• Retour sur les régionales de 2010

    52 % d’abstentions au premier tour ! Voici le résultat principal de ces élections. Un taux d’abstention record, historique ! De ce fait, le débat politique a pour l’essentiel tourné autour de l’interprétation de ce chiffre. Comme à chaque fois, ont fusé les interprétations politiciennes classiques autour du vote protestataire, de la crise de confiance envers le corps politique dans son ensemble, de son incapacité à faire face à une situation, un contexte global face auquel il n’a aucune prise. Nous décernons sans conteste la palme d’or à Georges Frêche, avoir observé une minute de silence pour les partis politiques tels que nous les connaissons au XXème siècle, et pour sa déclaration : « Les partis politiques sont devenus comme des étoiles. Ce sont des étoiles mortes. Ils continuent de briller, mais ils se sont éteints depuis longtemps ». Jean-Luc Mélenchon prend quant à lui la seconde place du podium en qualifiant ce résultat de « score insurrectionnel » ! Sans doute Jean-Luc n’est il pas resté sourd aux nombreux débats suscités par l’entrée de « l’insurrection qui vient » dans le top10 des ventes en 2009 !

    Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas les discours populistes de Rama Yade, qui relèvent soit de la naïveté profonde, soit de la plus manipulatrice des mauvaises fois politiques, pas plus que les critiques amères de Xavier Bertrand adressées à la gauche, qui soient en mesure de faire face à « la crise ». Non, on ne nous fera pas croire que la droite puisse un jour être philanthrope. Les rappels à l’ordre de Fion sont assez claires : il ne s’agit pas de prendre l’échelon régional comme contre-pouvoir face à la politique de l’Etat ou face à la mondialisation, mais de faire comprendre aux Français la nécessité de modernisation du fonctionnement administratif des régions. En l’occurrence, modernisation n’est qu’un artifice vide de sens pour parler d’atomisation et d’entrée dans le marché de la concurrence mondiale. Mais peut-être ne voulons nous pas entrer dans une situation de concurrence mondiale, peut être voulons nous tout simplement en finir avec cette logique de concurrence capitaliste. Dans sa défaite et face au constat de son impuissance, la droite essaie de semer le zèle au sein des partis à gauche qui affichent déjà une volonté de conciliation, d’opposer les Verts et le PS, de les opposer avec le Front de Gauche. Cependant, nulle n’est plus dupe, l’écologie n’est pas « ni de droite ni de gauche », il y a bien une écologie sociale et une écologie du capital. Le projet sur la taxe carbone est assez clair à ce propos : faussement écologique, et faussement social. Certes, la droite à fait passer les lois Grenelle, mais il faut voir la tronche de ces lois grenelles ! Leur seule fonction est de trouver un mode durable de prolongement de ce désastre qu’est la civilisation occidentale capitaliste. En l’occurrence, la droite s’en vante alors qu’elle n’a fait preuve que d’opportunisme. Elle a simplement surfé sur une mode en cours. Il y a fort à parier qu’un gouvernement de gauche aurait fait de même, sinon mieux. Bref, les critiques à propos des divergences programmatiques entre Verts, Front de Gauche et PS sont assez risibles, comme si la droite, qui est et restera le parti des riches, était en mesure de remédier à une situation dont elle est responsable et profite grassement. Pour autant, il ne faut pas attendre grand-chose de cette « union providentielle » de la gauche plurielle. Il s’agit d’une alliance qui, si elle a pour objectif de se poser en bouclier face à la politique de droite, ne sera pas plus en mesure d’ouvrir des perspectives de « sortie de crise ». Tout au plus, il s’agira de prendre le pouvoir national d’ici deux ans pour gérer moins brutalement ce désastre, quand bien même se dégagerait une majorité de gauche au niveau continental et intercontinental.

    La prétendue « remontée du FN », voici le second fait marquant de cette élection. Malgré un score relativement élevé dans les pourcentages, on sait très bien que le FN polarise généralement, plus que les autres partis, les votes protestataires. Mais au regard des résultats rapportés en nombre effectif, on s’aperçoit qu’il ne s’agit que de l’électorat souche du FN depuis bien des années et rien de plus. Mais peut-être faut-il encore une fois insister sur la profonde bêtise de ses perspectives affirmatives. Face au développement du capitalisme monopolistique à l’échelle mondiale, le FN ne sait que proposer la fermeture des frontières et préférence nationale. C’est sûr, il est préférable que ce soit un Français plutôt qu’un arabe qui ramasse les poubelle, balaie les parking, nettoie les chiottes pour un salaire de misère. La préférence nationale ne concerne en effet généralement que des emplois dont personne ne voudrait, sans même se poser la question de savoir si ces emplois devraient exister. Le problème, ce n’est pas non plus « l’islamisation », ou quoi que ce soit d’autre. Le problème réel n’est pas le port du voile ou de la burqa. La soutane et le chapelet ne nous sauveront pas non plus de la concurrence internationale et de l’atomisation, ni même du réchauffement climatique. Le problème réel du FN c’est la perte de pouvoir d’une vieille bourgeoisie nationale déclassée par la concentration du capital dans des grandes unités de production transnationales, qui cherche désespérément à restaurer sa souveraineté perdue depuis déjà longtemps. Mais que le capital soit concentré par des raclures internationales ou des raclures françaises nous importe peu. A partir de là, la seule critique intéressante posée par le FN, portant sur la technobureaucratie Française, tombe à l’eau lorsque l’on sait que l’ensemble des mouvements conservateurs et néo-conservateurs se sont justement appuyés sur cette technobureaucratie pour installer et consolider leur pouvoir. Bref ne reste que l’insécurité qui n’est pas un problème en soi mais la conséquence du développement du capitalisme, de la lutte pour l’existence de tous contre tous à l’échelle mondiale. La solution n’est pas dans la multiplication de systèmes de contrôle et de surveillance, dans le fait de mettre des flics à chaque coin de rue. La solution aux problèmes de l’insécurité réside dans la sortie de la logique de la mise en concurrence de tous contre tous, de l’économie de marché, du capitalisme.

    Ainsi, il convient certainement de parler du NPA. Son faible score s’explique d’une part par le développement du Front de Gauche qui a bien su investir un espace politique laissé vacant par le PS, (et s’est également adonné à une joute de collage des plus puériles en recouvrant régulièrement les affiches de campagne du NPA par les leurs). La tentative d’ouverture du NPA a échoué, ce qui a en outre permis de se débarrasser des éléments parmi les plus puants, repartis dans les PG, PCF, LO ou encore au PS et chez les Verts. Un peu moins de nombre donc, mais la constitution du Front de Gauche a au moins permis au NPA de clarifier ses positions, encore fort mal connues. D’abord, le projet du NPA n’est pas une nouvelle URSS, quand bien même elle serait « retouchée sur photoshop ». Le NPA n’est pas un parti de cadres gestionnaires, mais un parti visant l’autonomie politique, l’auto-organisation par la base de la société civile et politique. C’est ensuite un parti fondamentalement plus écologique que les Verts, plus socialiste que le PG ou le PCF, et plus démocratique que le reste de la gauche, tant dans son fonctionnement interne que dans ses perspectives politiques. Le NPA souhaite faire tendre l’ensemble de la société vers le démocratisme radical et direct, ce qui signifie la suppression des « élites politiques », des « spécialistes de la gestion territoriale » et leur remplacement par un mode collectif d’organisation démocratique. La pratique de la démocratie directe suppose du temps pour se former et délibérer collectivement, aussi bien, le NPA développe également la question de la diminution et de la répartition équitable du travail, également reliée à la question environnementale. Néanmoins, nous émettrons également quelques critiques à propos du NPA. D’une part, sa posture de parti institutionnel/non-institutionnel est pour le moins gênante et le pousse bien souvent à des prises de position contradictoires : critique d’une démocratie bourgeoise à laquelle il participe et critique moralisatrice des mouvement radicaux qui s’opposent à l’ordre établi. Ensuite, le NPA parle d’intervention dans les luttes, mais ne parvient pas à en appeler à des formes de résistance et de solidarités actives qui s’inscriraient dans le quotidien. Cette marco-politique proposée par le NPA suppose bien d’avantage un changement des structures institutionnelles plutôt qu’un changement au niveau des modes de vie, des rapports sociaux.

    Néanmoins, le problème de l’abstentionnisme reste l’enfermement dans la passivité politique, ce qui est compréhensible dans un contexte de ce que les sociologues nomment « société du risque », c'est-à-dire une situation où chacun, seul et sans protection, est soumis à l’incertitude, à la peur et aux dangers. Cette situation est la conséquence d’un contexte général de lutte pour l’existence de tous contre tous sur le plan de la concurrence économique, dont les conséquences sont le chômage massif, l’exclusion, l’agression, la maladie, et la dégradation de l’environnement, face auquel le politique, l’Etat, demeure nécessairement impuissant, subordonné aux intérêts des industriels. Qui a dit renaissance du prolétariat ? Quoi qu’il en soit, et pour relativiser l’optimisme contenu dans l’appellation de « score insurrectionnel » de Mélenchon, on pourrait parler « d’impasse abstentionniste ». En effet, le refus général de la politique classique s’inscrit dans une situation d’inertie et ne s’accompagne ainsi pas d’une perspective globale de dépassement. Ce mouvement d’abstention, de « grand refus », ne permet pas de dégager un horizon qui se situerait au-delà de lui-même, au delà de la simple révolte, du soulèvement insurrectionnel.

    La grande leçon à tirer de « l’insurrection qui vient » – dont le message a si souvent été mal compris – est bien celle des perspectives de dépassement, de ce qui peut se construire au-delà de l’insurrection. Une insurrection se prépare. Que ses auteurs y participent ou non, cela importe peu. Elle est en germe dans de nombreux foyers, dans les quartiers, les cités, les usines, les bureaux, dans les pensées les plus secrètes et inavouées de nombreuses personnes. Elle sera le fruit de beaucoup plus que quelques radicaux cagoulés. Ainsi la question posée dans ce texte n’est pas de préparer une insurrection, mais bien plutôt de développer des formes de solidarités affectives et matérielles nécessaires pour que de cette insurrection puisse naître des potentialités révolutionnaires. La vie dans une société du risque n’est pas une situation tenable et durable. Cette situation doit cesser, et ce ne sont pas les politiques, que ce soit à l’échelon local, régional, national ou international qui seront en mesure de nous en sortir. La seule manière de s’en sortir est de faire la politique nous même, de redéfinir ce qu’est faire de la politique de fond en comble, de nous organiser collectivement pour vivre et lutter ensemble, redéfinir de nouveaux rapports de confiance et de partage, redéfinir une nouvelle solidarité, une nouvelle manière de vivre.

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