• Pourquoi le Front National ne viendra-t-il pas à bout des crises ? (I Crise économique)

    Le Front National se présente comme une alternative politique face aux néolibéraux du PS, du centre et des « Républicains » (Ex-UMP). Il prétend agir dans le sens des intérêts des classes populaires. Mais sont programme permet-t-il vraiment d’améliorer les conditions de vie de la population ?
    Voici une analyse critique du programme du Front National, mais aussi, au passage, des néolibéraux, et de tous les keynésiens protectionnistes-souverainistes. Nous commencerons par analyser son programme économique, puis son programme écologique, politique et enfin sociétal.

    I La crise économique

    Dans cette partie dédiée à la question économique, nous parlerons surtout du front national, mais cette critique s’applique globalement à tous les partisans d’un certain programme économique de relance.

    Nous expliquerons, dans un premier temps, les conditions générales de l’économie à travers ce programme, sans pour autant y adhérer. Dans un second temps, nous développerons la critique de ce programme économique.

    1 Le Programme du Front National

    L’essentiel du programme du FN est en vérité assez simple :

    Selon lui, la crise est due à quatre facteurs :

    • La mondialisation des échanges, impliquant des concurrences inégales et des pressions à la baisse de salaires et des délocalisations massives.
    • L’investissement massif dans la spéculation et les bulles financières et le manque d’investissement dans l’économie réelle, le travail productif.
    • La cupidité des banquiers et de la finance (à l’extrême droite, la finance est souvent assimilée aux Juifs)
    • Le trop grand afflux de migrants voleurs de travail et profiteurs des aides sociales

    En guise de solutions, il propose :

    • Baisse des salaires/stagnation avec hausse du temps de travail
    • Exonération des cotisations sociales patronales
    • Stimulation de l’investissement
    • Ré-industrialisation
    • Sortie de l’Euro
    • Souverainisme économique et sortie de l’Europe
    • Maitrise nationale de la politique monétaire (taux de change) et bancaire (création/émission de monnaie)
    • Modification de la balance commerciale (hausse des exportations et baisse des importations)
    • Protectionnisme économique
    • Renforcement du contrôle migratoire, voire fermeture des frontières

    1.1 Le manque d’investissement dans le travail productif

    Qu’est ce que le « travail productif » ? C’est l’industrie. Pourquoi ? Parce que seule l’industrie, grâce à sa production hautement mécanisée et automatisée, permet (de manière ponctuelle en vérité) que des entreprises, stimulées dans la recherche et développement par la concurrence, sortent du lot et atteignent des situations de (semi-)monopole (naturel), permettant une accumulation (ponctuelle) de grosses sommes d’argent. Cet argent peut ensuite être réinvesti, en théorie, pour la croissance, pour vendre plus de marchandises et crée de nouveaux emplois.

    La France souffre d’un manque d’industrie. Son économie, basée sur les services, est déséquilibrée. Les services ne produisent en vérité que peu de valeur économique. Ils ne disposent pas d’une marge de productivité permettant les accumulations massives d’argent nécessaires à l’investissement. Quant aux services publics non marchands, non lucratifs, ils ne produisent pas de valeur économique. Ce sont des capteurs de valeur. Il n’est donc pas possible d’y dégager des profits permettant de réinvestir dans de nouvelles activités. Les services publics non marchands sont souvent des faux frais du capital. Certains permettent une reproduction de la force de travail (notamment l’éducation). D’autres, relèvent du domaine de la production, de la construction et de la circulation, et pourraient être, ou sont déjà, privatisés (construction des routes, énergie, trains, poste). Ainsi, il y aurait des possibilités d’accumulation du capital permettant des réinvestissements.
    Mais alors, si l’industrie et la privatisation sont la solution, pourquoi n’y a-t-il pas plus d’industries en France, pourquoi toutes ces délocalisations ?

    Parce que le coût du travail est trop élevé en France, par rapport aux standards de productivité mondiaux de l’industrie, et que, de ce fait, soit les marges de profit sont trop minces, soit l’économie est déficitaire. Il faudrait donc baisser les salaires directs (ou les faire stagner en augmentant le temps de travail), et les salaires indirects, c'est-à-dire les cotisations sociales (dont en particulier les cotisations sociales patronales) et passer à un régime de retraite par capitalisation ou semi-capitalisation, etc. Avec ça, les patrons disposeront théoriquement des marges de profit nécessaires pour investir dans l’extension de leurs activités, ou dans de nouveaux secteurs d’activité, ce qui créera de l’emploi, relancera la croissance, etc. Cet appel à l’investissement concerne également les investisseurs étrangers.

    Pour développer cette politique, l’intervention de l’Etat est nécessaire. L’Etat exerce alors un rôle de stratège afin de favoriser les conditions de la croissance économique. En gros, c’est le néo-libéralisme.

    Ce discours n’est jusque là pas différent de ce que nous disent « Les Républicains » (l’UMP), le PS, le MEDEF. Il ne s’agit pas là de complot, mais simplement des conditions de la croissance économique, de la reproduction élargie du capital.

    C’est après ce point où le FN, et globalement la majorité de l’extrême droite, et plus généralement des souverainistes/protectionnistes, divergent des Néolibéraux du PS, des Républicains (l’UMP) et du MEDEF (et là où elle est aussi rejoint par une partie de la gauche radicale, qui adhère a cette logique souverainiste et protectionniste).

    1.2 Une économie de défense et de guerre commerciale internationale

    Globalement, tous ceux qui adhèrent à la logique capitaliste, à la recherche la croissance, à la nécessité d’une reproduction élargie du capital, estiment que la France doit prendre ou maintenir sa place dans la concurrence économique internationalisée.

    C’est sur les manières de prendre cette place que se formulent ces divergences : PS, Républicains (UMP), MEDEF, s’inscrivent dans la stratégie d’une économie ouverte, du libre échange. Il n’est nulle besoin, ici, de faire la démonstration de l’inefficacité de cette logique. La réalité parle d’elle-même. La concurrence avec les pays où la production se fait à très bas coût est intenable pour la France, si ce n’est au prix d’une immense régression sociale ramenant le pays a un niveau de vie à peine équivalent, si ce n’est inférieur, à celui des pays émergeants. C’est là où nous mènent les néolibéraux libre-échangistes. C’est déjà le cas en Grèce, en Espagne, au Portugal, et dans les pays de l’Europe de l’Est, et la France connaît une vague d’austérité continue dont on ne voit pas la porte de sortie.

    La stratégie des protectionnistes-souverainistes est tout autre.

    Pour le pendant protectionniste d’abord, il s’agit d’une économie exportatrice, fermée aux entrées des frontières et ouverte de manière offensive vers l’extérieur. Les taxes aux frontières limiteraient la tentation, pour les entreprises étrangères, d’importer leur marchandises, puisqu’elles seraient vendues plus chères sur les marchés intérieurs et qu’elles seraient en concurrence directe avec des marchandises nationales devenues bon marché. L’exportation serait facilitée, en partie (nous verrons pour l’autre partie quand nous aborderons la question du souverainisme), par la diminution des coûts de vente. Cette diminution s’opèrerait par les mesures néolibérales présentées précédemment (baisse des salaires/stagnation avec hausse du temps de travail, baisse des cotisations sociales patronales et salariales, du coût (et de l’efficacité au passage) la protection sociale, permettant de plus grandes marges de profits, et donc une accumulation de capital nécessaire à l’investissement).

    Pour le pendant souverainiste maintenant, il s’agit essentiellement de mesures liées à la question monétaire. Pour favoriser les exportations, jouer sur la baisse des salaires et les taxations aux frontières ne suffirait peut-être pas. L’Euro est une monnaie forte. Il favorise l’importation de produits à faible valeur ajoutée (les tee-shirts bons marchés fabriqués en Chine ou dans les pays pauvres) l’exportation de produit à forte valeur ajoutée (les BMW fabriquées en Allemagne, les produits Louis Vuitton ou LVMH). Il ne favorise donc pas l’exportation industrielle produite en masse et bon marché. Or cette production est justement celle envisagée dans le cadre de la ré-industrialisation. Il faut donc sortir de l’Euro. La sortie de l’Euro permettrait à la France de retrouver le contrôle de sa politique bancaire, de la possibilité de crée et d’émettre sa propre monnaie, et de sa politique monétaire, de jouer sur les taux de change, de procéder à des dévaluations. La production s’exporterait en théorie plus facilement. Les exportations permettraient donc de rééquilibrer la balance commerciale de la France, et à terme de la faire pencher dans le sens positif d’un surplus d’exportation, augmentant ainsi ses recettes globales.

    Cette politique protectionniste-souverainiste, en contradiction totale avec la logique du libre échange, et donc de tous les traités Européen depuis le début de sa construction, implique nécessairement une sortie de l’Europe.

    1.3 La dette publique et le problème de la finance

    Le problème à présent, c’est la dette publique de la France. En 2012, le FN annonçait dans son programme la volonté de la rembourser (contrairement a d’autres formations d’extrême droite, de droite souverainiste). Mais, avec les événements internationaux, cette position pourrait très bien évoluer.

    Si les néolibéraux attribuent le problème de la dette publique à une mauvaise gestion budgétaire, à un surinvestissement de l’Etat dans un excès d’interventionnisme social, une administration trop importante et inefficace ; le FN et les protectionnistes-souverainistes ne les rejoignent que partiellement. Ils s’accordent en partie sur un excès lié à trop d’intervention sociale et une inefficacité de l’administration, mais développent parallèlement une autre critique, mettant en cause les banques et la finance.

    Pour comprendre ce dont on parle, arrêtons-nous un moment sur le fonctionnement des banques et de la finance. Parallèlement aux prêts accordés aux Etats, les banques privées prêtent de l’argent aux investisseurs privés. Ces prêts sont accordés avec des taux d’intérêts. Avec les taux d’intérêts, les banquiers privés s’enrichissent.

    Comment fonctionne le crédit ? Le crédit consiste à anticiper sur une création (pour les entreprises), ou une captation/accumulation (particulier, services) future de valeur, permettant son remboursement ultérieur. Les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas en réalité. Elles ont une somme d’argent au départ, et la prêtent plusieurs fois. Ce mécanisme est possible si les prêts sont totalement, ou au moins majoritairement remboursés. Tout va alors pour le mieux, et la banque augmente son capital. Si certains prêts ne sont pas remboursés, la banque peut compenser avec les autres remboursements, et se payer au passage en forçant les emprunteurs non solvables à vendre leurs biens (ils sont saisis par le fisc et vendus aux enchères), pour récupérer de l’argent. Par contre, si trop de prêts accordés ne peuvent être remboursés, même en récupérant de l’argent de saisies de biens, la banque risque de faire faillite. Si un tel cas se produit pour plusieurs banques, on arrive à une crise bancaire générale. Voilà pour le mécanisme bancaire.

    Venons en maintenant aux investisseurs privés. A défaut de débouchés dans le capital productif, ils se sont rabattus sur la finance, c'est-à-dire les placements d’argent en bourse, l’achat d’action, c'est-à-dire de titre de propriété donnant droit à une part des bénéfices d’une entreprise. Pour comprendre le problème, il faut comprendre comment fonctionne la bourse. La bourse, c’est le lieu ou sont évalués et s’échangent des titres de propriété. Ces titres de propriété sont des parts du capital d’entreprises produisant des biens ou services réels. On leur attribue une valeur en fonction de leur réussite, de leur prospérité. Si une entreprise vend plus, elle fait plus de bénéfices. Le détenteur de titres de propriété empoche donc de l’argent grâce à ses placements en bourse, aux titres de propriété qu’il a acheté auparavant. A la bourse, les titres de propriété s’échangent. Cela signifie qu’il est possible de les racheter à quelqu’un. Dans quel cas est-ce intéressant. Si l’on constante qu’une entreprise augmente régulièrement ses bénéfices, cela signifie qu’elle rapporte de l’argent. Il sera donc intéressant d’acheter un titre de propriété de cette entreprise. Si on constate que ses bénéfices diminuent, qu’elle est en difficulté ou qu’elle fait faillite, on sera tenté de revendre son titre de propriété qui ne rapporte pas, qui fait même perdre de l’argent placé. Si on vend un titre de propriété d’une entreprise qui se porte bien, comme c’est un placement d’argent qui rapporte, de nombreux acheteurs vont vouloir l’acheter. Comme, dans ce cas, il y a moins de titres de propriété que d’acheteurs, alors on pourra le vendre plus cher. De cette manière, la valeur virtuelle du capital d’une entreprise augmente. C’est de cette manière que se crée les bulles financières. Dans le cas contraire, si on vend un titre de propriété d’une entreprise qui se porte mal, comme c’est un placement d’argent qui rapporte de moins en moins, qui risque de ne plus rien rapporter et de faire perdre la somme d’argent acquise au départ, bien peu d’acheteurs vont vouloir l’acheter. Dans ce cas, il y a plus de titres de propriété que d’acheteurs. On sera forcé de vendre ce titre de propriété moins cher (a peine plus, autant, ou moins que son prix de départ, suivant le moment où on le vend). De cette manière, la valeur virtuelle du capital d’une entreprise diminue, et c’est de cette manière si la situation se généralise, qu’éclatent les bulles financières.

    Dans ce cas de figure, les banques (qui d’ailleurs placent également leur argent en bourse), ne peuvent être remboursées de leurs prêts, et demandent un remboursement immédiat, soit d’une partie, soit de la totalité de leurs prêts. Les entreprises ne peuvent les rembourser.

    Pour éviter l’hémorragie, les Etats peuvent intervenir auprès des banques pour les sauver et sauver les entreprises auxquelles elles avaient accordées des prêts et dont elles auraient exigé le remboursement. Ils font un prêt à la banque et s’engagent à le lui rembourser. Les entreprises n’étant pas immédiatement solvables pour que l’Etat puisse les taxer, il faut leur laisser de l’air, alléger leurs « charges » (salaires, cotisations sociales, taxes). Il faut donc trouver de l’argent ailleurs pour rembourser le prêt contracté auprès des banques (le taux d’intérêt du prêt ne fait qu’aggraver le problème). Dans ce cas, les Etats doivent procéder à des mesures d’austérité budgétaire renforcées et trouver de l’argent à tout prix. Donc en plus d’une démolition renforcée de la protection sociale, des réductions de budgets et des suppressions de postes dans l’administration, ce sont donc les contribuables, les salariés, les gens, qui vont devoir payer (avec des réductions de salaires et des hausses d’impôts). C’est en gros ce qui s’est passé avec la crise démarrée en 2008 et la période d’austérité qui s’est enclenchée à sa suite.

    Revenons-en donc au FN et aux souverainistes. Pour le FN et les souverainistes, si on avait investi dans le capital productif plutôt que dans les banques, ou si on avait remis une partie de l’argent dormant dans les bulles financières en circulation dans l’économie réelle, ce problème n’aurait pas eu lieu. Si l’Etat avait pu contracter des prêts à taux zéro ou minime, il aurait été plus facile de sortir de la période d’austérité. Tout cela aurait été selon eux possible si la France avait été souveraine de sa politique bancaire et avait eu autorité pour favoriser l’investissement productif plutôt que spéculatif. Il faudrait donc reprendre les commandes et tout pourrait alors rentrer dans l’ordre progressivement.
    Le FN développe, sur ce point, une critique similaire à celle du reste de l’extrême droite, des souverainistes et du Front de Gauche ; a l’exception près que le FN souhaite une renégociation de la dette (mais avec l’évolution du contexte international, cette position peut évoluer).

    1.4 Le projet économique du FN sur le long terme

    Le projet économique du FN à long terme s’inspire notamment analyses et des propositions anti-mondialistes et protectionnistes de l’économiste Maurice Allais (http://www.fakirpresse.info/Maurice-Allais-Contre-le.html). Il consiste à rompre avec l’Europe et le marché mondial, dans le but de développer une zone économique harmonisée de libre échange. Au sein de cette zone, les pays pourraient chacun développer à la fois de la production industrielle a faible valeur ajoutée, reposant sur du travail peu qualifié, et a forte valeur ajoutée. Chaque pays pourrait échanger ses productions industrielles avec les autres pays. Du fait que les échanges reposeraient à la fois sur de la production a faible et forte valeur ajoutée, les monnaies s’harmoniseraient, et les échanges pourraient être équivalents. Pour éviter la concurrence avec les pays trop riches, et surtout avec les pays pauvres, qui exercent une pression à la baisse des salaires, des délocalisations et des suppressions d’emplois, cette zone économique serait protectionniste vers l’extérieure. En gros, chaque zone délimitée de libre échange pourrait ainsi se développer à son propre rythme, et tout irait bien dans le meilleur des mondes.
    Le premier problème avec ce projet, c’est que l’on ne parle ni des échanges de ressources énergétiques et en matières premières, qui se font nécessairement avec les pays pauvres, et de manière inégale. On nie donc volontairement la question de l’impérialisme économique (mais aussi guerrier, car il n’y a pas de mainmise sur les ressources sans conflits géopolitiques).
    Le second problème, c’est qu’elle ne tient pas compte des leçons de l’histoire pré-impérialiste, ni des causes structurelles qui ont conduit les sociétés capitalistes à l’impérialisme. En faisant abstraction de cette histoire et de ses conditions structurelles, on ne peut comprendre en quoi cette situation antérieure constituait déjà une impasse, et donc pourquoi il est illusoire de la reproduire (voir partie 2.2). Le projet du FN se résume donc a une série de vœux pieux. En réalité, il ne dépasserait certainement pas le stade de la guerre commerciale internationale et de la guerre géostratégique impérialiste (dont nous avons traité dans la partie 1.2).
    Cette présentation étant terminée, nous allons passer à présent à la partie critique.

    2 Critique économique du programme du Front National

    2.1 Conséquences sociales et politiques internationales

    Comme nous l’avons expliqué, la politique économique du FN, et des protectionnistes-souverainistes en général, tout comme celle des libéraux, consiste dans la compensation d’une perte de rentabilité des entreprises, la recherche d’un excédent commercial, en redéveloppant la production nationale et en favorisant les exportations. La recherche de cet excédent s’accompagne de mesures protectionnistes, de taxes aux frontières, afin de limiter les exportations, et souverainistes, visant à reprendre le contrôle de la monnaie et de procéder à des dévaluations. Pour améliorer la compétitivité des entreprises, ils envisagent des mesures typiquement libérales, visant à permettre la diminution des cotisations sociales, des salaires indirects, une possibilité d’allongement de la durée de travail sans augmentation de salaire et éventuellement des baisses de salaires.

    Ce programme comporte ainsi plusieurs limites.

    La stagnation des salaires ne permettrait pas aux gens de vivre mieux. Pire encore, la baisse des cotisations sociales et des salaires indirects impliquerait que les gens devraient assurer par eux-mêmes une part grandissante pour divers frais : de santé, de retraite, de protection sociale (certains et certaines renonceraient peut-être aussi à se faire soigner, alors qu’ils ou elles en auraient besoin). L’augmentation du temps de travail risque également de multiplier les risques de blessures et de maladies, notamment de blessures et de maladies graves.

    Une dévaluation provoquerait une augmentation des marchandises importées. Or la France ne dispose pas d’une réelle autonomie de production sur plusieurs plans. Au niveau alimentaire, d’abord, cela risque d’impliquer une hausse des prix sur les denrées importées et donc une baisse du pouvoir d’achat. Au niveau de la production industrielle, la France se spécialise surtout dans l’assemblage. Les pièces détaches sont produites à l’étranger. Cela suppose de redévelopper la production de pièces détachées, aujourd’hui produites à bas coût dans des pays plus pauvres (donc de la redévelopper avec les mêmes prix et les mêmes niveaux de salaires pour les travailleurs en France). Donc à court-moyen terme (une décennie ou plus), une dévaluation impliquerait d’acheter ces pièces plus chères qu’avec une monnaie forte. Enfin, la France reste nécessairement dépendante de l’importation, au niveau de ses ressources matérielles nécessaires aux infrastructures et à l’énergie. Une dévaluation impliquerait un coût de l’énergie augmenté.

    Passons maintenant aux conséquences économiques de ce programme au niveau international. Il n’est pas certain, dans le cas d’une sortie de l’Europe et de la zone Euro, que la France puisse développer librement sa politique protectionniste-exportatrice. Cette logique risque, en effet, de provoquer des réactions en chaine d’imitation et de boycott. La France subirait une pression concurrentielle accrue à la baisse des coûts de vente, donc des salaires (directs et indirects). Elle subirait aussi le boycott de certains Etats partenaires pro-Europe, et devrait faire face aux mesures protectionnistes des autres Etats. Ces deux réactions internationales seraient défavorables à l’exportation de ses marchandises. Dans ce contexte de concurrence à la baisse des prix de vente, de protectionnismes des autres Etats et de boycott, les entreprises françaises seraient en grande difficultés. La France assisterait à une vague de licenciement et de faillites au moins aussi importante qu’actuellement, si ce n’est plus.

    Avec ce programme, la population ne vivrait donc pas mieux qu’actuellement. Au contraire, elle verrait ses conditions de vie se dégrader de manière bien plus profonde.

    2.2 Un analyse économique qui ne remonte pas à la source du problème

    Nous avons précédemment expliqué les problèmes de la perte de rentabilité du fait de la concurrence internationale et des salaires élevés, le manque d’investissement productif ayant pour effet de ralentir la croissance et de provoquer la récession, le problème consécutif de l’investissement dans la spéculation plutôt que dans la production réelle, du développement du crédit aux particuliers, aux entreprises et aux Etats, de crise financière, de l’intervention providentielle des banques, de la crise bancaire, de l’intervention des Etats, de la hausse de la dette publique et en conséquence des politiques d’austérité. Mais il manque en vérité une explication au départ.

    Pourquoi la concurrence et les salaires trop élevés sont source de perte de rentabilité, tandis qu’ils sont supposés permettre l’achat de plus de marchandises et donc d’entretenir la croissance ? Pourquoi peut-on produire, et produit-on, plus de marchandises que ne peut en absorber le marché, et dans le même temps, subissons-nous des baisses de salaires, des hausses du chômage et du travail précaire ? Le FN et les souverainistes de tout bords, tout comme les libres-échangistes, ne répondent pas à cette question. Ils ne savent peut-être pas y répondre en remontant à la source originelle du problème…. s’ils savent, ils n’osent peut-être pas y répondre… s’ils osent y répondre, ils l’acceptent comme une fatalité, quelque chose d’indiscutable, et ne proposent pas de solutions pour y remédier.

    La source du problème, en vérité, réside au sein du mode de production capitaliste. On ne pourra donc comprendre le problème et trouver des solutions réelles qu’en analysant la structure et les effets de chacun des éléments qui le compose.

    2.2.1 Qu’est-ce donc alors que le mode de production capitaliste ?

    Attardons-nous donc un peu sur cet aspect de l’économie, souvent ignoré ou mal compris, et dont on entend très peu parler dans les médias.

    La logique capitaliste, l’accumulation du capital, consiste à investir de l’argent dans des terres, des outils/machines, des bâtiments et infrastructures, et dans de la capacité de travail, afin d’amasser plus d’agent, qui sera réinvesti de la même manière pour amasser encore de l’argent, et ainsi de suite.

    Comment, sur quelles bases, s’est développée l’accumulation du capital : la jolie histoire racontée par les capitalistes nous parlent d’entrepreneurs laborieux, qui ont réussi dans les affaires. En vérité, le capital de départ s’est concentré grâce aux mariages et aux transmissions des héritages entre grandes familles, aux confiscations de biens et de terres de l’Eglise et de l’aristocratie lors des révolutions, aux expropriations de petits paysans, à l’exploitation des travailleurs (ils sont payés beaucoup moins chers que ce qu’ils rapportent), aux pillages de ressources, etc.

    Avec l’accumulation primitive du capital, il a été possible d’investir dans différentes productions, donc d’acheter la capacité de travail des gens pour les faire travailler (esclavage autrefois, salariat aujourd’hui), des terres, des locaux, (autrefois du bétail) et des machines, et donc de gagner plus d’argent (en payant les gens moins cher que ce qu’ils rapportent).

    Plus les détenteurs de capital investissaient pour augmenter et diversifier la production, plus ils pouvaient en retirer d’argent, et donc plus ils pouvaient réinvestir, faire produire et gagner d’argent, et ainsi de suite. On appelle ça la « reproduction élargie du capital », ou encore la « croissance économique ». C’est le fonctionnement de base du capitalisme.

    Mais ce joli modèle de développement comporte aussi une face sombre. Il amène aussi avec lui tout un lot de problèmes sociaux : inégalité, chômage, faillites, etc.

    2.2.2 Quelles sont donc les causes de ces problèmes sociaux ?

    Le capitalisme est un système qui comporte de nombreux défauts à la base.

    (1) La discordance entre la production et la vente : la production est effectuée sur l’hypothèse d’une vente possible. Les capitalistes investissent ainsi pour faire produire ce qu’ils envisagent de vendre. Mais la vente de l’ensemble des marchandises produites n’est pas immédiate, et l’entreprise peut éprouver des difficultés passagères de financement le temps que ses marchandises soient vendues. Elle n’est pas non plus garantie, et ne l’est pas nécessairement au prix envisagé au départ. Certains acheteurs potentiels peuvent changer d’avis et ne plus vouloir acheter. Certains producteurs achetant des matières premières, des machines ou des biens de consommation, peuvent subir un incident dans leur production qui les oblige à renoncer à l’achat. D’autres capitalistes peuvent aussi proposer une vente à un prix plus avantageux. Dans ces cas, la production de la première entreprise sera invendable, ou invendable à bon prix, ou encore à un prix suffisant. Elle aura produit à perte et connaitra des difficultés, ce qui provoquera licenciements, réductions de salaires ou hausses de temps de travail sans hausse de salaire avec un nombre de salariés plus restreint qu’avant, et éventuellement la faillite de l’entreprise.

    (2) La disproportion de marchandises produites entre les différents secteurs de production : c’est une conséquence de la discordance temporelle de la vente des marchandises (donc de réalisation de la valeur). Pour des raisons diverses, comme celles précédemment évoquées, les entreprises peuvent produire plus ou moins que besoin. Si certaines produisent moins, la production des autres sera diminuée d’autant. Si certains produisent trop, il y aura beaucoup d’excédents invendables, et donc ralentissement ou arrêt de la production le temps que toute la production ait été consommée, et que le cycle de production puisse redémarrer. Encore une fois, les différents secteurs ont des impactes les uns sur les autres. Si la production d’un secteur donné diminue, sa demande envers les autres secteurs diminue également.

    (3) La suraccumulation de capital : est une conséquence de la disproportion : si une entreprise achète des machines et des matières premières, et qu’elle n’arrive pas vendre toute la production, l’entreprise va donc diminuer sa production et ne consommera pas toutes ses machines et matières premières. La demande de machines et de matières premières va donc diminuer, ce qui affectera les secteurs les produisant (licenciements, baisses des salaires, faillites).

    (4) La surproduction de marchandises par rapport à la demande solvable : est une conséquence logique des trois phénomènes précédents. Si des producteurs de machines ou de matières premières produisent trop, ils vont licencier des salariés, baisser des salaires ou faire faillite. Les salariés licenciés n’auront plus les moyens d’acheter la production finale de biens de consommation personnelle. Le secteur des biens de consommation personnels entrera également en crise, ce qui fera diminuer la demande en matières premières et machines, ainsi que le nombre de travailleurs salariés et le niveau des salaires, et donc la demande solvable de biens de consommation personnels, le niveau de leur production, avec les mêmes conséquences sur les autres secteurs.

    Jusque là, il s’agit plus de problèmes d’ajustements qui peuvent donc être passages. Ils se traduisent dans les pires des cas dans des crises cycliques auxquels succèdent des périodes de relances. Les conséquences sont néanmoins désastreuses pour les travailleurs salariés, puisqu’ils sont soumis aux aléas des mouvements de flux et de reflux des besoins de main d’œuvre, et donc à des périodes de travail et de chômage, liés aux aléas et à la dé-coordination de la production. Elles le sont aussi pour certains capitalistes qui n’arrivent pas à retirer leurs capitaux pour les réinvestir ailleurs, et subissent la ruine. Mais elles sont aussi des opportunités pour d’autres capitalistes, qui peuvent ainsi dominer le marché, s’élargir, réembaucher, accumuler davantage, etc. Le capitalisme tend ainsi vers le développement, sinon des monopoles, disons des oligopoles. Néanmoins, nous n’avons pas encore ici abordé tous les problèmes posés par le capitalisme. Il nous faut à présent traiter de deux phénomènes : le machinisme et la concurrence.

    (5) Le machinisme : il s’agit des différentes révolutions technologiques survenues au cours des derniers siècles, appliquées à la production, Elles on permis l’émergence de la grande industrie et son développement. L’introduction de machines dans les fabriques, puis l’automatisation, la robotique, la programmation micro-électronique et l’informatique dans les usines durant la seconde moitié du XXème siècle, ont permis de grands booms de productivité (sans oublier le développement et l’application des intelligences artificielles dans la production). Qu’est-ce qu’un boom de productivité ? C’est simplement la possibilité, grâce aux technologies, de produire plus et plus vite avec moins de gens. Le boom de productivité permet à une entreprise de dominer le marché, de se placer en situation de semi-monopole, et donc de procéder à une accumulation rapide de grandes sommes d’argent. Ces sommes conséquentes permettent en retour de réinvestir et de développer la production. Cependant, au-delà d’un certain seuil, celui de la saturation du marché, le machinisme révèle les fragilités du système.

    Le premier effet pervers du machinisme est la suppression du travail humain, (travail vivant) et son remplacement par des machines (travail mort). La suppression d’une grande part du travail humain est aussi suppression d’une part égale de demande solvable, donc de possibilité de vendre ce que l’on a produit et donc de gagner de l’argent, de gagner plus d’argent. Il y a une part grandissante de travailleurs inemployés et une impossibilité d’étendre la production et l’emploi. De ce fait, le capitalisme ne peut plus s’élargir, et ses contradictions internes prennent le dessus et l’amènent vers la crise.

    Le second effet pervers du machinisme est que l’augmentation de la part des machines dans le travail provoque aussi un déclin de la valeur produite. La valeur provient en effet du travail humain. Sans travail humain, la machine reste inerte, et donc ne produit rien. Il n’y a donc ni production ni vente. Mais si la machine est autonome (ce n’est qu’une hypothèse théorique), elle produit des biens, mais qui ne peuvent être vendu dans un système où l’achat dépend d’une somme d’argent acquis par un salaire, d’un salaire acquis par le travail, dans une société où il n’y a pas besoin de travail humain. Le salariat et la propriété privée deviennent alors inadaptées pour un tel mode de production. Aujourd’hui, la tendance est à l’autonomisation, certes partielle, mais néanmoins croissante, des machines. Un nombre minimum de travailleurs sont nécessaires à la production industrielle, voire à la production tout court, ce qui implique une diminution de la valeur produite, qui se traduit par une baisse des prix à l’unité.

    (6) La diminution du taux et du niveau des profits

    Cette diminution de la valeur produite à une influence sur le profit. Le profit provient d’une part des revenus de la production non redistribuées aux travailleurs salariés. Le capitaliste garde cet argent pour lui, en partie pour sa consommation personnelle soit pour le réinvestissement dans les cycles suivants, voir dans une production élargie. Lorsqu’il s’équipe en machines plus performantes, toutes choses égales par ailleurs, il emploie moins de travailleurs pour produire une même quantité, mais qui sera donc vendue moins chère à l’unité, ce qui fait diminuer le niveau des profits, en proportion (en taux) et de manière absolue (en masse). Il existe plusieurs solutions pour obtenir des recettes suffisantes (ce qu’on appelle des contre-tendances).

    Les capitalistes ont bien tenté plusieurs stratégies pour limiter la baisse du taux de profit. Tout d’abord, en économisant sur les matières premières et les machines, en les achetant à des prix plus bas ou en pillant les pays pauvres (impérialisme), ou en produisant a la commande et flux tendu (Toyotiosme, « zéro stock »). Ensuite, en baissant les salaires ou en augmentant le temps de travail sans hausse de salaires, ou en délocalisant la production là où elle coûte moins chère, voire même où elle coûte encore moins chère que de produire avec des machines. Mais ces deux stratégies ne marchent qu’à court terme et dans un mouvement constamment récessif, provoquant ainsi des licenciements, des faillites, des baisses du pouvoir d’achat, et donc des crises de débouchés (de réalisation).

    La seule solution pour les entreprises est alors de vendre davantage, donc d’employer plus de travailleurs salariés et de produire davantage. S’il y parvient, le capitaliste verra certes son taux de profit diminuer, mais pas sa masse de profit. Mais il y a une limite absolue : lorsque le marché est saturé, que les capitalistes ne peuvent plus vendre les marchandises à nouveau à l’ensemble des acheteurs solvables. On arrive alors dans une situation de crise de surproduction.

    Les capitalistes ont également tenté de limiter la surproduction : par des procédés comme la diversification de la production, l’obsolescence programmée. Mais à chaque fois, après de brèves périodes d’accumulation des entreprises pionnières et éventuellement la faillite de quelques entreprises, la situation entre les entreprises restantes s’est harmonisée, et les tendances naturelles du capitalisme sont revenues au galop.

    Ils n’ont alors plus d’autre choix que de se reconvertir, ce qui signifie le plus souvent retirer les capitaux-argent pour les réinvestir ailleurs (en bourse ?), licencier l’ensemble des travailleurs et laisser les moyens de production en friche, ou faire faillite. Mais bien avant la saturation absolue du marché, il existe aussi d’autres limites : celles qu’imposent les différentes formes de concurrence.

    (7) La concurrence

    La valeur, le retour de l’argent investi, se produit dans le capitalisme lors de l’échange marchand. Sur le marché, les biens (identiques ou non) produits par un certain nombre d’entreprises sont mis à disposition des acheteurs. Mais la situation n’est pas ci pacifique que cela. Acheteurs et vendeurs sont en tension constante pour la détermination des prix (on peut dire qu’ils sont en concurrence les uns face aux autres). Les premiers ont plus intérêt à ce que ceux-ci soient bas, tandis que les seconds ont intérêt à ce qu’ils soient plus élevés. Mais les acheteurs sont également en concurrence entre eux, tout autant que les vendeurs. Lorsque les acheteurs sont plus nombreux que le nombre de marchandises qu’ils désirent acquérir, ils sont en concurrence entre eux. La concurrence entre acheteurs peut permettre de faire grimper les prix. Dans le cas contraire, quand les biens fabriqués par les entreprises et proposés à la vente sont plus nombreux que le nombre d’acheteurs souhaitant les acquérir, les prix tendent à diminuer. On retrouve ici les problèmes de départ du capitalisme : discordance, disproportion, surproduction. Il existe enfin une dernière forme de concurrence : entre les travailleurs. Les travailleurs, ne détenant pas de moyens de production, ne possèdent que leurs capacités de travail (leur force de travail). Les capitalistes achètent cette force de travail pour lancer des cycles de production. Là encore, il y a un jeu de concurrence entre acheteurs et vendeurs de force de travail. Si les travailleurs sont moins nombreux que les besoins de travail, il y aura plein emploi et ils pourront être plus exigeants sur leurs salaires. Dans le cas contraire, lorsqu’ils sont plus nombreux, les capitalistes peuvent les mettre en concurrence pour les payer moins cher. Le capitalisme fonctionne donc sur un déséquilibre régulier entre production et vente, offre et demande, où les rapports favorables ou défavorable à l’une des parties sont régulièrement inversés. La concurrence ne constitue là non pas une cause, mais, à un certain stade, un facteur aggravant des difficultés du capitalisme à se reproduire et s’étendre.

    (8) De la concurrence au monopole

    Jusqu’au paragraphe précédent, nous n’avions abordé le capitalisme que du point de vue d’une entreprise qui serait seule sur le marché, qui serait en situation de monopole, ou du moins qui agirait de la même manière qu’un monopole dans le cadre d’une co-existence avec d’autres entreprises ; et ceci, afin de mieux comprendre les problèmes internes du capitalisme, avant d’aborder la question des effets de la concurrence.

    Le monopole garanti en effet la possibilité pour l’entreprise de déterminer les prix de vente (bien entendu, en interaction avec les acheteurs, mais sans autre entreprise menaçant de lui prendre son marché). La situation change lorsque de nouveaux entrants arrivent sur le marché. Si le nombre d’acheteurs augmente, du fait notamment d’une hausse de l’emploi créé par les nouveaux entrants, il y a effectivement croissance (mais assez relative). Mais on arrive rapidement à une période de saturation du marché. Le nombre d’acheteurs solvables stagne, et les entreprissent doivent alors se partager le bénéfice global. Ceci les contraint à réduire leur production, donc le nombre de salariés, ce qui réduit le marché des acheteurs solvables et augmente les problèmes de surproduction régulière. Mais chaque entreprise cherche soit à se défendre, se maintenir, soit à faire couler l’autre pour dominer le marché. Pour cela, elles vendent leurs biens moins chers que leurs concurrents. Les autres entreprises, lorsqu’elles le peuvent, et ne font pas faillite, tendent à s’aligner sur cette baisse de prix. Or il y a une limite absolue à cela, qui est le minimum de rentabilité nécessaire à l’entreprise (le profit moyen). Les entreprises qui tombent en dessous de ce seuil font faillite, les autres peuvent se maintenir, et continuer à se concurrencer. Pour bénéficier d’un avantage sur leurs concurrents, elles n’ont d’autres recours que d’investir dans des machines. Grâce à cela, elles produisent plus rapidement et à moindre coût, et peuvent ainsi dominer le marché. Les entreprises qui ne s’équipent pas coulent. Les autres continuent de se concurrencer. Ils établissent une nouvelle norme, plus basse, de prix et de taux de profits. Et ainsi de suite.

    A chaque étape, le processus peut entrer en crise. Des entreprises coulent, d’autres en sortent plus fortes, deviennent plus performantes. Elles sont de plus en plus grandes et dominent le marché. La concurrence joue ici un rôle de purge, d’assainissement, du capitalisme.

    A mesure que le capital se concentre, se technicise, se centraliste, émergent des entreprises géantes (monopoles, semi-monopoles/oligopoles). Il devient difficile de les concurrencer sans recourir aux sociétés par action, ou à l’Etat.

    (9) la fragilité du capital concentré : le « too big to fail » et la dénaturation des cycles et des crises

    Mais plus la production est technicisée, moins il y a de travail humain, donc moins il y a de demande solvable. Les marchés sont rapidement saturés, et les entreprises géantes éprouvent des difficultés à trouver des débouchés. Les actionnaires se retirent, les entreprises explosent, se fragmentent, coulent. Plus elles sont grandes, plus elles se situent dans des réseaux d’interdépendance des capitaux, plus dure sera la chute. Si des entreprises géantes coulent, elles entrainent avec elles de nombreux autres secteurs de l’économie. On assiste alors à des crises majeures. Cette tendance au risque de faillite et d’éclatement des capitaux était notamment déterminante durant la crise de 1929 et la grande dépression, qui ne s’est résolue que par la guerre et la destruction de nombreux capitaux. Par la suite, après le boom économique lié à la reconstruction d’après guerre, les entreprises géantes se sont redéveloppées, à un niveau encore plus élevé. Une fois l’effet du boom économique passé, les difficultés sont réapparues. Mais la taille de ces entreprises faisait qu'il devenait de plus en plus difficile, pour des investisseurs privés, de les alimenter en capital pour les soutenir et les aider à traverser la crise. Du fait des difficultés, ces derniers avaient davantage tendance à retirer leurs capitaux pour les réinvestir ailleurs. Les Etats et les banques ont jugé qu’elles étaient trop grosses pour faillir (« too big to fail »), qu’il était nécessaire d’intervenir pour leur éviter la faillite, et donc d’éviter une crise majeure. D’où l’intervention des Etats et des banques, le développement massif du crédit et des dettes.

    (10) Crédit et dette : une conséquence logique

    Partant du risque majeur de faillite des entreprises géantes et d’une crise brutale et généralisée, ainsi que de l’inefficacité sur le long terme des contre-tendances à la banqueroute du capitalisme ; la faiblesse de l’investissement productif, la multiplication des spéculations, des crédits et des dettes est parfaitement logique. Si le capitalisme à pu tenir depuis le début de la récession dans les années 70, c’est grâce au crédit et à la spéculation. De l’argent fictif était investi dans l’économie, permettant de poursuivre la croissance, tandis que le travail réel ne produisait plus suffisamment de valeur et ne pouvait donc entretenir par lui-même sa propre croissance. Mais cet argent fictif, sous forme de crédit à la consommation ou à la production, se fondait en définitive sur le travail réel. Ainsi, les manques à gagner dans la production, l’investissement spéculatif des entrepreneurs devenant actionnaires, et la trop grande faiblesse de l’évolution des salaires en comparaison des sommes des crédits et de leur taux d’intérêts, devaient aboutir à des bulles financières, puis à leur éclatement, dans une crise majeure. Si on reprend donc ce qu’est le capitalisme de sa base jusqu'à ses diverses sommets et appendices, cette crise s’est produite du fait, et, non pas au détriment (il faut insister lourdement sur ce point), de l’économie réelle. On ne peut donc se limiter à une simple critique de la finance. Il ne s’agit pas de réguler ou de décapiter la superstructure financière du capital pour que tout aille bien. Ce n’est pas le toit qui perd des tuiles, ce sont les fondations qui sont pourries et qui font s’écrouler l’édifice.

    Ainsi, soit on abolit le capital financier et le capitalisme sombre rapidement dans une crise profonde, soit on le réinjecte dans l’économie réelle et on assiste à une vague d’inflation massive, soit on le conserve et on s’expose à l’explosion récurrente et de plus en plus rapprochée de bulles financières, à des périodes d’austérité assez longues et renforcées (avec, au meilleur des cas de courtes périodes de prospérité très très relatives et a peine perceptibles).

    2.3 Les solutions

    Bien évidemment, le FN (comme tous les partis politiques protectionnistes-souverainiste et comme les partis libre-échangistes) ne propose pas de réponse crédible à la crise du mode de production capitaliste. D’une part, il semble ne pas la comprendre, d’autre part, il accepte le mode de production capitaliste comme une fatalité (alors que ce n’est pas le cas). Or ce mode de production, comme on vient de le voir, est un générateur de crises, qui, dès qu’on essaie de le « réparer », finit par faire tomber en panne l’instrument de réparation. En conclusion, on peut affirmer qu’avec le FN, c’est la crise !

    Il existe bien des solutions pour s’en sortir, et on peut les deviner en analysant le mode de production capitaliste et en changeant ce qui ne va pas à la base. Il s’agirait de régler le problème de la discordance, de la disproportion, de la suraccumulation, de la surproduction. Le problème fondamental du capitalisme, qui rend possible l’ensemble de ces situations, tient d’une part dans l’atomicité des acteurs (les acheteurs, tout autant que les vendeurs, ne se concertent pas à l’avance). Ils ne sont pas coordonnés et prennent des décisions contradictoires. La séparation entre producteurs et consommateurs, et leur reconnexion par le marché, crée l’anomie économique (l’absence de règles) et donc la possibilité des crises. D’autre part, le problème tiens dans le fait, plus important, que la suppression du travail humain, remplacé par des machines, est corrélatif de la suppression de la demande solvable, qui est une autre source de crise. Mais cette crise n’est possible que parce que les producteurs sont séparés entre eux, que l’on institue un travail a temps plein, réservé a quelques uns, avec comme réciproque le chômage de masse et l’inactivité forcée pour les autres, tandis que l’on institue parallèlement l’accès à la production socialisée par l’échange marchand, donc par la possession d’argent, acquis par le salaire, lui-même acquis par le travail.

    La solution repose donc dans (1) l’anticipation des besoins de production en fonction des besoins sociaux, des autres secteurs de production et des particuliers, (2) la coordination de la production entre ses différents secteurs et branches, (3) un meilleur partage des tâches de production et du temps qui lui est consacré, (4) une meilleure répartition de la production socialisée destinée à la consommation personnelle, (5) une distribution de la production sans passer par l’étape de l’échange marchand, c'est-à-dire d’une situation où la condition d’un nouveau cycle de production (ou de l’élargissement de la production) consiste dans la réussite de l’échange et du niveau de revenu que l’on en retire.

    2.4 L’erreur d’analyse concernant les migrants

    Pour terminer cette partie sur l’économie, analysons maintenant deux des arguments clichés majeurs du FN, les propositions selon lesquelles « nombre d’immigrés = nombre de chômeurs », et « trou de la sécu = nombre d’immigrés profitant des aides sociales ». Pour le FN, les migrants sont responsables du chômage et du déficit de la protection sociale. Au niveau de la protection sociale, les travailleurs migrants, lorsque l’employeur veut bien les déclarer (les migrants sont loin d’être les seuls à travailler au noir, c’est aussi le cas de nombreux Français), cotisent dans les différentes caisses se solidarité : santé, retraite, chômage. Et dans de très nombreux cas de figure, ils n’en bénéficient même pas. C’est notamment le cas pour les retraites. Lorsqu’un migrant rentre dans son pays d’origine pour ses vieux jours, il est fréquent que son allocation retraite ne lui soit pas versée. A l’inverse, les « profiteurs » du système ne sont pas que des migrants, loin de là. Et à vrai dire, on ne profite pas de grand-chose, en comparaison de grands actionnaires et autres multimillionnaires (comme la famille Le Pen par exemple). De plus, il ne faut pas oublier que l’administration Française est assez complexe. Pour une personne ayant grandi en France, c’est déjà assez compliqué. Pour un migrant, c’est un parcours du combattant. De nombreux migrant ne bénéficient ainsi pas des protections sociales élémentaires, notamment du RSA. Venons-en maintenant à la question du chômage. L’argument phare du FN est de dire nombre de chômeurs=nombre d’étrangers. Or le nombre de chômeurs est supérieur au nombre d’étrangers. L’argument serait aussi que les migrants exercent une pression à la baisse sur les salaires. Ils exerceraient donc une double pression, à l’emploi et sur les salaires. Les migrants ne sont pas responsables de ces deux pressions. La responsabilité en incombe à l’organisation capitaliste de la société, et à la norme capitalistique liée au coût du capital constant. L’augmentation de la productivité supprime nécessairement du travail humain et fait diminuer les coûts de vente à l’unité et les taux de profit (voir plus haut, partie 1.2.2). Pour permettre l’accumulation capitaliste dans ces circonstances, il est nécessaire de baisser les salaires pour favoriser l’investissement productif. Mais l’investissement n’est justement plus productif parce que le marché mondial est saturé de production solvable, avec un progrès technique élevé et une concurrence mondiale. De fait, la demande solvable diminue, les salaires diminuent, le chômage augmente, la demande solvable diminue, et ainsi de suite. Avec un tel processus, ce ne sont pas seulement les migrants qui sont « de trop », mais un nombre de plus en plus grand de travailleurs, sans distinction de nationalité. Il faut donc choisir : le mode de production capitaliste ou l’humanité et un changement de radical de système économique.

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