• Violence fasciste et antifasciste

    Contre la volonté de la droite de dissoudre les groupes antifascistes

    Suite la mort de Clément Méric et à la volonté du gouvernement de dissoudre les organisations d’extrême droite potentiellement violentes, le front de la droite et de l’extrême droite, avec Copé en chef de file, et soutenu par le Bloc Identitaire, a revendiqué la dissolution des groupes et formation politiques d’extrême gauche. Il nous semble nécessaire de répondre à ce discours sur plusieurs points : le problème du qualificatif « extrême », l’argument Républicain, la question de la violence.

    Tout d’abord, le qualificatif « extrême » pour parler de la gauche est largement exagéré. Ceux que le pouvoir qualifie d’extrême, à gauche, sont des militants progressistes, défendant l’extension des libertés et la pacification de l’existence sur la base du développement de l’égalité sociale et de la préservation de la Nature. Ces mouvements n’ont rien à voir avec l’ « extrême droite », les mouvements conservateurs, réactionnaires, qui revendiquent exactement l’inverse, à savoir, la restriction des libertés individuelles, l’inégalité, la hiérarchie sociale, l’effort et la dureté de l’existence, la persécution des plus faibles, et vont dans le sens d’une destruction de la nature. La finalité étant différente, l’amalgame ne peut être possible.

    L’ « extrémisme » est un dispositif langagier utilisé par les défenseurs de l’ordre établi pour combattre les tentatives de subversion, quelque soient leur nature. Il s’agit ainsi de préserver le statu quo libéral, et de stigmatiser ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis, de manière à faire naitre chez la population la peur des forces subversives pour ainsi la maintenir à distance des contestataires.

    La République, ou le camp de la République, participe des concepts à travers lesquels l’ordre établi s’auto-désigne et met à distance ses ennemis. Il y aurait, dans cette métaphysique, l’Etat de droit, ses lois protectrices, ses bons citoyens, et contre lui un ensemble de brutes sanguinaires, autoritaires et violentes, qui useraient de l’idéologique comme prétexte pour assouvir leur soif de domination. Cette conception de la réalité politique est bien évidemment fausse, et notamment à trois niveaux.

    Tout d’abord, la République, l’Etat de droit, n’est pas un modèle d’Humanisme. Il n’y a qu’à penser à son passé colonial, son néocolonialisme actuel, sa chasse aux Roms, ses centres de rétention, sa tendance à protéger des élites économiques contre les salariés, à développer des modèles énergétiques mortifères, à détruire les dispositifs de protection sociale, le système de santé.

    Ensuite, l’Extrême droite agit ou peut agir au nom d’une certaine conception de la République. Alain Soral la désignait lui-même comme une très belle chose qu’il faudrait préserver, et que les gouvernements actuels sont entrain de laisser dépérir. Le Front National revendique quant à lui la paternité de la revendication d’une VIème République. 3ème Voie distribuait un journal nommé « Salut Publique », faisant explicitement référence à la Commune de Paris (plutôt pour son coté patriotique que pour sa dimension progressiste), également traversée par une certaine conception de la République. L’extrême droite est Républicaine, mais souhaite une République fascisante et non une République libérale.

    Enfin, les forces progressistes peuvent ou non agir en fonction d’une conception de la République. Pour le Front de Gauche, il s’agit de faire appel à la métaphysique révolutionnaire à travers le prisme de la révolution Bourgeoise de 1789, ou encore de la IVème république. LO se revendique d’une conception émancipatrice de la République Socialiste Soviétique, issue de la révolution Bolchévique d’Octobre 1917, et non achevée du fait de la prise de pouvoir de Staline et de la Bureaucratie en Russie à partir de 1924. Le NPA, ainsi que certains libertaires, anarchistes ou autonomes, peuvent quant à eux se revendiquer d’une conception de la République issue d’une interprétation sociale et progressiste de la Commune de Paris. Il est également possible d’opposer la République et l’Etat de droit, non à la dictature autoritaire, mais à la démocratie communiste libertaire, c’est-à-dire directe et auto-instituante.

    Comme l’e schématisait Michel Foucault à propos de la justice, la République peut aussi bien être la revendication des opprimés que la légitimation des oppresseurs. Malgré tout, cette dialectique opprimés/oppresseurs n’est pas adaptée pour parler de l’extrême droite, dans la mesure où il s’agit de mouvements dont la finalité est l’oppression de tout ce qui s’écarte des bonnes vieilles traditions de la civilisation chrétienne et bourgeoise, tandis que pour la gauche, il s’agit de s’en émanciper et de protéger les populations qui s’en écartent, de leur permettre de vivre heureuses dans la différence.

    Il en découle que la problématique de la violence ne peut être traitée de la même manière si l’on parle des progressistes ou des réactionnaires, et par extension, des antifascistes ou des fascistes. Les fascistes s’en prennent aux homosexuels, aux transsexuels, aux noirs, aux arabes, aux juifs, aux femmes, aux anarchistes, aux communistes, aux antifascistes, bref tout ce qui n’est pas homme blanc, robuste, hétérosexuel, athée ou chrétien, politiquement de droite et bien obéissant. Cette violence physique est d’ailleurs souvent doublée ou précédée d’une violence symbolique. Les antifascistes, quant à eux, ne s’en prennent qu’aux fascistes. De même, on ne peut comparer les agressions fascistes sur des personnes désarmées aux affrontements des progressistes avec les forces de l’ordre. Elles sont en effet armées et préparées à un affrontement potentiel. Il n’est pas non plus possible de comparer les agressions fascistes à la situation des salariés d’une entreprise en voie de liquidation qui vont séquestrer des patrons ou réquisitionner des moyens de production. En effet, la « violence » (le plus souvent pas si violente que ça, et même assez cocasse) des salariés ne fait que répondre à la violence symbolique des patrons qui les contraint au chômage, à la pauvreté, à la recherche, aujourd’hui difficile, d’un nouvel emploi, ainsi qu’à la violence de l’Etat Républicain, qui protège ces derniers et leur permet de filer en douce avec un parachute doré. La violence de l’extrême droite diffère ainsi de celle des progressistes, dans la mesure où elle s’en prend aux plus vulnérables, là où les seconds s’inscrivent dans une perspective d’auto-défense face à ceux qui détiennent le pouvoir, qui agressent et provoquent des situations de vulnérabilité sociale.

    Par conséquent, il apparait que le qualificatif d’extrême n’est qu’un outil entre les mains des défenseurs de l’ordre établi, de ceux qui se désignent comme le camp de la République, pour désigner leurs ennemis. Cependant, nous avons vus que chacun peut, s’il le souhaite, se revendiquer de la République. Au-delà, il est aussi nécessaire de comprendre que ceux qui sont désignés par « extrême » ne partagent pas les mêmes fins. Les uns luttent pour le progrès social, la liberté, l’égalité, la paix, le respect des différences, le bien-être et la démocratie, les autres pour le retour au vieil ordre moral oppressif, l’autorité, la hiérarchie, la guerre et la normalisation. Ainsi, la revendication de dissolution des groupes d’extrême gauche, portée par Copé et ses amis du Bloc Identitaires, n’est pas tenable. Elle témoigne d’une volonté honteuse de la droite d’instrumentaliser l’affaire JNR pour tenter de détruire les forces progressistes et préserver la domination de classe.

    « Quelle critique de la mondialisation ?Réponses contre l'extrême droite »
    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :