• Le programme du FN

    Une arnaque antisociale

    Encore une fois, à défaut d’un travail d’investigation sérieuse, les médias sont tombés dans le piège de l’événementiel, du sensationnel, du prêt à penser. Au lieu d’analyser les motivations des électeurs, et de les mettre en lien avec le programme réel du FN, journalistes et analystes se sont contentés de répéter un discours sur la crise et le déclin de la gauche que nous connaissons déjà par cœur. A aucun moment ils n’ont interrogé les électeurs sur la compréhension qu’ils avaient du programme du FN et des conséquences que sa mise en application impliquerait. Si ce travail avait été fait, on aurait remarqué que les électeurs du FN ne connaissent pas vraiment, et ne comprennent encore moins, le programme du Front National et ses conséquences au niveau national et international. Ces électeurs se sont véritablement fait arnaquer ! Il sont tombés à pieds joints dans le piège de la démagogie la plus ouverte !

    1 Le programme économique du FN : Réflexion sur les conséquences économiques et sociales d’une sortie de la zone Euro

    Le FN s’appuie sur une critique assez juste des problèmes engendrés par le passage à l’Euro. Cependant, qu’a-t-il à proposer comme alternative ?

    Le Front National propose un retour au Franc sur une base de 1€=1F, ce qui veut dire que, dans l’immédiat, la situation resterait la même, le pouvoir d’achat des gens n’augmenterait pas. De plus, pour que les entreprises Françaises puissent s’en sortir dans le cadre d’une compétition internationale où la France serait alors isolée de ses partenaires européens, le Front National propose une dévaluation de 25% de l’hypothétique nouveau Franc. Ce qui voudrait dire qu’à ce stade, 1€=0.75F. Les exportations seraient alors moins chères, mais les produits importés deviendraient plus chers. Or la majorité des produits que nous consommons aujourd’hui sont des produits d’importation, directe (ils viennent de l’étranger) ou indirecte (ils sont assemblés en France, mais les composantes sont produites à l’étranger). Il en va de même pour la production industrielle.

    Le « Produire Français » est une arnaque. La France ne possède pas les ressources et les matières premières pour avoir une production autonome. Par exemple, une auto en France, est produite à partir de matières premières que l’on ne trouve qu’à l’étranger, et de nombreuses pièces également produites à l’étranger. A court terme, les consommateurs verront le prix des produits du quotidien augmenter de 25% pour la production directement importée, et d’un pourcentage variable en fonction du nombre de pièces importées, pour les productions d’importation directe.

    Il s’agit là clairement d’une politique d’austérité. Le coût de la vie va augmenter tandis que les salaires n’augmenteront pas. Ils n’augmenteront pas, car, pour augmenter, il faudrait que les entreprises, soumises de manière encore plus intense à la concurrence internationale, produisent massivement pour exporter massivement. Il faudrait, pour trouver des marchés où vendre la production, se mettre en concurrence avec des entreprises qui vendent à bas coût car la main d’œuvre est sous payée. Il y a ainsi de grands risques que les salaires des Français diminuent tandis que le coût de la vie continue d’augmenter. Une sortie de l’Euro dans les conditions dans lesquelles l’envisage le FN serait donc dramatique pour les salariés.

    De plus, une sortie de l’Euro serait perçue par les partenaires européens comme une forme de défiance. Il y a alors deux risques majeurs. Soit un risque que les marchés financiers s’affolent, et que l’Europe entière entre dans une phase de récession encore plus accrue, soit que la France se retrouve face à un blocus économique qui la mettrait dans de grosses difficultés en matière d’import/export. Encore une fois, les salariés verraient leurs revenus et leur pouvoir d’achat diminuer. Pour ne pas voir leur pouvoir d’achat diminuer, les salariés seraient contraints de travailler beaucoup plus, mais ils ne gagneraient pas plus que ce qu’ils gagnent aujourd’hui.

    Pour conclure, L’étude des conséquences que provoquerait une sortie de l’Euro, selon les modalités envisages par le FN, permet donc de comprendre que, loin de rendre la situation des salariés plus vivable, ce programme économique s’inscrit au contraire dans la continuité des politiques d’austérité menées actuellement au niveau européen. Il est prévisible que la mise en place de politiques protectionnistes ne sera pas sans provoquer des réactions similaires au niveau de l’Europe, et même au niveau mondial. Ainsi, le prix des importations augmentera, tandis que le prix des exportations sera revu à la baisse. Nous assisterons à une augmentation des prix, une diminution du coût du travail et une diminution du pouvoir d’achat.

    2 Le programme (anti-)social du FN

    Ces mesures économiques s’accompagnent, dans le programme du FN, d’une véritable entreprise de casse sociale, notamment en ce qui concerne le code du travail et du syndicalisme. Le FN est favorable à la diminution des cotisations patronales, qui servent notamment à financer le système de santé et de protection sociale, qu’il considère comme des charges.

    Il est aussi favorable à l’interdiction du droit de grève, et au replacement des unités syndicales organisées nationalement par des syndicats organisés par branches. Il ne s’agit là qu’une pirouette sémantique pour parler de rétablissement des corporations ! Cette casse du syndicalisme, qui s’inscrit dans la lignée des politiques néolibérales en Europe, est lourde de conséquences. Elle donnera plus de pouvoir aux grosses centrales syndicales, celles des collaborateurs qui s’empressent de négocier des miettes avec les gouvernements et ne font que contribuer à la dégradation généralisée des conditions de travail. Ce sera le renforcement du carriérisme syndical corrompu, et la fin du syndicalisme combatif, du syndicalisme qui a pu arracher de véritables avancées sociales. Autre conséquence : les conditions de travail, le temps, les cadences, seront négociées par branches, et il sera impossible de faire appel à une solidarité interprofessionnelle des travailleurs.

    Il se créera de véritables inégalités de conditions de vie entre les travailleurs des secteurs « productifs » et ceux des secteurs « improductifs », tout ceci allant dans le sens la précarisation des travailleurs. Ils seront soumis, seuls dans leurs secteurs d’activité, à des conditions de travail de plus en plus difficiles, un temps de travail plus important, des cadences plus intensives. Ils ne seront pas à l’abri des plans de licenciements massifs en cas de « manque de rentabilité » de leur secteur d’activité.

    Il est aussi intéressant d’analyser les positions du FN en ce qui concerne la question des retraites. Avant le mouvement des grèves de 2010, le FN était favorable à un report de l’age (l’âge) à la retraite à 65 ans, avec possibilité pour ceux qui le désirent de travailler davantage, et à une retraite allégée compensée par des compléments retraites par capitalisation. Ce qui signifie, d’une part, que les gens seront contraints de travailler au-delà de l’âge légal de la retraite pour avoir des conditions de vie décentes face à la montée des prix en période de récession. D’autre part, cela signifie que les plus âgés se retrouveront en concurrence avec une large partie de la jeunesse. On imposera aux plus âgés des rythmes qu’ils ne peuvent pas tenir. L’ « assouplissement du code du travail » permettra de les licencier plus facilement s’ils ne sont pas capables de soutenir des cadences intensives. Pour les plus jeunes, ce sera entrée dans le monde du travail qui sera retardée, ainsi que leur âge de départ à la retraite.

    Il est fort à parier que la révision du programme du FN sur la question des retraites ne s’inscrit que dans la logique d’une démagogie électoraliste. N’oublions pas que le FN était fort hostile au mouvement de grève de 2010 contre les retraites, et qualifiait les bloqueurs de raffineries de « terroristes » ou de « preneurs d’otages ». De plus, hormis le rabaissement de l’âge de départ légal de 65 à 60 ans, le programme du FN reste inchangé concernant la question du système des retraites. Le FN maintient sa volonté de développer le système par capitalisation, ainsi que la possibilité de travailler au-delà de l’âge de départ légal. Il préfère développer la concurrence intergénérationnelle à la solidarité intergénérationnelle.

    3 Politique d’immigration : problèmes diplomatiques et risque économique

    Le Front National estime que le nombre de chômeurs correspond au nombre d’étrangers en France. Par conséquent, la solution au problème de l’emploi en France résiderait dans le renvoi des étrangers dans leurs pays d’origine, et pour aller plus loin encore, dans la destitution de la nationalité de certaines personnes d’origine étrangère, ayant été régularisées, ou étant nées en France.

    Ce type d’argument rationaliste technicien est assez mal venu de la part d’un parti qui a si longtemps critiqué la technocratie. Le FN serait-il en train de devenir ce qu’il a combattu à mesure qu’il s’approche du pouvoir ? Oui et non. Oui dans la mesure où sa structure discursive se modifie, devenant plus logicienne, reposant moins sur des valeurs. Non, car le FN est à la base un parti raciste, ou si l’on préfère xénophobe. Il n’a pas véritablement changé, mais a trouvé dans la structure logicienne du capitalisme technocratique en crise les arguments pour policer son discours et le faire apparaître comme relevant du bon sens. Dans ce cas, c’est ici sur ce plan, et non sur celui de la xénophobie culturelle, que nous mettrons en question le discours du FN.

    La politique que prévoit le FN en matière d’immigration représente, sur de nombreux plans, une violation des « Droits de l’Homme », de la Constitution Française, et de nombreux traités internationaux. Le FN prévoit en effet de réduire le nombre d’entrées sur le territoire de 200 000 à 10 000. Il s’agit d’une mesure inapplicable. Parmi les 200 000 entrées, Il y a 70 000 étudiants, 40 000 conjoints de Français, 25 000 personnes dans le cadre de regroupements familiaux. Le FN propose, entre autres, de supprimer les regroupements familiaux, et d’expulser les couples mixtes. Or ces mesures sont en contradiction directe avec les « Droits de l’Homme », les accords de Schengen, et vont à l’encontre de la constitution européenne sur les droits fondamentaux concernant la liberté de circulation des citoyens Européens. Si le FN décidait de mettre en application son programme, la France devrait faire face à de nombreuses sanctions juridiques, politiques et économiques de la part des autres pays européens et des organismes internationaux. Encore une fois, la France se retrouverait face à un blocus économique. Ce ne serait pas les riches, mais les travailleurs moyens et précaires, qui paieraient la facture au prix de leurs conditions de vie.

    4 Programme militaire et sécuritaire du FN : vers une logique de guerre ?

    Le pire est à envisager si l’on met en relation les politiques économiques et sociales du FN avec sa politique en matière de sécurité et d’armement. Pour résumer, le FN prévoyait dans son programme la généralisation de la vidéosurveillance, la reconstitution des effectifs de la police et de la gendarmerie, la présomption d’innocence pour les forces de l’ordre usant de la force dans l’exercice de leur fonction, le maintien de la capacité de dissuasion nucléaire de la France, la reconstitution des filières militaires de l’armement, l’augmentation du budget de la Défense nationale en vue de la modernisation des équipements, du renforcement de la flotte de guerre avec notamment la construction de second porte-avion, ainsi que l’organisation d'une garde nationale de 50 000 réservistes hommes et femmes, rapidement mobilisable, sur l'ensemble du territoire.

    Mettons un peu en relation cette logique de renforcement policier et militaire avec la logique d’ensemble du programme que nous venons d’analyser. Nous avons précédemment analysé le fait que les politiques économiques et sociales du FN, la sortie de l’Euro, les mesures protectionnistes entre autres, allaient dans le sens d’une politique d’austérité, d’une baisse du pouvoir d’achat, du renforcement de la dureté des conditions de travail, de la concurrence interprofessionnelle et intergénérationnelle, de l’isolement des travailleurs par la destruction du syndicalisme et l’interdiction du droit de grève, la retraite par capitalisation, la possibilité de travailler après les 40 ou 42 annuités de cotisation, et la diminution de la protection sociale.

    Tout ceci entraînera une crise économique et sociale encore plus profonde, et contribuera à rendre la population de plus en plus vulnérable, malheureuse, désespérée et révoltée, prête à n’importe quoi pour que les choses changent. Le gouvernement FN, qui disposerait d’une force armée conséquente, n’aurait aucune difficulté à écraser toute potentialité de révolte et de guerre civile. Il lui serait alors aisé d’obtenir le consentement de la population et de la mobiliser pour entrer dans une logique de guerre impérialiste et même de guerre tout court. Voilà qui nous ramène à la situation de certains pays d’Europe il y a quasiment un siècle !

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