• Loi Travail et création d’emplois : l’erreur d’analyse du MEDEF !

    Pierre Gattaz, le patron du MEDEF, à récemment pris la défense de la Loi Travail, sous prétexte qu’elle serait favorable à la compétitivité, à l’investissement et à l’emploi. Tout en évitant les erreurs d’analyse de la gauche sociale-keynésienne et pseudo-marxiste, nous expliquerons en quoi la logique économique du MEDEF n’est pas plus en mesure de relancer le capitalisme que celle des partisans d’une relance par la consommation.

    L’argumentation de Pierre Gattaz en faveur de la loi travail peut se résumer facilement : Tout d’abord, elle est nécessaire pour rendre la France compétitive au niveau mondial, rassurer les marchés financiers et attirer des investisseurs. Ensuite, elle soulagerait les employeurs, et ainsi, favoriserait l’embauche.

    Pour quiconque est au fait des conditions de développement productif au niveau de l’économie mondiale, ces deux arguments sont clairement en contradiction. Pour tout entrepreneur capitaliste, pris individuellement, il est plus intéressant et rentable d’investir dans des machines-automates toujours plus performantes que dans du travail humain [1]. Il est plus rentable de payer 40 techniciens ingénieurs payés à 4000 €, et dont le salaire pourra baisser avec le développement de la concurrence internationale, que 200 salariés payés 1100. Ainsi, même si des capitalistes jouaient le jeu de l’emploi, ils seraient vite éliminés du marché par les concurrents technologiquement plus productifs et rentables.

    Il existe certes une manière de faire baisser les coûts, en augmentant la plus value absolue, c'est-à-dire en augmentant la durée du travail, sans le rémunérer davantage. C’est le sens de la remise en cause des 35 heures. Cette mesure est également plus intéressante pour les capitalistes que la baisse du temps de travail, du fait que l’embauche d’un nouveau salarié implique une hausse des cotisations sociales patronales, ce qui n’est pas le cas en exploitant plus longtemps un salarié déjà embauché.

    Cependant, il existe deux limites à cette stratégie. La première est que l’avantage ou l’alignement compétitif acquis, permettant alors quelques marges de profit augmentées ou réajustées, serait rapidement perdu, du fait de la réaction du reste des autres acteurs économiques. Il faudrait alors encore subir une nouvelle vague de politiques d’austérité. Les salariés auraient ainsi subi une régression pour rien, et devraient se préparer à en subir de nouvelles.

    La seconde est que les capitalistes ne comprennent le système qu’à travers le point de vue étroit de patrons-managers d’entreprises. Ils ne raisonnent pas à l’échelle globale du système. Ainsi, ils ne comprennent pas que le développement du capitalisme, qui est de tendre vers toujours plus de tâches automatisées et moins de travail humain [2], tend à supprimer la source même de la valeur et donc la possibilité de la réaliser. En effet, moins il y a de travail humain rémunéré, moins il y a de demande solvable, moins il y a de ventes, et donc de bénéfices. Mais il nous faut ici balayer une seconde illusion, généralement portée par la gauche sociale-keynésienne aussi bien que pseudo-marxiste. Dans le cadre d’une société marchande de propriété privée concurrentielle, il ne suffirait ni d’augmenter les salaires et réduire le temps de travail, ni d’amorcer à la pompe, pour relancer durablement la consommation et donc la production de valeur. Cela ne résoudrait pas le problème de la nécessaire tendance du capital à supprimer le travail [3], et donc provoquerait régulièrement des crises de surproduction de marchandises invendables, tandis qu’une partie croissante de l’humanité vivrait la pauvreté, la misère et l’exclusion. Ce problème n’a pu être que partiellement amorti depuis les années 70 qu’avec le recours aux crédits et la croissance de la sphère financière. Mais la crise de 2008, celle de 2015 en Chine, et celle qui est en germe actuellement, ont clairement marqué les limites des systèmes de bulles financières, qui, malgré leur autonomie apparente, reposait toujours sur les limites  de l’économie réelle. Hormis de manière ponctuelle et non sans dommages collatéraux, le capitalisme ne pourra être relancé. Il n’y aura pas de nouvelles « 30 glorieuses ».

    Le capitalisme est voué à se dégrader continuellement, et d’autant plus avec la crise écologique. Seules deux scénarios pourraient l’abolir : qu’une partie de la classe dominante prenne le pouvoir et développe un mode de production basé sur l’exploitation et l’exclusion, mais sans valorisation de capital, comme il en existait dans les périodes pré-capitalistes ; soit une révolution prolétarienne qui abolit la propriété privée des moyens de production, la concurrence, l’échange marchand de biens, services et force de travail. Et il n’y a que cette seconde option qui soit en mesure d’offrir une issue heureuse à l’humanité.

    [1] Le prix des machines est en réalité le prix du travail humain employé à les produire, (ainsi que le coût des prêts bancaires et de la rente foncière). Les machines étant produites avec de plus en plus de machines automates et de moins en moins de travail humain, leur coût est amené à diminuer, notamment lorsqu'elles sont produite en masse. Elles deviennent progressivement moins chères que le travail humain, qui est obligé de s'aligner en deçà du coût des machines. C'est par exemple ce qui se produit avec le développement de l'automatisme en Chine et parallèlement la délocalisation vers des pays pauvres où la main d’œuvre ne coûte rien.

    [2] La suppression du travail humain est effectivement constatable avec la réduction du temps de travail globale, notamment du fait de machines plus performantes nécessitant moins de travailleurs, mais aussi avec le développement d'usines robotiques presque entièrement automatisées (Foxconn en Chine, Adidas en France), et avec le développement des guichets automatiques dans les banques, à la poste, à la SNCF, aux péages d'autoroutes, des caisses automatiques dans les grandes surface, de l'usage d'automates de prêts dans les bibliothèques, de la RFID pour scanner les rayons, des boites vocales téléphoniques pour de nombreux services clientèle, des robots automates de nettoyage, etc. Il est logique que, dans les conditions du capitalisme, le développement de nouveaux secteurs d'activité ne soit pas en mesure, du fait qu'ils utilisent aussi ces technologies, de résorber le problème du manque d'emplois. Et le problème est loin de s'arranger avec le développement progressif des intelligences artificielles.

    [3] La concurrence amène à une baisse des prix. A un moment donné, les entreprises les plus performantes technologiquement imposent des prix très bas, ce qui leur permet d'accumuler des masses de profit plus importantes. Les autres entreprises ne peuvent tenir qu'au prix d'une baisse des salaires ou de licenciements accompagnés de rattrapage technique. Si elles le font, l'accumulation sera en berne pour l'ensemble des entreprises. Sans cela, elles sont amenées à faire faillite.

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