• Quelle critique de la mondialisation ?

    La « mondialisation » désigne un processus d’unification des sociétés humaines à l’échelle de la planète. Elle peut s’opérer à plusieurs niveaux : économique, technoscientifique, politique, sociale, culturelle, et à chacun de ces niveau, prendre de formes qualitativement différentes.

    Le « mondialisme » suppose quant à lui un processus de mondialisation achevé. Cette proposition n’est que très peu tenable en ce qui concerne les aspects sociaux, culturels, et politique. Elle est relativement tenable en ce qui concerne les dimensions technoscientifiques et économiques. Cependant, nous reviendrons dans le propos qui suit sur les limites de ces affirmations.

    En cela, la mondialisation dont on parle actuellement, n’est qu’une des formes possibles de mondialisation. En l’occurrence, il s’agit surtout d’une mondialisation économique, et plus précisément néolibérale. Il est ainsi possible d’envisager une mondialisation économique radicalement différente, plus coopérative et égalitaire (sociale, socialiste, collectiviste, communiste, comme on voudra !). Cette perspective est notamment portée en grande partie par le mouvement Altermondialiste.

    On parle également (surtout l’extrême droite) de mondialisation culturelle. Certes, l’hégémonie d’une certaine culture Américaine, et plus largement d’un modèle occidental fonctionnaliste, est indéniable. Cependant, on remarque également que contrairement à ce que prétend l’extrême droite, elles n’ont pas intégralement détruit les cultures locales. Elles se sont composées avec les cultures locales, qui, elles ont été intégrées à la fois à une sorte de patrimoine mondiale, mais aussi à la société marchande. Les spécialités culinaires Françaises, ou les costumes traditionnels de Bretagne, d’Alsace ou du Tyrol, constituent de bons exemples. Ce sont à la fois des aspects culturels auxquels la majeure partie des gens tiennent, mais aussi des plu valu symboliques favorables à l’activité touristique (La critique doit alors être déplacée de la dimension culturelle de la mondialisation vers sa dimension marchande). Le fonctionnalisme, quant à lui, ne peut devenir une culture, au sens profond du terme. On le constate d’une part parce qu’il ne peut se passer d’un imaginaire qui l’accompagne et le dépasse (l’utilitarisme, le purisme, la simplicité, le désenchantement), et parce qu’il produit si peu de sens que l’Homme, les sociétés, ont besoin de développer, et développent autre chose, du sens, du rêve, du mythe, de l’enchantement, sans quoi elles s’effondreraient très rapidement. Ainsi, la mondialisation culturelle n’aboutit pas nécessairement à la réduction de la diversité à l’uniformité, mais au contraire, peut tendre vers l’ouverture à la multiplicité. Dans ce sens, les penseurs d’une autre mondialisation ne parlent pas d’ « Altermondialisme », mais d’ « AltermondialismeS ».

    Ensuite, en ce qui concerne la Mondialisation technologique, il existe deux grandes tendances. La première consiste dans l’importation tel quel des technologies produites au sein des pays développés. Elle est dominante au sein des biens de distraction et de communication, et de leurs infrastructures. Par contre cette tendance est en déclin, et tend à être supplantée par celle des technologies adaptées, en particulier en ce qui concerne les secteurs de l’énergie. Encore ici, on retrouve cette logique d’ouverture à la diversité. En outre, il est difficilement tenable de faire une critique de la technique sur le seul fait qu’elle serait mondialisée. D’une part, parce que la diffusion des savoirs et des techniques à l’échelle mondiale est un phénomène qui existe depuis plusieurs siècles et même millénaires. D’autre part parce que, du point de vue des limites écologiques de nos modes de production, lutter la lutte contre la mondialisation ne peut être une perspective tenable que si l’on s’inscrit dans la perspective de la préservation d’un haut niveau de développement territorialisé, au détriment des autres territoires et des gens qui y vivent ; ce qui suppose, pour maintenir ce haut niveau de développement, d’avoir la mainmise sur les ressources des autres territoires et par conséquent de s’inscrire dans une perspective impérialiste.

    Enfin, la mondialisation politique, quant à elle, suppose qu’il existe des problématiques qui concernent l’ensemble des sociétés existantes sur la planète, des phénomènes localisés qui ont un impact sur l’ensemble des sociétés humaines, et que ces sociétés doivent se concerter et prendre des décisions en commun pour se préserver mutuellement des dangers qui les menacent toutes. La mondialisation politique peut recouvrir des formes très différentes : dictature totalitaire, parlementarisme républicain, démocratie directe et fédéralisme collectiviste libertaire. Les plus hostiles à la mondialisation politique sont les souverainistes (droite et extrême droite). Ils y perçoivent, d’une manière très orgueilleuse et très amnésique sur leur propre colonialisme, une forme d’écrasement et d’asservissement à une superpuissance civilisationnelle. Ils n’y sont hostiles que parce qu’ils ne sont pas cette superpuissance colonisatrice. On remarque généralement que les leaders des mouvements souverainistes sont des élites économiques, politiques, intellectuelles, en voie de déclassement. Ce type d’opposition à la mondialisation, régionaliste ou nationaliste, est en outre dangereux, dans la mesure où il s’inscrit dans une perspective isolationniste induisant une identité forte se positionnant en rupture avec le reste du monde. Il s’ensuit une perception des autres comme des menaces, des ennemis à combattre, ainsi qu’une volonté d’uniformité à l’intérieur du territoire pour se préserver, se rassurer, se protéger, et une volonté conséquente d’uniformisation du monde pour garantir la possibilité du vivre ensemble. Cette critique de la mondialisation politique est de plus fallacieuse, puisque les groupes sociaux qui le portent (les élites politiques, économiques et intellectuelles) nient et font tout pour détourner l’attention des différences internes aux territoires dans lesquels ils exercent ou souhaitent exercer le pouvoir. C’est notamment le cas des inégalités sociales et économiques. Ces élites reproduisent ainsi, au sein des territoires qu’elles gouvernent ou veulent gouverner, les mêmes types d’inégalités que celles qui existent entre le territoire empire et les territoires asservis. A l’inverse, la critique de la mondialisation formulée par les mouvements anticapitalistes, démocratiques et libertaires, prennent pour point de départ que le lien entre les différents territoires, la libre circulation et installation de tous en leur sein, quelques soit ses origines, favorise la reconnaissance réciproque, l’acceptation et le respect des différences. Il s’agit alors d’opposer à une technocratie mondiale au service des élites économiques, menant une politique d’oppression des populations au profit des plus riches, une cosmopolitique mondiale se construisant sur la base d’un fédéralisme par en bas, par les gens, articulée autour des besoins fondamentaux et réciproques des populations du monde.

    CONCLUSION

    Il est ainsi assez clair que la Mondialisation ou le Mondialisme sont des termes permettant de parler de manière déguisée du néolibéralisme, voire simplement de libéralisme économique ou de capitalisme. Cette expression est ainsi employée par les classes dominantes afin de ne pas soumettre à la critique ces modèles économiques en soi, mais seulement lorsqu’elles ne sont pas les maîtres du jeu.

    Il s’agit, notamment pour l’extrême droite, d’une manière de déplacer la problématique du champ socioéconomique vers une dimension territoriale, voire ethnique et culturelle, et par conséquent d’effacer de l’imaginaire collectif la perspective de conflit de classe internationale, au profit d’une logique de conflits entre les puissances impérialiste concurrentes.

    Cependant, ce que subissent les élites économiques nationales en voie de déclassement sur le plan national peut être considéré comme l’équivalent de l’oppression qu’elles font subir aux gens sur le plan national. Le capitalisme et le libéralisme économique sont nécessairement expansifs. Par conséquent, du fait qu’ils s’inscrivent dans une logique de concurrence où il existe nécessairement des gagnants et des perdants, ils sont générateurs d’inégalités et d’oppression. C’est dont le capitalisme et le libéralisme économique qu’il faut combattre, peu importe l’échelon territorial sur lequel ils s’exercent.
    Du fait que le capitalisme provoque des conséquences désastreuses au niveau mondial, il ne peut être combattu sur un plan seulement local. La dé-mondialisation ne peut ainsi constituer un moyen de sortie du capitalisme. Si la relocalisation de la production fait partie des enjeux écologiques majeurs, la majorité des territoires sont actuellement loin d’être en capacités d’être auto-suffisants pour assurer les besoins, mêmes minimums de leurs populations. Il est donc nécessaire que la relocalisation de la production soit accompagnée d’un modèle d’échanges coopératifs de ressources, de savoirs, de productions. Par conséquent, pour qu’aucune population locale ne soit laissée pour compte, la relocalisation doit s’effectuer sur des échelles territoriales pertinentes, qui peuvent aller des villes jusqu’au niveau intercontinental. Toujours sur un plan écologique, les problématiques du réchauffement climatique, des émissions de carbone, de raréfaction des métaux, de disparition de pans entiers de la biodiversité, ou encore les menaces produites par le nucléaire (risques d’explosion comme a Fukushima, traitement des déchets radioactifs), impliquent une politique coopérative au niveau mondiale. Enfin, le cosmopolitisme est une des conditions de l’acceptation des différences et de la possibilité du vivre ensemble, face à la menace de l’isolationnisme expansif et impérialiste.

    Ainsi, il ne s’agit pas de rejeter bêtement la perspective de mondialisation, mais de lutter contre ce qu’elle est actuellement, c’est-à-dire capitaliste, marchande, technocratique, autoritaire, fonctionnaliste, impérialiste, atomisante et destructrice. Il s’agit donc de lutter pour un autre processus de mondialisation, un processus coopératif, communicant, solidaire, égalitaire, démocratique, écologique, autogestionnaire et libertaire, un processus se dirigeant vers une Altermondialité sociale, écologique, cosmopolitique et transculturelle.

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