• Réponses contre l'extrême droite

    Quelles réponses apporter à l'extrême droite ?

    1 L’extrême droite ne peut être combattue à partir d’une posture « anti »

    L’extrême droite ne pourra être combattue à partir d’une simple posture négative, de refus, une posture « anti- ». Si le préfixe « anti- », au-delà de toute absence de perspective et d’une incapacité à nommer et à affirmer ce que l’on souhaite, peut désigner la limite d’un espace de tolérance, au sein duquel se trouve une positivité, un « pro- », il n’en reste pas mois qu’il nous faudra définir ce « pro- », ce commun qui nous oppose radicalement, même de manière très floue, au fascisme.

    Cette critique ne pourra être menée, devenir véritablement consistante et effective, qu’à partir du moment où elle s’interrogera sur le fondement de ce qui constitue les postures d’extrême droite et sur la manière dont ces postures s’articulent avec la dynamique sociale des sociétés capitalistes. Elle devra distinguer (1) ce qui relève de la dimension économique, ce qui fonde la différence gauche/droite, (2) ce qui relève du phénomène autoritaire, (3) ce qui relève des phénomènes de conservatisme culturel, d’ethnocentrisme et de xénophobie, (4) ce qui relève, enfin, de la structure des valeurs dominantes, dont le fascisme se fait souvent le défenseur.

    Définir l’objet de la critique que l’on doit adresser à l’extrême droite constitue un véritable enjeu. Il pourrait en effet très bien devenir la source de possibles dissensions au sein d’une lutte qui place parfois côte à côte des libéraux humanistes, des sociaux libéraux, des communistes autoritaires et des anarchistes libertaires. La réponse ne sera pas nécessairement à trouver en première instance sur le plan d’une vérité philosophique. Elle se construira certainement davantage à partir d’une réflexion sociohistorique et anthropologique sur les processus constituants de la civilisation occidentale, sur les dynamiques sociales de ses modèles culturels et économiques, et sur l’articulation entre le capital et les phénomènes d’autorité.

    2 De la critique de la réification à l’avènement de la reconnaissance

    La théorie de la « réification », qui a été précédemment évoquée, semble constituer une des pistes permettant de saisir ce que pourrait être un des points de jonction possibles entre l’accumulation du capital et le phénomène autoritaire. Réduire le monde à une quantité de choses qui nous sont étrangères, ne pas les comprendre, les craindre, et vouloir en devenir maître constitue un trait symptomatique de la culture occidentale, que l’on retrouve autant dans le fascisme que dans le stalinisme ou la logique capitaliste. La négation de l’être en tant qu’être et sa réduction à l’état de chose qu’il faudrait dominer ou détruire constituent aussi, au fond, une posture produisant un sentiment d’indignation. Ce sentiment semble ainsi être la principale raison qui pousse de nombreuses personnes à se mobiliser contre l’extrême droite, mais aussi contre le capitalisme ou encore jadis contre le stalinisme. Comme nous l’avons affirmé précédemment, cette lutte ne pourra aboutir que par l’affirmation d’une posture positive à partir de laquelle cette réalité pourrait être combattue et non simplement dénoncée ou repoussée. Si le refus de la négation de l’être en tant qu’être constitue véritablement ce que nous combattons et qui nous pousse à nous rencontrer, l’idée de « reconnaissance » de l’être en tant qu’être constituerait ainsi le point de départ d’une posture positive en mesure de s’opposer au cynisme et à la barbarie de nos sociétés. La politique et les actions de l’Homme ne seraient alors plus jugées à partir du seul critère de l’efficacité technique, mais en prenant en compte ce que ces actions implique pour l’existence de l’autre. Cette reconnaissance ne devra pas exister seulement au plan juridico-légal, mais devra se développer au cœur même des rapports sociaux. Si ce phénomène se développe à l’avenir, alors nous pourrions dire que nous aurons véritablement triomphé de l’extrême droite.

    3 L’héritage progressiste comme point de départ de la critique

    L’idée de Progrès Social (de Modernité Sociale) semble constituer un des points de départs à partir de laquelle il serait possible de développer une critique efficace de l’extrême droite. Tandis que l’art et les technologies se sont développés au-delà de l’imagination, l’organisation sociale et politique de la société n’a que très peu évoluée. La république a échoué dans son objectif minimal, qui est d’assurer le bien être et la liberté de tous. La cause de cet échec n’est pourtant pas l’irréalisabilité de ce projet. Ce projet est réalisable pour peu que la volonté y soit. Mais elle n’y est pas. Elle n’y est pas du fait de l’organisation volontaire, de la part des élites politiques et économiques, de la mobilisation des volontés à s’inscrire dans d’autres objectifs, notamment la protection individualiste et la poursuite égoïste de l’enrichissement particulier dans le cadre de la concurrence économique. Pour autant, le souci de l’humain, de l’Homme, de la diversité des hommes et de leur bien être, est et reste ce qui fait le lien, sur le plan idéologique, de la morale, des valeurs, entre la gauche libertaire, la sociale démocratie et l’humanisme libéral. Elle est ce qui provoque l’indignation et le refus radical de l’extrême droite et permet la mobilisation des adversaires contre une alternative dont on sait pertinemment qu’elle n’est qu’imposture, et n’apportera que désastre et catastrophe.

    4 D’une critique morale à critique matérialiste du progrès social

    Il est néanmoins irréaliste de penser que l’on puisse en rester là. La montée de l’extrême droite s’inscrit dans un contexte de crise non seulement morale et symbolique, mais également matériel et social. La critique de l’extrême droite, du point de vue du progressisme, ne peut donc être conduite en se limitant au plan de la morale. Si elle devait se limiter à la condamnation morale, elle demeurerait inefficace, dans la mesure où la montée en puissance actuelle de l’extrême droite correspond, dans un contexte économique, social et historique précis, à celui du capitalisme néolibéral en crise, à une réaction de repli souverainiste et de rejet de ce système d’interdépendance économique qui impose la récession à ceux qui y participent. Cette réaction se traduit, à droite, par une volonté de rejet idéologique et pratique de la modernité sociale, jugée comme inefficace et contre-productive, et condamnée comme source de tous les maux. La critique matérialiste de gauche, quant à elle, distingue l’appropriation par les groupes dominants des valeurs progressistes de la pratique effective de ces groupes. Les valeurs progressistes, dans le discours des groupes dominants, répondent à une fonction de légitimation. Elles servent de justification, ou de couverture de bonne conscience à une domination de classe. Ils prétendent agir au nom du progrès social, mais leur action démontre leur intérêt de classe. Lutter contre l’accession de l’extrême droite implique donc de lutter contre l’appropriation des valeurs progressistes par les groupes dominants. Il s’agira de démontrer l’inefficacité de ces groupes à conduire un projet de progrès social.

    Si, pour la Gauche, les valeurs humanistes se traduisent en conditions réelles d’existence, la lutte antifasciste doit par conséquent être menée en parallèle d’une lutte du côté des gens, pour l’amélioration de leurs conditions d’existence, sur le plan matériel et social, sans laquelle elle n’a pas de sens. La riposte contre l’extrême droite va de paire avec une critique du néolibéralisme, et même du capitalisme tout court, une critique qui mette face à face les dangers réels qui nous menacent sur le plan matériel et le potentiel scientifique et social dont nous disposons pour les résoudre et produire une existence plus douce et sereine, plus adaptée à nous besoins et a ceux de la Nature.

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