• Mélenchon, premier ministre,

    Ou le symbole de la dégénérescence du font de gauche !

    Commençons tout d’abord par les faits : Jean-Luc Mélenchon à déclaré le lundi 22/04/2012 sur Europe 1 vouloir devenir premier ministre de François Hollande. Il a également ajouté « Bien sûr, c'est le but », «Mon rôle est d’aller là où c’est le plus dur», « François Hollande avait une chance de faire quelque chose de bien, il l'a ratée. Il peut se rattraper. (...) Il peut me nommer Premier ministre. Je n'ai pas peur ».

    Depuis plus d’un an, Jean-Luc Mélenchon affiche, de même que ses compères Christian Piquet [1], Myriam Martin, Pierre-François Grond et Hélène Adam [2], une soif grandissante d’exercer le pouvoir, qui n’a manifestement d’égal que son égo mégalomaniaque grandissant. La farce avait déjà commencée lorsqu’il avait appelé à une prise symbolique de la bastille l’an dernier, et se poursuit encore avec son appel à manifester pour une VIème république le 5 mai prochain. A présent, il parle d’entrer dans le gouvernement alors qu’il proclamait il y a quelques temps son indépendance irrémédiable à l’égard du PS. Il est vraiment consternant de constater une telle régression de la pensée à gauche, d’autant plus en ces temps de crise, d’affaiblissement du système et de montée de la pensée réactionnaire [3].

    Ce qui amène à se questionner à propos de la nature de la plus grande crise actuellement : est-ce la crise économique, la crise écologique, ou bien celle de l’imbécilité opportuniste d’une frange grandissante de la gauche ?

    Mélenchon dit que son rôle est « d’aller là ou c’est le plus dur ». Soit, mais le rôle de premier ministre est-il ce lieu ? Si Mélenchon devenait premier ministre, que pourrait-il bien faire ? Pourrait-il mener une véritable politique de gauche ?

    Ce que traduit cette proposition, c’est l’incapacité de cette frange de la gauche à analyser correctement les rapports de forces présents au sein de la société. En effet, elle estime qu’il suffirait d’arriver au pouvoir dans le cadre des institutions républicaines pour que l’ensemble de la société lui prête allégeance et lui obéisse sans résistance. Cependant, il s’agit là d’une très mauvaise analyse des rapports de pouvoir et de la manière dont ils agissent dans la société. Cette frange de la gauche n’envisage le pouvoir qu’à travers le prisme des institutions républicaines et de l’Etat souverain, et occulte ainsi les dimensions plus informelles du pouvoir, celles qui agissent au sein de l’économie et de la finance, de la magistrature, des sphères policières et militaires, des milieux de production du savoir et dans la société civile. Pourtant, il n’est pas compliqué de comprendre que si les hauts dirigeants de la justice, de la police et l’armée consentent à exécuter la volonté du gouvernement PS, c’est justement parce que le gouvernement PS n’en a précisément pas. Il se met au service des groupes dominants, dont il assure par sa politique la pérennité. Il garanti aux hauts dirigeants de l’armée et de l’industrie le maintient d’une situation économiquement dominante au sein d’un ordre social capitaliste, en contrepartie de quoi ces forces s’engagent à fournir a cet Etat les moyens de se maintenir.

    Ainsi, si Mélenchon arrivait au pouvoir dans l’état actuel des choses, il devrait soit servir cette classe, soit en partir illico. En effet, ce n’est pas avec l’appui des 1 000 militants du Parti de Gauche, voir les 70 000 militants du Front de Gauche [4], que Mélenchon sera en capacité de faire face au MEDEF, à l’appareil répressif d’Etat, ainsi qu’aux militants anti-homos et autres formations politiques d’extrême droite, sans parler de la techno-bureaucratie capitaliste Européenne, Américaine et Chinoise.

    Jean-Luc Mélenchon, les militants du PG et plus largement du Front de Gauche, n’envisagent pas un tel affrontement de classe. En effet, s’ils l’envisageaient, son sujet politique ne serait pas le citoyen mais le travailleur, et ce n’est pas devant la Bastille – qui est d’ailleurs un lieu vide, à l’image de l’Etat – qu’ils auraient défilé l’an dernier, mais devant Wagram, le siège national du MEDEF. De même, s’ils prenaient réellement la mesure de la situation et souhaitaient véritablement changer les choses, ils n’appelleraient pas à manifester pour une VIème République, mais sur des mots d’ordres sociaux, écologiques, démocratiques et de lutte sociale.

    Pourtant, seul un mouvement social combattif et de grande ampleur sera à même de faire reculer les gouvernements capitalistes libéraux – qu’ils se présentent comme tels ou avec un verni socialiste, nationaliste, ou même communiste [5] –  et de mettre en place de réelles avancées sociales. C’est de cette manière qu’ont été notamment acquis le code du travail, la sécurité sociale, la couverture maladie universelle, la réduction du temps de travail à 39 puis 35 heures, les 5 semaines de congés payés, le départ à la retraite à 60 ans, et 55 pour les travaux difficiles. Un certain nombre d’organisations à la marge du Front de Gauche [6] l’ont bien compris et relaient déjà ce message dans les luttes actuelles.

    Or si Jean-Luc Mélenchon a besoin d’un mouvement social fort pour appuyer sa politique, le mouvement social, s’il s’organise, n’aura en revanche ni besoin d’un sauveur providentiel, ni de son programme d’avant-garde éclairée.

    Pour conclure, les actions de Jean-Luc Mélenchon démontrent ainsi que son rôle objectif n’est donc pas « d’aller là ou c’est le plus dur », mais plutôt d’investir les espaces vides. Qu’a cela ne tienne, il serait plus utile dans ce cas qu’il quitte la présidence du PG et s’investisse aux cotés du DAL et de Jeudi Noir !

     

    [1] Leader de la Gauche Unitaire, courant du front de gauche, leader historique du courant institutionnaliste bureaucratique de la LCR, et déserteur du NPA à sa construction du fait que celui-ci ne l’était pas suffisamment. Depuis son entrée dans le Front de Gauche par la gauche, la GU n’a cessé de dériver pour finalement aboutir à sa droite, prônant a présent un rapprochement avec la gauche du PS.

    [2] Anciens membres du bureau politique de la LCR et membres de la Gauche Anticapitaliste, courant puis scission du NPA ayant rejoint le front de gauche durant l’été. Ils avaient d’abord appelé à voter Mélenchon alors qu’ils étaient encore membres du NPA, sous prétexte qu’il était entre autres « plus charismatique » que Philippe Poutou. La GA affichait déjà dans ses déclarations une volonté d’exercer le pouvoir dans le cadre des élections et reprochait au NPA de ne pas partager cette volonté.

    [3] Développement de la pensée réactionnaire à laquelle Jean-Luc Mélenchon lui-même participe, notamment à travers l’usage d’énoncés nationalistes, de référence constante à la « grande France », de « dérapages » judéophobes ou germanophobes. De plus, sa revendication phare d’une VIème République fait écho à celle du FN lors de sa campagne de 1995, où un de ses slogans était « En avant pour une VIème République !». Le PCF y participe d’une autre manière, en parlant de renationalisation, c'est-à-dire la mise des entreprises sous le contrôle d’une petite bureaucratie étatique et non des travailleurs eux-mêmes. En jouant sur ce terrain, le Front de Gauche tombe aveuglément dans le piège tendu par le FN, qui maintient ainsi son monopole sur l’énonciation des problèmes de société, ainsi que les manières et les termes a employer pour y répondre. Au contraire, il est nécessaire que le mouvement pour le progrès social et l’émancipation radicale se place en rupture vis-à-vis de cet imaginaire, qu’il développe une proposition politique, use d’angle d’analyse et d’un langage pour parler du réel, tellement inappropriable pour les classes dominantes qu’il ne pourra que subvertir l’ordre établi et écartera de fait les opportunistes qui souhaitent proposer des compromis de classe au sein desquels, au final, nous sommes toujours perdants. 

    [4] Estimation a partir des données suivantes : le PG compte 25 000 adhérents, mais a peine plus de 1000 militants. Le PCF déclare environ 90 000 adhérents, chiffre d’ailleurs incertain et dont la réalité est plus proche de la moitié, il est difficile de définir ce que cela peut donner en termes de militants réguliers et erratiques, ainsi que 9 000 élus. La GA, la GU, C&A, la FASE et les Alternatifs ne doivent pas non plus compter plus de 500 militants chacune. Au total, cela ferait 2 000 pour les 4 dernières, 45 000 pour le PCF, 1 000 pour le PG, donc 66 000 militants.

    [5] Le gouvernement chinois se revendique toujours du communisme, bien que sa politique soit clairement capitaliste et libérale sur le plan économique.

    [6] Dont le Nouveau Parti Anticapitaliste, Lutte Ouvrière, Alternative Libertaire, la Fédération Anarchiste, la Coordination des Groupes Anarchistes, L’Organisation Communiste Libertaire, L’Offensive Libertaire et Sociale, le Mouvement des Objecteurs de Croissance, la Confédération Nationale du Travail, Solidaires, etc.

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