• Point de vue sur le courant "Anticapitalisme et Révolution" du NPA

    Tout d’abord, le courant « Anticapitalisme et Révolution » développe une critique assez juste sur les positions "opposition de gauche" - "gouvernement Anti-austérité" - "Front social et politique" de la majorité actuelle. Il en découle une volonté de réorientation du NPA sur des bases plus saines : indépendance politique par rapport au Front de Gauche, Front de lutte sociale, développement de l'Auto-Organisation des travailleurs (gros point positif !). Mais ce courant ne parle d’Auto-Organisation que dans la sphère du travail. Il convient pour nous d’élargir la perspective d’Auto-Organisation à d’autres sphères. L’Auto-Organisation dans le monde du travail est certes centrale pour mener la lutte dans les sociétés capitalistes, mais la politique d’oppression des classes dominantes s’étendant également aux quartiers, aux villes, aux campagnes, il est nécessaire qu’elle s’y développe également.

    L'Auto-Organisation quelque soit son point de départ, doit devenir une pratique qui pénètre toutes les sphères, elle doit (re)-devenir une culture, un imaginaire collectif, une pratique sociale spontanée.

    Dans la déclaration d’ « Anticapitalisme et Révolution » persiste une zone de flou en ce qui concerne l'énoncé « gouvernement des travailleurs ». On ne sait pas s'il s'agit d'un cartel d'organisations révolutionnaires (Trotskystes), d'un mix de formations politiques et de syndicats, et éventuellement d'associations, ou de mandatés impératifs issus de conseils ouvriers et de quartiers. De même, rien n’est dit sur la forme de ce gouvernement, s'il est envisagé comme pyramidal, pyramidal renversé, du type "commander en obéissant", s'il fonctionne à la représentativité ou à la mandature impérative, de manière centraliste ou fédéraliste.

    Pour poursuivre, la nécessité, pour une organisation anticapitaliste et révolutionnaire défendant l’Auto-Organisation, de formuler sa perspective de transformation sociale sur la base d'un programme d'urgence, peut également poser question. Formuler un programme d’urgence peut avoir un effet positif si celui-ci permet de décoloniser l'imaginaire et d'ouvrir la discussion sur un projet de société. Mais dans ce cas, cette formulation implique d'articuler le discours en relativisant l'importance des éléments programmatiques et en mettant l'accent sur les possibilités de transformation sociales plus larges et une perspective d'Auto-Organisation et de lutte pour avancer vers le socialisme. Le problème du programme, c'est qu’il se formule souvent suivant un modèle gouvernemental, exigé par l'institution de la politique, sur le modèle de la gestion technocratique d'Etat. Il amène les partis à se présenter sous le modèle commandeur-gestionnaire, ce qui a pour défaut de justifier et renforcer le modèle Etatiste, et à la longue, de façonner les partis qui s'y présentent et leurs militants sous ce modèle, de déformer totalement leur logique Auto-Organisationnelle initiale. Par conséquent, le risque d’une révolution victorieuse conduite par ce parti et aboutissant à la prise du pouvoir d’Etat, est d'aboutir à une forme gouvernementale classique, qui endiguera, soit par la répression, soit par la persistance de l'imaginaire d'Etat providentiel, les formes et les possibilités d'Auto-Organisation de la société. Enfin, ce programme n'a de consistance que s'il se base sur les revendications les plus radicales des syndicats, des associations et des collectifs  les plus combattifs. Mais en cas de mouvement révolutionnaire, ce seront les acteurs des luttes, les syndicats, ou les conseils, qui poseront ce programme, qui le redéfiniront, en fonction de leurs besoins.

    Finalement, la question qui se pose est celle du pouvoir. Or elle est abordée par le courant « Anticapitalisme et Révolution » de manière assez unilatérale, marxiste léniniste. Il est cependant nécessaire de se la poser d’une autre manière. Il est dit dans le texte que les gouvernements de gauche réformistes constituent à terme un obstacle pour l'Auto-Organisation et l'émancipation des travailleurs. Or, il peut aisément en être de même pour les gouvernements de la gauche révolutionnaire. Ils peuvent très bien se muter en appareils Etatiques d'oppression. Le Gouvernement Bolchévik en est la preuve. Il a totalement liquidé le pouvoir des Soviets pour assoir son pouvoir d'Etat. Le problème est que la question du gouvernement est trop souvent posée, chez les marxistes, dans le sens de « on fera la révolution sans reproduire les erreurs du passé, on sera plus démocratiques, et alors le Bolchévisme marchera là ou il a précédemment échoué », sans jamais se dire que c'est le dispositif même de gouvernement, centraliste, hiérarchique, pyramidal, qui aboutit à cela, et qu'il est nécessaire de mettre en place de véritables contre-pouvoirs à ce gouvernement, et ce dès le début de la révolution. On en vient alors à la question de la place que doivent occuper les révolutionnaires dans un processus révolutionnaire. Chez les Marxistes, Léninistes, Trotskystes, elle doit être à la tête des masses, et donc au gouvernement, dans les instances de pouvoir. Pour nous, elle doit être ailleurs, dans les syndicats, les conseils, les instances que le mouvement social révolutionnaire développera pour se défendre dans sa phase d'affrontement avec le pouvoir capitaliste et devra maintenir par la suite pour se prémunir de la tyrannie Etatique. La Commune, Oaxaca, Marinaleda, et tout ce qui s'en rapproche, sont des formes d'Auto-Organisation dont nous devrions davantage étudier le fonctionnement et nous inspirer pour penser les luttes à venir, la révolution future, la société future.

    Ceci implique également une critique sur deux autres aspects de ce texte. D'abord, la formation uniquement Marxiste, qui peut laisser entendre « Marxiste, Léniniste, Trotskyste », qui laisse peu d'ouverture, et à laquelle une formation Marxiste/Luxemburgiste/Conseilliste/Libertaire serait plus souhaitable. Ensuite, la question de l'internationale, où il serait préférable d’envisager une internationale anticapitaliste, quelque chose de plus large que la IVème international, avec des liens, entre autres, avec l'EZLN, l'IFA et le réseau Anarkismo.

    Il y aurait encore beaucoup à dire, notamment sur les questions liées à la décroissance, qui ne sont vraiment pas abordées dans le texte.

    Néanmoins, Il est très certainement possible de mener un travail intéressant avec les militants de ce courant, notamment dans les luttes, malgré certaines différences d'approches.

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