• Anarchisme et intervention en période d'élection

    Les Anarchistes et les Communistes Libertaires sont les grands absents des périodes d’élections. Nous partageons bien évidemment avec ces courants politiques la même critique de l’Etat, du gouvernement, de la représentation, du vote comme « acte politique » par excellence, ainsi qu’une analyse accordant une place centrale aux formes d’auto-organisation que sont les collectifs, les associations et les syndicats [1], et aux luttes sociales, dans la rue, en tant que vecteurs de changement social.

    Pourtant, et même si on est tous en droit de le déplorer, les élections constituent un moment politique particulier, si ce n’est le « moment politique ». Durant ces périodes, on constate plus d’attention, de discussions et de dispositions à réfléchir en ce qui concerne les questions politiques. C’est un moment où le quotidien est en quelque sorte interrompu. Il en va de même en ce qui concerne les luttes sociales, ou les Anarchistes et les Communistes Libertaires sont biens présents, même si numériquement faibles ; Cette faiblesse tenant en partie dans le manque de visibilité de ces courants le reste du temps, ainsi que dans des espaces ou ils ne sont pas implantés. C’est en partie ce qui a fait la différence avec la stratégie de LCR, puis du NPA, qui, en utilisant les canaux médiatiques proposés lors des élections, a réussi à se rendre visible, a faire pénétrer ses idées et à s’implanter dans des zones ou elle n’avait aucune attache ni section militante. Il est ainsi dommage que les organisations Anarchistes ou Communistes Libertaires soient si peu visibles dans l’espace publique, voire totalement invisibles ou absents. La stratégie de non intervention lors des périodes d’élections se justifie davantage lorsque le mouvement social est au plus fort de son développement. En attendant, il faut œuvrer à ce que l’Anarchisme ou le Communisme Libertaire soit suffisamment visible pour qu’il constitue une position ralliable à tout moment. Si le communisme libertaire, sa démarche et son projet de société, constituait une Alternative politique aussi connue de la population que ne le sont, par exemple, celles des écologistes ou de l’extrême droite, alors il n’y aurait nul besoin de se présenter aux élections.

    C’est ce constat qui nous a amené à soutenir le NPA aux dernières élections présidentielles. Nous estimions que les positions qu’il défendait étaient anracho-compatibles, qu’elles se rapprochaient davantage d’un projet Communiste Libertaire et répondaient ainsi aux enjeux fondamentaux de notre époque ; tandis que les organisations Anarchistes ou Communistes Libertaires ont été relativement invisibles et sont passées largement au travers.

    Mais le NPA, ou plutôt sa majorité actuelle [2], s’est laissé embarquer dans la prophétie auto-réalisatrice de sa propre crise. Il a effectué un grand recul en tentant de privilégier l’alliance, dans les luttes et aux élections, avec le Front de Gauche, plutôt que d’opter pour la construction d’un Front Social Anticapitaliste. Il a dans le même temps mis en avant la perspective, très floue, d’une solution gouvernementale pour les travailleurs, solution laissant penser à une perspective de co-gouvernement avec le Front de Gauche, nommé gouvernement « anti-austérité ». Il nous est difficile de nous accorder avec cette orientation, ce type de gouvernement, auquel nous ne voudrions surtout pas participer, et auquel il serait possible, tout au plus, d’accorder un soutien critique, tout en faisant preuve d’une extrême vigilance !

    Sur ces bases, le discours porté fera certes preuve de pédagogie, et la campagne sera intéressante au niveau de la déconstruction critique de l’idéologie et de l’énonciation d’alternatives possibles à la société capitaliste, mais à défaut d’un discours critique des figures tutélaires, charismatiques, des attentes d’un sauveur providentiel pour Etat-providence, d’un discours défendant une perspective de changement social par la voie des luttes et de l’auto-organisation, de remplacement, au final, de l’Etat par l’auto-organisation, ces campagnes constitueront des leurres électoralistes dans la mesure où elles ne feront pas avancer le mouvement social. Or si aucun parti ne peut porter ce discours dans le champ électoral, il s’avère nécessaire lors de ces périodes qu’une autre voie s’élève et vienne contredire, parasiter ce champ de l’extérieur.

     

    [1] Le Syndicat SOLIDAIRES par exemple, correspond plus à une forme d’auto-organisation des travailleurs que des syndicats comme la CGT, FO ou la CFDT. La bureaucratisation progressive depuis des décennies de ces 3 derniers syndicats et leurs liens avec des appareils politiques et gouvernementaux implique pour les travailleurs une certaine dépossession et une confiscation de leur outil d’auto-défense. Cela ne veut pas dire que nous nous opposons que des travailleurs fassent le choix d’y adhérer ou d’y militer, d’autant plus lorsqu’ils ne disposent pas d’autres alternatives, mais plutôt qu’il est nécessaire pour ceux qui y militent de lutter contre la bureaucratie et d’y défendre le développement de la démocratie directe et la réappropriation collective de l’outil.

    [2] Ce n’est pas le cas de plusieurs tendances ou courants minoritaires : Le courant « Anticapitalisme et Révolution » (issu de la plateforme Y, ayant reçu 32% des votes au dernier congrès du NPA)

    http://4thinternational.blogspot.fr/2013/12/declaration-de-constitution-du-currant.html

    La tendance CLAIRE : http://tendanceclaire.npa.free.fr/article.php?id=13

    Le Courant Communiste Révolutionnaire : http://www.ccr4.org/Qui-sommes-nous,35

     

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