• Note sur les perspectives unitaires

    On entend depuis longtemps les échos d’une volonté de construire une perspective unitaire à Gauche. Pour autant, chaque mouvement se trouve dans l’incapacité de mettre en œuvre ce grand rassemblement. La raison principale tient au fait que chaque groupement souhaite constituer le centre de gravité de ce rassemblement, autour duquel s’articuleraient des positions plus radicales et des positions plus modérées. Ce phénomène apparaît inévitable, puisqu’il implique les positionnements de chacun, et que les uns et les autres ne veulent pas renoncer à une partie importante de ce pourquoi ils s’engagent.

    On ne pourra ainsi résoudre un écologiste à renoncer à la lutte contre le nucléaire ; ni demander à un libertaire défendant la démocratie directe de soutenir ou de présenter un candidat à une élection, ou d’assurer un exécutif dans un contexte de démocratie délégative ; ni convaincre un communiste productionniste de se résoudre à la décroissance. Ainsi, la question écologique et la question du pouvoir politiques sont des points de discussion sources de divergences au sein de la Gauche. La perspective d’un « Front Unique », d’une gauche de la gauche rassemblée,  constitue une réponse à une attente très répandue. Néanmoins, le Front de Gauche, tel qu’il se constitue, semble éprouver certaines difficultés à intégrer le meilleur des aspirations de progrès social, particulièrement en ce qui concerne la liberté, et dans une moindre mesure, le respect de la nature. En cela, le Front de Gauche courre à l’échec, car ses postures normatives et ses limites le prive de la participation d’un certain nombre de forces politiques très actives à sa gauche. Il est en effet totalement improductif de chercher le rassemblement de masse en réactivant l’imaginaire conformiste-républicain, et, de ce fait, en imposant aux forces de l’opposition favorables au rassemblement, ou y participant, le fait de faire l’impasse d’une critique des institutions politiques et de la mythologie qui l’accompagne. Si volonté d’unité il doit y avoir, elle devrait s’articuler autour des perspectives suivantes :

    La perspective de progrès social

    • L’amélioration de la qualité de la vie matérielle et sociale
    • Le droit à la santé, à l’éducation, au logement, au repos, à la retraite, à la liberté d’union, à la liberté d’orientation sexuelle, de préférence culturelle
    • La liberté d’accès aux ressources nécessaires à la vie, notamment l’eau
    • La réduction du temps de travail, sans perte de salaire
    • L’extension de la gratuité et des activités libres
    • Le libre accès à l’information et aux moyens de communication

    La perspective écologique

    • La lutte contre les technologies destructrices (Nucléaire civil et militaire, zones CEVESO), ou représentant un danger sanitaire (OGM, notamment les semences stériles, usage de pesticides dégradant conséquemment les propriétés des sols)
    • La lutte contre le gaspillage de matière, d’énergie et de temps à des fins marchandes, ou encore en fonction d’une mythologie prométhéenne (encore défendue par des organisations comme le PCF, ou LO). Il s’agirait de passer de l’obsolescence programmée à la durabilité programmée, notamment en orientant les recherches non vers l’usure rapide mais vers le ralentissement de l’usure, vers le développement des systèmes basse consommation d’énergie plutôt que vers les modèles énergivores, vers la compatibilité des interfaces technologiques plutôt que vers leur incompatibilité nécessitant systématiquement le renouvellement d’un partie ou de la totalité des infrastructures

    L’Autonomie

    • Vis-à-vis de la souveraineté des structures de pouvoir, notamment des institutions politiques. Il est question de donner plus de place à la prise de décision collective, aux pratiques de démocratie directe
    • Vis-à-vis des idéologies du pouvoir, des référentiels issus de la domination politique, particulièrement le républicanisme et le citoyennisme. Celui qui agit au nom de la citoyenneté ne doit pas revendiquer l’action de la totalité du mouvement au nom de la république et de la citoyenneté. La citoyenneté est « une » des motivations ou des référents de légitimation de l’action, comme pour d’autres, il s’agit de la liberté, de l’égalité, du progrès, du communisme, de la foi, etc. Il est également nécessaire, dans un souci d’émancipation, que les gens puissent déterminer eux même les termes qu’ils adoptent pour parler de leur expérience vécue.
    • Vis-à-vis des formes organisationnelles instituées et de la méthodologie militante classique. Il s’agit de permettre l’existence d’autres pratiques en parallèle de la diff de tracts, de la manif, de la réunion formelle avec tour de parole autour d’une table. Il faut permettre au gens de choisir eux-mêmes les moyens, les outils et les formes d’organisation qu’ils se donnent pour lutter, et non leur en imposer lorsqu’ils n’adoptent pas les moyens classiques.
    • Vis-à-vis de la domination culturelle de la société occidentale, il est nécessaire d’accepter que d’autres formes culturelles participent à la remise en question de la société.
    • Vis-à-vis des phénomènes charismatiques, il s’agit de neutraliser au maximum l’émergence de leaders autoritaires. Si l’émergence de leaders ponctuels semble constituer un phénomène inévitable, il n’en reste pas moins que ce phénomène devient généralement néfaste à plusieurs niveaux. Tout d’abord, du fait que l’attachement affectif à la personnalité du chef est susceptible de devenir une motivation à l’engagement supérieure à la consistance cet engagement en faveur des perspectives de progrès social. Ainsi, lorsque le chef charismatique se retire, le mouvement se retrouve orphelin. Certains se sentant abandonnés se désengagent. D’autres entrent dans « la guerre des fils pour la domination du clan ». Ces phénomènes sont généralement sources de divisions au sein du mouvement social, de scission d’organisations, et donc d’affaiblissement de sa capacité à agir pour peser sur le cours des choses. Le fait de s’appuyer sur des personnalités charismatiques entraîne généralement des phénomènes de suivisme, de délégation du pouvoir et engendre une perte d’autonomie du mouvement social. Au contraire, il est nécessaire pour le mouvement social de s’autonomiser, pour les gens de s’approprier les aspirations à l’émancipation et la combativité sociale, plutôt que de les projeter dans la personnalité d’un sauveur providentiel. Lorsque les leaders charismatiques s’installent dans la durée, ils ont tendance à monopoliser la possibilité de définir les problèmes sociaux et les moyens d’y faire face. Ils deviennent des figures autoritaires, et constituent un frein à l’hétérogénéité des alternatives que peut formuler le mouvement social et brident ainsi sa créativité. Dans un souci de démocratie, comme d’évolution et de réajustement de la critique, il est nécessaire que tous les acteurs du mouvement social puissent participer à l’élaboration de la critique sociale et à la prise des décisions sur l’action du mouvement et les projets de société. Si leadership il y a, il doit donc être d’une autre nature, de nature émancipatrice. Les leaders émancipateurs ne doivent pas s’installer sur le devant de la scène dans la durée mais doivent permettre à (et faire en sorte que) d’autres prennent ensuite leur place. Ils ne doivent pas être des décideurs, des chefs, mais des personnes qui assurent la transmission de la volonté de progrès social, qui donnent aux gens confiance en leurs capacités, leurs permettent de devenir à leur tour les acteurs principaux de la lutte pour le progrès social et l’émancipation.

    « Critique du NPAQuelles oppositions de gauche au gouvernement PS ? »
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