• Où nous mène la critique de la Valeur ?

    La Critique de la Valeur se dote d’une armature théorique très abstraite et complexe. Elle semble au prime abord difficile à appréhender pour quiconque n’est pas familier avec les concepts de la critique de l’économie politique de Marx, et de la critique de l’idéologie post-marxienne. Pour comprendre les implications et le projet social que sous-tend ce courant théorique, nous avons isolé quelques extraits parmi les explicites, issus des 3 dernières parties du Manifeste contre le Travail :

    Extraits du Manifeste contre le Travail – Groupe Krisis de Nüremberg

    « (…) formation de fédérations mondiales d'individus librement associés qui arracheront à la machine du travail et de la valorisation tournant à vide les moyens d'existence et de production et en prendront les commandes. »

     « (…) la propriété d'État n'est qu'une forme dérivée de propriété privée. »

    « (…) la propriété privée devient aussi obsolète que la propriété d'État, car ces deux formes de propriété présupposent le procès de valorisation. (…) »

    « La conquête des moyens de production par les associations libres contre la gestion coercitive de l'État et de l'appareil judiciaire ne peut donc avoir qu'une signification : les moyens de production ne seront plus mobilisés dans le cadre de la production marchande pour approvisionner des marchés anonymes. »

    « La discussion directe, l'accord et la décision commune des membres de la société sur l'utilisation judicieuse des ressources  remplaceront la production marchande, tandis que se réalisera l'identité socio-institutionnelle entre producteurs et consommateurs. »

    « Les institutions aliénées du marché et de l'État seront remplacées par un réseau de conseils dans lequel, du quartier au monde entier, les associations libres détermineront le flux des ressources en fonction d'une raison sensible, sociale et écologique. »

    « (…) l'organisation de l'utilisation judicieuse de possibilités communes, contrôlée par l'action sociale consciente. »

    « On s'appropriera la richesse produite directement en fonction des besoins et non de la " solvabilité ". En même temps que le travail disparaîtront ces universalités abstraites que sont l'argent et l'État. Les nations séparées seront remplacées par une société mondiale qui n'aura plus besoin de frontières : chaque homme pourra y circuler librement et solliciter partout l'hospitalité. »

    « (…) ne vise pas à la création d'espaces " protégés ", de niches, coexistant pacifiquement avec l'ordre existant et ses contraintes. »

    « La condition en est que de nouvelles formes d'organisations sociales (associations libres, conseils) contrôlent les conditions de la reproduction à l'échelle de toute la société. Cette revendication distingue radicalement les ennemis du travail de tous les politiciens aménageurs de niches et de tous les esprits bornés qui visent un socialisme alternatif à la sauce rouge-verte. » 

    « La domination du travail divise l'individu. Elle sépare le sujet économique du citoyen, l'homme du travail de l'homme du temps libre, ce qui est abstraitement public de ce qui est abstraitement privé, la masculinité socialement instituée de la féminité socialement instituée, et elle place les individus isolés devant leur propre lien social comme devant quelque chose d'étranger qui les domine. Les ennemis du travail aspirent au dépassement de cette schizophrénie grâce à l'appropriation concrète du lien social par des hommes agissant de manière consciente et autoréflexive. »

    « (…) les ennemis du travail n'ont rien contre la paresse. »

    « C'est pourquoi les ennemis du travail fermeront d'abord, sans les remplacer, toutes les branches de la production qui ne servent qu'à maintenir impitoyablement la fin en soi délirante du système de production marchande. »

    « Nous ne parlons pas seulement des secteurs d'activité qui représentent manifestement un danger public, comme les industries de l'automobile, de l'armement ou du nucléaire, mais aussi de la production de ces nombreuses prothèses de signification et de ces ineptes objets de divertissement supposés faire miroiter aux hommes de travail un ersatz d'existence pour leurs vies gâchées. Disparaîtra aussi l'immense part de ces activités qui n'existent que parce qu'il faut que la production de masse passe dans le moule de la forme-argent et du marché. »

    « La disparition des contraintes du travail n'entraînera nullement celle de toute activité. »

    « Et quand, également, dans les grandes structures de production, les hommes détermineront eux-mêmes le rythme au lieu de se laisser dominer par le diktat de la valorisation d'entreprise. »

     « Il faut redécouvrir la lenteur »

    « Quand, en même temps que le travail, on aura aboli la séparation des sphères sociales, alors ces activités nécessaires pourront faire partie du domaine de l'organisation sociale consciente. »

    « Elles perdront leur caractère répressif, dès lors qu'elles ne se subordonneront plus les individus mais qu'elles seront accomplies au gré des circonstances et des besoins aussi bien par les hommes que par les femmes. »

    « Et puis les choses librement accomplies seront toujours plus nombreuses. Car l'activité constitue un besoin autant que le loisir. »

    « Pourquoi passer des heures jour après jour dans les usines et les bureaux quand des machines peuvent nous dispenser de la plus grande part de ces activités ? Pourquoi faire suer des centaines de corps quand quelques moissonneuses-batteuses suffisent? Pourquoi laisser l'esprit se perdre dans une tâche routinière qu'un ordinateur peut exécuter facilement ? »

    « (…) on ne peut reprendre qu'une infime part de la technique dans sa forme capitaliste. La majeure partie des structures techniques doivent être complètement transformées, car elles ont été élaborées d'après les normes bornées de la rentabilité abstraite, tout comme, pour la même raison, bien des possibilités techniques n'ont pas du tout été développées. »

    « (…) les méthodes d'une production agricole respectueuse de l'environnement soient connues depuis longtemps (…) »

    « (…) produire la plupart des choses facilement, sur place sans avoir à utiliser beaucoup de moyens de transports (…) »

    « Les ennemis du travail ne veulent donc pas s'emparer des commandes du pouvoir, mais les détruire. Leur lutte n'est pas politique, elle est antipolitique. » 

    « L 'auto-organisation et l'autodétermination sont le contraire même de l'État et de la politique. La conquête de libres espaces socio-économiques et culturels ne s'effectue pas par les voies détournées de la politique, voies hiérarchiques ou fausses, mais par la constitution d'une contre-société. »

    « La liberté ne consiste pas à se faire broyer par le marché ni régir par l'État, mais à organiser le lien social soi-même - sans l'entremise d'appareils aliénés. »

    « Nous n'avons à y perdre que la perspective d'une catastrophe vers laquelle ils nous conduisent. Au-delà du travail, nous avons un monde à gagner. »

    En conclusion

    La critique du travail et de la valeur revient aux fondamentaux de la théorie communiste, et fournit des outils critiques contre les révisionnismes théoriques et politiques développés par les mouvements qui s’en sont revendiqués. Elle renforce l’aspiration à l’égalité sociale et la question de la propriété commune par la critique du processus de valorisation et de ses catégories fétiches : profit, valeur, croissance, marché, travail, argent. Elle propose le projet d’une société qui fonctionnerait de manière émancipée par rapport à ces abstractions auto-réalisatrices.

    S’il ne se dit pas ouvertement Communiste Libertaire, le groupe Krisis du Nürember reprend tous les traits fondamentaux de ce projet dans le Manifeste contre le Travail : Antipolitique et réhabilitation du social tel qu’envisagé par les Anarchistes par opposition à l’Etat et au politique, abolition de l’Etat, contre-société,  réappropriation des moyens de production, propriété commune, abolition du salariat, production en fonction des besoins, abolition de la séparation entre producteurs et consommateurs, autogestion, discussion directe, action sociale consciente, libre association, fédéralisme du local au mondial, cosmopolitisme (liberté de circulation et d’installation), féminisme.

    Il développe également des points de vue similaires à ceux des objecteurs de croissance et décroissants : production utile, suppression des secteurs inutiles, de l’obsolescence programmée, mise en pratique des techniques agricoles non-chimiques, production relocalisée et autonome, limitation des déplacements de marchandises, transformation de la technique héritée, redécouverte de la lenteur, décélération sociale, réduction du temps d’activité obligée au nécessaire pour assurer la reproduction sociale, droit à la paresse.

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