir d'être rabaissés au minimum biologique.

    Certains travailleurs sont beaucoup plus habiles que d'autres, c’est le cas généralement des travailleurs qui ont eu des années de formation. Cela comprend les travailleurs cols bleus qualifiés mais aussi de nombreux cols blancs « professionnels » qui, comme les autres travailleurs, travaillent collectivement pour les patrons qui leur donnent des ordres. Marx dit que l'économie traite la valeur de leur force de travail comme une valeur équivalente à plusieurs fois celle de la valeur générale de la force de travail non qualifiée, en raison de leurs années de formation. Leur travail correspond à une valeur multiple de travail des travailleurs non qualifiés. En tout cas, le marché du travail lisser toutes les différences de salaires, les transformant en prix monétaires, en une partie des coûts globaux du travail de la société capitaliste.

    Les capitalistes peuvent considérer le niveau de vie des travailleurs « trop élevé » (ce qui signifie trop coûteux en salaires et en taxes pour les services publics). Les capitalistes voudraient réduire le niveau de vie de la classe ouvrière, afin de redéfinir la valeur de la marchandise force de travail. Mais les patrons doivent être prudents, afin de ne pas provoquer la résistance des travailleurs, comme ce peut être le cas s’ils sont attaqués trop directement. Mais quand l'économie est frappée par une crise, la classe capitaliste peut sentir qu'il est nécessaire d'attaquer le niveau de vie de la classe ouvrière, c’est-à-dire, d’abaisser la valeur de la marchandise force de travail – s’ils le peuvent.

    Cette attaque sur la valeur de la force de travail des travailleurs est en cours aux États-Unis et dans d'autres pays industrialisés depuis plusieurs décennies. Si elle ne peut pas être réalisée par des moyens pacifiques, « démocratiques », les capitalistes peuvent se tourner vers le fascisme pour attaquer le niveau de vie des travailleurs.

    La liberté et l'égalité dans la société capitaliste

    Contrairement aux travailleurs précédents, les travailleurs modernes sont « libres » de deux façons. D'abord, ils ne sont pas la propriété d'un maître ou d'un seigneur; ils ne sont pas esclaves. Ils sont aussi « libres » en ce qu'ils ne possèdent pas de terre comme les agriculteurs (ils ne sont pas la propriété de la terre comme l’étaient les serfs), pas plus qu'ils ne possèdent des magasins et des outils, comme c’était le cas pour les artisans de l'époque préindustrielle. Ils sont « libres » de refuser de travailler, mais dans ce cas, ils vont, ainsi que leurs familles, soit mourir de faim, ou, au moins, être entraîné vers le bas misérable de la société. Pour vivre, ils doivent vendre leur force de travail aux propriétaires des machines, des bâtiments et des outils. Ensuite, ils sont intégrés dans un processus collectif de travail qui ouvre la voie à de nouvelles formes de lutte et à une nouvelle forme possible de société.

    En surface, sur le marché, les travailleurs libres répondent aux capitalistes comme égaux apparents. Les capitalistes vendent leurs marchandises vestimentaires ou autres pour les travailleurs, qui les achètent avec de l'argent. De même, les travailleurs vendent leur marchandise, la force de travail, pour les capitalistes, qui les paient en argent. Par conséquent les profits ne sont pas acquis par le « vol », mais par un échange apparent d'égalité. Tous sont égaux, comme nous pourrions nous y attendre de la démocratie bourgeoise où chaque citoyen est censé être égal à tous les autres, avec une voix dans les élections, indépendamment de la race, de la religion, du pays d'origine, ou du sexe. Cependant, cette égalité est seulement formelle. Comme Anatole France le disait en 1894, « La loi, dans sa majestueuse égalité, interdit aux riches ainsi qu’aux pauvres de dormir sous les ponts, de mendier dans les rues, et de voler du pain ».

    Mais une fois que les travailleurs entrent dans le lieu de travail, même l'égalité formelle disparait. Maintenant, les capitalistes (ou leurs gestionnaires) sont en charge, donnent des ordres, et les travailleurs sont subordonnés, suivant les ordres. Peu importe que les travailleurs puissent voter aux élections du gouvernement tous les deux ans, à l'intérieur du lieu de travail - pour l’essentiel de leur vie réelle – ils vivent sous le despotisme. Excepté pour quelques-uns grâce aux syndicats, ils n’ont aucun droit. Ils peuvent être licenciés pratiquement à tout moment pour une raison quelconque. (des milliers de travailleurs sont licenciés chaque année pour participation à une organisation syndicale, ce qui est illégal, mais difficile à prouver). Ici aussi, la critique de Marx de l'économie politique regarde, derrière la surface de l'égalité, la réalité du despotisme capitaliste.

    De la plus-value au profit

    Avant de poursuivre la relation du prix de la valeur sous-jacente, il est nécessaire de discuter de la nature de profit. D’où le profit vient-il ?

    Du point de vue le plus commun, il vient du processus de vente. Chaque capitaliste essaie d'acheter les matériaux nécessaires à bas prix et de vendre les produits finis plus chers – à un taux plus élevé que le marché ne peut le supporter. Les profits semblent donc provenir de la vente des marchandises au-dessus de leurs valeurs. Même si cela peut se produire pour les entreprises individuelles, il ne s’agit pas d’une explication pour toute la classe capitaliste. Pour chaque capitaliste qui vend un produit à un prix supérieur à la valeur, quelqu'un (un consommateur ou un autre capitaliste) perd de l'argent en payant un supplément à cet effet. Cela comprend le même capitaliste qui achète les matériaux nécessaires pour fabriquer ce produit final. Tout le monde ne peut pas vendre des marchandises à un niveau plus élevé que justifié. Les rapports entre les matières premières resteraient les mêmes. Le résultat serait l'inflation des prix, mais pas la création de profit. Le profit doit provenir du domaine de la production, pas de la circulation.

    Une autre approche a été développée à la fois par les économistes bourgeois et les économistes radicaux non-marxistes. Leur réponse semble évidente : les profits viennent de l'expansion de la production. Il s’agit de combiner la terre, le travail, et les résultats en capital dans la production de plus de marchandises qu’il n’en existait précédemment. Ce « plus » est le profit.

    Supposons que les travailleurs dans une usine produisent (arbitrairement) 100 balles de baseball en cinq heures, mais que de nouvelles machines leur permettent de produire 200 balles de baseball en cinq heures. Y-a-t-il création d’un profit de 100 balles de baseball supplémentaires (un taux de profit de 100%) ? Cela crée plus de valeurs d'usage en termes de plus de balles de baseball. Mais les propriétaires capitalistes ne s’intéressent pas à la création de choses plus utiles pour les gens. Ils veulent plus de valeur d'échange (sous la forme d'argent). Si deux fois plus de balles de baseball sont maintenant produites dans le même temps, chaque balle de baseball sera moins chère qu'avant, peut-être 50% moins chers. En ignorant les coûts de la matière première, alors que 100 balles de baseball demandaient une valeur de 5 heures de travail, 200 balles de baseball demandent une valeur de 5 heures de travail. Il y a plus d'utilité, mais pas plus de valeur d'échange, et donc pas de profit.

    Pour Marx, le profit, comme les prix monétaires, est basé sur le temps de travail. Les travailleurs peinent pour un montant de temps convenu, disons 8 heures par jour. À un certain moment, ils ont produit des marchandises avec une valeur suffisante pour payer leurs salaires, soit l'équivalent de leur marchandise de force de travail. Après, disons, deux heures, ils ont produit assez de balles de baseball (ou quoi que ce soit d’autre) avec lesquelles, lorsqu’elles sont vendues, ils paieront la nourriture, les vêtements, le logement, l'éducation, et les besoins culturels de leurs familles. (Autrement dit, la valeur du produit qu'ils ont réalisés est égale à la valeur de leur marchandise force de travail). Mais ils ne cessent pas de travailler après deux heures. Ils continuent à travailler, avec une pause pour les repas, pendant 8 heures. Ces dernières heures ne sont pas rémunérés. Ce travail est effectué gratuitement, tout autant que des esclaves ou des serfs effectuaient un travail gratuit pour leurs seigneurs. La main-d'œuvre supplémentaire produit une valeur supplémentaire, décrite comme « plus-value » (en allemand de Marx, « Mehrwert »).

    C’est de cette plus-value que les capitalistes déduisent les profits des entreprises industrielles, les profits des commerçants de détail, l'intérêt sur les prêts bancaires, le loyer foncier aux propriétaires fonciers, les frais de publicité, les taxes versées au gouvernement, etc. C’est de cette plus-value que provient le revenu de la classe capitaliste, qui doit être utilisé pour acheter des biens de luxe et surtout pour les réinvestir dans l'industrie – pour accroître le capital constant et variable pour le prochain cycle de production.

    Il existe deux manières basiques à travers lesquelles les capitalistes peuvent augmenter la quantité de plus-value qu'ils pompent aux travailleurs. La première manière, appelé « plus-value absolue », est d'augmenter la longueur de la journée de travail. Puisque le travail nécessaire (ce qu’il est nécessaire de payer pour la valeur de la marchandise force de travail) reste le même, le montant de la plus-value va augmenter. Ce fut la méthode la plus utilisée au début du capitalisme industriel. Les travailleurs, y compris les enfants travailleurs, travaillaient 12 ou 14 heures, ou même plus, par jour. Le problème avec cette méthode est qu'elle tend à affaiblir physiquement la classe ouvrière, en les payant en effet moins que le minimum biologique. Cependant, cette méthode est encore utilisée, à travers les heures supplémentaires obligatoires, dans de nombreuses industries.

    L'autre méthode produit de la « plus-value relative ». Sans abaisser le montant auquel les travailleurs sont payés, la quantité de temps qu'ils consacrent à la production de ce salaire équivalent est diminuée. Cela peut être fait par l’augmentation de la vitesse de la ligne d'assemblage, par des études de temps et mouvements (taylorisme), par l'augmentation de la productivité grâce à de meilleures machines, ou par d'autres moyens. Il existe des limites aux deux méthodes. La limite basique est que la journée est limitée ; même Superman ne pourrait pas travailler plus de 24 heures dans une journée ! Les petits mortels atteindront leurs limites biologiques, par l’allongement des journées de travail ou l’augmentation des cadences, bien avant cela.

    Par conséquent, la valeur d'un produit individuel est le coût du capital constant (précédemment créée par le travail, maintenant transféré au produit fini) + capital variable (nouvelle valeur créée par le travail et payée) + plus-value (nouvelle valeur créée par le travail, mais pas payé au travailleur). C’est aussi vrai pour la marchandise individuelle que pour la masse des marchandises (une balle de baseball ou des milliers de balles de baseball).

    De la valeur au coût de production

    Cependant, cette conception crée un problème. Le ratio d'exploitation est la plus-value rapportée au capital variable. Les capitalistes s’en soucient ; ils veulent obtenir des travailleurs autant de travail que possible. Mais ils sont davantage concernés par le rapport de la plus-value à leur investissement total, ce qui s’exprime par capital constant + capital variable. Ils ne se soucient pas, ils ne sont même pas au courant, du fait que seul le travail vivant (capital variable) peut créer de la valeur excédentaire.

    Imaginez deux usines avec le même nombre de travailleurs, travaillant le même nombre d’heures, au même taux de rémunération (ce qui signifie qu’ils disposent du même taux d'exploitation, de plus-value rapportée au capital variable). Les deux usines produiront la même quantité de plus-value. Les propriétaires capitalistes obtiendront-ils les mêmes profits ? Pas nécessairement. Les deux usines produisent deux marchandises différentes, nécessitant différentes machines et matières premières. Par conséquent, chacun dispose d’un montant différent de capital constant (travail mort). Certains en ont beaucoup, d’autres en ont peu. Le « profit » est ainsi défini comme la plus-value en proportion de l'investissement total (coût de production, ce qui signifie capital constant + capital variable). Le capitaliste, avec la grande quantité de capital constant, disposera d’un profit total inférieur à celui de la moindre quantité de capital constant, même si le taux d'exploitation (de la plus-value rapportée au capital variable) reste le même.

    Toutefois, ce n’est pas vrai. Les capitalistes industriels ne reçoivent pas de petits profits, car ils utilisent des machines plus efficaces et productives. S’ils le faisaient, ça ne paierait pas les capitalistes pour innover en investissant dans une machine meilleure et plus productive. L'économie stagnerait.

    Marx résout ce dilemme de cette façon : la production industrielle, qui obtient des taux de profit élevés (en raison de plus-value supplémentaire produite ou pour toute autre raison) attire d'autres capitalistes. Ces nouveaux capitalistes investissent dans l'industrie rentable et accroissent la production de ces marchandises. Cette concurrence fait baisser les prix et donc les profits. Finalement, les profits ne sont plus particulièrement élevés ; ils s’alignent sur le niveau du taux de profit moyen. La même chose se produit, en sens inverse, dans les industries qui ont des taux de profit particulièrement faibles (en raison du besoin de grandes quantités de capital constant ou pour toute autre raison). Les capitalistes se retirent de ce secteur, ou vont tout simplement produire moins. Avec moins de matières premières disponibles sur le marché, le prix va monter et il en sera de même pour le taux de profit par article. Finalement, leur taux de profit sera également à peu près revenu au taux de profit moyen.

    A la manière dont ça fonctionne, c’est comme si toute la plus-value produite était mise en commun et que chaque producteur capitaliste arrivait à se la partager, non pas en fonction de leur nombre de travailleurs, mais en fonction de leur montant de capital investi (capital variable + capital constant). Marx appelle cela le « communisme capitaliste ». Il y a un taux de profit moyen, qui est le rapport de la plus-value totale d'une société au total du capital investi par la société.

    La valeur totale de la marchandise est reconceptualisée comme le « prix de production ». Il inclut le capital variable + le capital constant + un profit moyen. Les prix réels fluctuent en raison des multiples pressions de l'offre et de la demande sur le marché, mais ils fluctuent autour du prix de production. Les capitalistes ne vendront pas les marchandises moins chères que ce qu'elles coûtent à produire (capital variable + capital constant) ni au-dessous du taux de profit moyen (au moins pas pour longtemps !). Et vendre au-dessus du taux moyen de profit conduit seulement les autres à concourir en vendant à des prix inférieurs.

    Un autre facteur peut influencer les prix. C’est le monopole. Si une entreprise domine un secteur, pour une raison quelconque, ou si quelques entreprises le font, elles peuvent fixer des prix sans se soucier de leurs concurrents vendant à des prix inférieurs (dans les termes de l’économie bourgeoise, ils sont « faiseurs de prix » plutôt que « preneurs de prix »). Ils peuvent vendre au-dessus du taux de profit moyen, en prenant une part importante supplémentaire de la plus-value totale de la classe capitaliste. Il existe aussi des limites à cela. Je discuterai du monopole plus loin, dans un chapitre ultérieur.

    Il s’agit, alors, d’une version simplifiée du concept de Marx, concernant la manière dont les valeurs arrivent à être exprimées en prix et dont la plus-value obtenue s’exprime en profits. Les économistes anti-marxistes se concentrent sur ce sujet comme s’il s’agissait d’un problème central. Ils appellent cela le « problème de la transformation », bien que Marx ne considère pas réellement les valeurs de temps de travail comme étant « transformées » en prix monétaires. Au contraire, il présente le prix et le temps de travail comme deux manières d'exprimer la valeur. Le « prix de production » est une reconfiguration des valeurs en temps de travail des marchandises, et non pas une abolition de leurs valeurs.

    Comme il s’agit ici d’un texte d'introduction, je ne vais pas passer en revue les attaques contre la théorie de la valeur de Marx, et les réponses à celles-ci, développées par les marxistes (voir les références). Marx n’était pas vraiment intéressé par les prix spécifiques. Il n’était pas un « micro-économiste ». Il a conclu que le total des valeurs de toute la société, mesurée par le temps de travail socialement nécessaire, était égal au total des prix dans la société (un concept similaire au « produit intérieur brut »). Comme mentionné, il a jugé que le total de la plus-value était égal à la somme de tous les profits, et que cela pourrait être utilisé pour trouver le taux de profit moyen. Ce sont ses concepts clés.

    Pour Marx, l'essentiel, la définition, le concept du capitalisme n’est pas la concurrence, la propriété privée, ni les stocks-et-obligations. Il réside dans la relation capital/travail. D’un côté, il y a le capital, la valeur auto-expansible, amenée (par les conflits de classe et par la concurrence) à se développer et à croître, pour accumuler toujours plus de valeur. (Si une entreprise ne se développe pas en permanence, elle finira par être battue par ses concurrents et fera faillite). Le capital est représenté par ses agents, la bourgeoisie et par leurs gestionnaires. De l’autre côté, il y a le prolétariat, ceux qui ne possèdent rien d’autre que leur capacité de travail, a travers leurs muscles et leurs cerveaux. Ils vendent leur force de travail aux agents du capital, qui procèdent à pomper sur eux la plus-value, en les faisant travailler aussi dur que possible, tout en les payant aussi peu que possible (au niveau ou en dessous de la valeur de leur force de travail). Il s’agit là d’une relation ; sans capitalistes, il n'y a pas de prolétaires ; sans ces travailleurs modernes, il n'y a pas de capitalistes.

    La monnaie

    La valeur du cours, exprimée en prix, exige l'existence de la monnaie. La monnaie est à la fois une mesure de la valeur et une réserve de valeur. À l'origine, les humains utilisaient des choses de valeur pour monnaie : des bovins ou des ceintures de coquillages. Après une longue histoire, ils se sont installés sur l'or et l'argent. Ce sont des métaux rares qui sont découverts et déterrés par le travail. Ils avaient des valeurs d'usage originales en ce sens qu'ils étaient utilisés pour les décorations. Ils durent indéfiniment, sans rouiller. Ils sont facilement divisés en petites unités et facilement fusionnées de nouveau dans des grandes. Les petites unités peuvent représenter beaucoup de valeur. Puisque l'or et l'argent peuvent être falsifiés avec d'autres métaux, les gouvernements ont produit des pièces officielles, garanties dans le poids et le degré de pureté (puis les gouvernements ont commencé à tricher sur la valeur de leurs monnaies, ce qui a provoqué de l'inflation).

    Dans les sociétés pré-capitalistes, la monnaie était marginale. La plupart des objets ont été réalisés en vue d’un usage familial ou ont étaient échangés avec les voisins. Seules quelques marchandises étaient vendues sur un marché. Mais sous le capitalisme, pour vivre, nous comptons sur l'acquisition de marchandises pour tout, pour tout le monde, partout dans le monde. Maintenant, la monnaie est un intermédiaire essentiel, l’« équivalent universel », qui détient la totalité de la société unie dans un « lien de trésorerie ».

    A mesure que le capitalisme se développait, il est devenu gênant pour les commerçants de trimballer de grandes quantités de métal. On a développé les banques, qui détenaient l'or. Elles fournissaient des billets de banque qui pouvaient être distribués et ensuite convertis en argent dur quand on le désirait. Ces notes étaient « aussi bonnes que l'or ». Aujourd'hui – en sautant une longue histoire – l'Etat émet de la monnaie fiduciaire, qui est, en fait, de la monnaie de papier non garantie. Elle n’est soutenue par rien d'autre que la confiance que des gens placent dans la santé de l'économie. Contrairement à l'or (ou aux bovins), elle ne dispose que d'une « valeur fictive », mais pas d’une valeur intrinsèque.

    Quand la monnaie incarne une valeur réelle (les pièces d'or ou les billets de banque adossés à l’or), il y a parfois plus de monnaie disponible que nécessaire pour les besoins du marché, pour la circulation de la monnaie et des biens. Alors, la valeur de la monnaie retomberait à sa valeur minimale de temps de travail, tandis que le « surplus de monnaie » aurait tendance à tomber de la circulation dans les trésors privés ou collectifs. Mais maintenant, toutes autres choses étant égales par ailleurs, plus la monnaie fiduciaire est disponible en relation avec le même nombre (valeur) de marchandises, moins chaque unité (dollar, etc.) possède de « valeur ».

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