• Retour sur les Européennes de Juin 2009

    Peut-on réellement d’une élection démocratique ?

    1 le taux d’abstention

    Un taux d’abstention de près de 60 %, voilà qui devrait remettre fondamentalement en cause la validité de ces élections, cependant il n’en est rien, et tout se passe comme si la démocratie avait encore une fois triomphé. Un tel désintéressement politique devrait cependant nous questionner. C’est en effet le résultat le plus intéressant de ces élections. Devant le peu d’attention porté à ce résultat, voire l’hypocrite effarement et la crainte simulée de certains de ces chers politiciens, auquel ils répondent en s’interrogeant sur la manière dont ils vont pouvoir nous endoctriner, dont ils vont pouvoir, une fois de plus, nous berner, nous pouvons voir dans cette abstention massive un symptôme. Celui d’une perte de crédibilité croissante du système politique, d’une obsolescence avancée de celui-ci.

    Cette abstention est le symbole du ridicule de la démocratie aujourd’hui, du ridicule de l’Europe, du ridicule de la politique classique, et de son spectacle médiatique, du ridicule de ses candidats. Il est ainsi bien évident que si elle était prise au sérieux, la démocratie aurait « fonctionné », on se serait déplacé aux bureaux de vote. Encore faudrait il qu’elle soit. Cette abstention massive est le reflet de la blague politique et démocratique, elle est un rejet de la représentativité dans son ensemble : elle dit que : « Rien dans la distribution des identités politiques connues n’est à même de répondre à l’urgence de la situation »

    On sait depuis longtemps que l’implication politique est directement liée au niveau intellectuel et culturel, et par conséquent, dans de nombreux cas, au niveau de salaire : ainsi, on peut considérer que tous les plus riches de France et d’Europe ont voté, et que les plus pauvres ont été tenus éloignés des urnes, ce qui remet fortement en cause le score de la droite.

    La droite, représentant officiel des riches, y trouve bien son compte et par là une nouvelle occasion de renforcer sa domination : d’une part, il est évident que cette dépolitisation engendrée par l’organisation de l’existence, du travail et de la société marchande lui garantit la main mise sur le capital (sous toutes ses formes), et assure ainsi la pérennité de sa domination sociale. Les plus riches développent une véritable conscience de classe, et sont ainsi fortement mobilisés politiquement, tandis que les plus pauvres sont mis à la marge du savoir et du pouvoir, et relégués aux simples fonctions sociales de travailleur servile et de consommateur docile.

    D’autre part, cette abstention, qui l’arrange bien, constitue une nouvelle opportunité de renforcer le contrôle social, et la mise en avant de l’idéologie dominante. « Si les gens ne votent pas, c’est parce qu’ils ne sont pas assez intégrés, et donc, il faut favoriser l’intégration et promouvoir les valeurs de la République ». Implicitement cela signifie : « ils échappent de plus en plus à notre contrôle et finiront par devenir dangereux pour nous, il est ainsi nécessaire de leur mettre davantage dans le crâne notre idéologie, afin qu’ils ne se révoltent jamais, qu’ils culpabilisent de ne pas avoir réussi dans une société qui (ne) garantit (absolument pas) l’égalité des chances. »

    Mais ce fort taux d’abstention tient également au déroulement de la campagne : Affiches et programmes qui arrivent à la dernière minute, pas le temps de réfléchir, d’en discuter, de se faire un avis. Quelle différence entre NPA et Front de Gauche, entre les deux listes écologistes, entre Lepen, Devilliers et Dupont Aignan. Beaucoup de votes au pif, de décisions prises au hasard dans l’isoloir. Voila qui remet sévèrement en cause le sérieux des votes, et la crédibilité de cette représentativité.

    2 Cette élection constitue bien plus la victoire des machines a fric.

    Il n’y a pour cela qu’à regarder l’ordre du classement :

    La droite « libérale » se retrouve bien évidemment majoritaire, puis vient la gauche molle, les écologistes, les nationalistes conservateurs, puis la gauche radicale. Cette élection reflète davantage la taille du porte monnaie des différents partis que l’expression d’une position et d’une réflexion construite de manière personnelle et autonome. Cette élection n’est que le reflet de la puissance numérique et financière des grosses machineries politiques, relative à leur capacité de mobilisation partisane et d’endoctrinement.

    Les « partis populaires », dont l’UMP, jubilent et déduisent des conclusions complètement hypocrites de leur victoire. Ils font comme si l’ensemble de la population avait participé à l’élection et en déduisent une adhésion forte à leur orientation politique. Derrière leur ironie mensongère se dissimule, comme précisé précédemment, un message qu’ils n’ignorent pas : la perte de crédit de la démocratie représentative libérale bourgeoise. Mais l’ironie est le fort de ces partis de droite. Leur appellation est en elle-même une véritable moquerie : « partis populaires » : comme si ces partis favorisant ouvertement les riches représentaient avec leurs 20% de 40% le « peuple ». Bref ils construisent leur Europe Capitaliste avec une infime minorité de la population, celle qui la dirige effectivement. Il n’est point question de confiance dans une politique efficace à pallier la crise, simplement d’une classe continuellement consciente de ses intérêts et mobilisée pour les garantir, disposant de tous les outils financiers, de communication, de coercition et de manipulation pour garantir sa victoire.

    Le PS ne cesse de produire des analyses bidons de sa défaite, mais ne s’interroge pas sur les points essentiels : le tournant social libéral, une opposition peu flagrante aux réformes en cours, voir un soutien à la politique de la droite, le passage de nombreux cadres à l’UMP, au gouvernement Sarkozy, et de l’autre coté, un opportunisme politique avéré que ce soit en ce qui concerne son durcissement à gauche auquel personne ne croit plus désormais, ou son activité de terrain qui se limite à une présence massive à banderole déployée dans les cortèges des manifestations, bien qu’ils soient totalement absents des mouvement sociaux, sont autant de symptômes de sa déconfiture, de son manque de crédibilité.

    Les écologistes, avec à leur tête Danny le Rouge, l’ex-leader 68ard opportuniste, adepte du libéralisme existentiel et du libertarisme réformiste, qui depuis des années a retourné sa veste et s’est mis au vert, qui a déclaré que l’écologie avait fait beaucoup plus de progrès sous le gouvernement sarkozy que sous n’importe quel gouvernement de gauche. Requérant une adhésion toujours assez faible au niveau national, il semble que les partis écologistes recueillent un nombre de voies plus importantes au niveau transnational. En effet, le cadre de l’Europe semble plus adapté à une mise en œuvre de mesures écologiques, qui ne peuvent se faire réellement qu’à échelles globales. Les écologistes cherchent ainsi à récupérer une partie de l’électorat PS, les bobos radicalo-sceptiques conscients qu’il est nécessaire de changer l’orientation de cette société, mais désirant un changement pacifique et concerté entre les classes sociales antagonistes.

    Le Front de Gauche, c'est-à-dire le PCF et le Parti de Gauche. Une campagne importante et bien menée en terme de visibilité, de nombreuses affiches et flyers collés quelques mois avant les européennes, voilà de quoi incruster le Front de Gauche dans les esprits. Outre les fidèles du PCF qui constituent un électorat à peu près stable, le Front de Gauche bénéficie dans son résultat de l’apport du PG, parti de racollage actifs des déçus du PS. Dans un contexte d’élargissement constant des inégalités sociales, où la partie faible de ce que l’on appelle « la classe moyenne » ne cesse de constater son déclassement, sans pour autant prendre la mesure de la situation, le PG maintient l’illusion d’un changement pacifique par la réforme, et attire les déçus du PS, naïfs adeptes de l’assistanat politique, jugeant le NPA trop radical, et incompétent à gouverner. Le PG joue ainsi sur l’immaturité politique de la population (immaturité construite par l’organisation quotidienne de l’existence et de la société marchande) pour creuser son espace politique propre, apportant une touche de modernisme à un PCF devenu ringard aujourd’hui. Le Front de Gauche ne se démarque ainsi pas du dirigisme républicain caractéristique de la longue tradition des partis socialistes bureaucratiques et autoritaires.

    Du stalinisme au citoyennisme, il n’y a qu’un pas. Le PCF n’a jamais cessé d’être un parti de cadres bureaucrates visant à devenir le monarque à la place du monarque. Malgré son tournant opportuniste face au déclin du bloc de l’est, il continue sa déconfiture, et ne cesse de plonger, malgré un racolage actif de la jeunesse par des militants entristes à l’UNEF, pseudo progressistes, magouilleurs, hypocrites, aux forts relents conservateurs, mais heureusement pas très intelligents.

    Le Parti de Gauche de Mélenchon ? Que dire d’un parti fondé en un mois, et composé exclusivement de bureaucrates et d’apprentis bureaucrates issues de classes moyennes et supérieures, hypocritement philanthropes. Fondé à la va vite par ses cadres, ce parti laisse présager immédiatement ses bases technocratiques et autoritaires. Tout vient du haut, la base exécute, point. Heureusement, les militants de base ne sont pas non plus très intelligents.
    Il s’agit la de bases extrêmement malsaines pour un projet qui se veut socialiste et démocratique. On comprend à travers cet élitisme para-gestionnaire de l’ordre établi pourquoi le NPA refusa toute alliance avec genre d’énergumènes.

    Le NPA, très présent sur le terrain et à la TV, est certainement encore un parti trop jeune pour prétendre à mieux. Trop imprégné des réflexes de la LCR, le NPA éprouve des difficultés à s’émanciper du trotskisme pur, de la politique classique, et du spectacle médiatique. Piégé entre le radicalisme souhaité surtout à sa base et son intégration à l’arène de la démocratie institutionnelle, le NPA se retrouve souvent dans une situation délicate. Il gagne la crédibilité des uns en perdant celle des autres. Cette difficulté de choix, cette hésitation entre le radicalisme et la démagogie populiste constitue la base instable sur laquelle s’est lancée un NPA qui gagne progressivement en nombre, mais qui risque au tournant la crise interne : de scissionner ou de se dissoudre dans des forces politiques limitrophes, à sa gauche comme à sa droite. Ayant quelque peu mûri en ce qui concerne les questions environnementales et le contrôle social, le NPA reste malgré tout parfois 60 ans à la traîne sur la critique radicale du capitalisme, se limitant trop souvent à ses seuls aspects socioéconomiques. Le NPA ne parvient toujours pas a se sortir du Mythe du Sauveur issu de la métaphysique judéo-chrétienne, aussi parient ils beaucoup trop sur Jésus Besancenot pour apporter la bonne parole partout ou il passe, que ce soit à la sortie de l’usine Renault ou chez Drucker. Le problème de la stratégie électorale est alors le suivant : très présent sur le terrain, travail dont on ne peut que les féliciter, les militants de base sont inconnus hors de leur ville. Or la reconnaissance faciale est un aspect important en matière de crédit de confiance. Le problème qui s’est alors posé est que l’on ne connaît quasiment pas les têtes de listes NPA, ce qui amoindrit potentiellement leur score électoral. Dommage, en effet, si le NPA disposait de plus de puissance, il serait à même, à défaut de réformer l’Europe, de saboter le parlement, de bloquer un maximum les avancées du libéralisme économique et du conservatisme sécuritaire.

    Le FN, pour finir, conserve une certaine stabilité électorale, voire monte quelque peu en puissance du fait du contexte de crise et des relents nationalistes qui se manifestent face à la concurrence internationale accrue. Récemment plus visibles, les fascistes repointent le bout de leur nez, collent en ville et en campagne, tabassent étrangers et gauchistes. Une ligne politique qui ne mise surtout pas sur l’intelligence, mais au contraire instrumentalise l’inculture. Tentant de réanimer la flamme de l’identité nationale dans une société sans cohérence, où il y a clairement plus de différence en terme de mode de vie entre le pauvre et le riche qu’entre le français et le maghrébin, le FN parie sur l’affectif, la colère, se donne une image de protestataire, et opère un transfert de l’affect brut, en rationalisant celui-ci dans le sens de son idéologie. Il tente de faire revivre un mythe balayé par plus d’un siècle d’avancées scientifiques et philosophiques, et s’appuie logiquement sur les différences sociales construites par l’organisation de la société en classes, dans laquelle la classe dominante s’octroie le monopole de la connaissance et de la production intellectuelle au détriment des plus pauvres. Il est évident, comme le soulignent leurs théoriciens de référence (par exemple Carl Schmitt), que la construction et la désignation de l’Ennemi constitue le monopole de l’Etat, qui en contexte de crise, se reporte sur des minorités, boucs émissaires désignés pour canaliser la haine, la détourner des responsables politiques et la transférer sur ces premier afin de garantir la cohésion nationale, mais pas de résoudre la crise. L’extrême droite joue sur l’isolement, l’affaiblissement individuel, la peur et le désir de protection, de sécurité pour mettre en place un ordre social qui ne résout ni la peur, ni la misère, ni l’isolement, met tout le monde sous soupçon, et donc ne sécurise pas. Leur force réside bien plus dans un travail de longue haleine de manipulation affective, de pénétrance idéologique des consciences individuelles et d’influence diffuse sur les orientations du système politique, vers plus de morale, de contrôle et de sécurité.

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