• COP 21 – En avant pour le climat !

    COP 21 – En avant pour le climat !

    On commence à en parler dans tous les sens, dans les médias, à la télé, à la radio, dans les journaux, et un peu partout sur la toile : « En décembre aura lieu le grand sommet mondial sur le climat : la COP 21 ! ». En perspective : du grand blabla stérile au sommet et un déploiement militant important pour un contre-sommet de folie ! La grande révolution qui changera la face du monde sera-telle au rendez-vous ?

    Pourquoi se préoccupe-t-on du climat ?

    La planète était déjà dans un sale état, mais avec le climat, ça risque encore d’empirer ! Les émissions massives de gaz à effet de serre, liées à l’activité des sociétés humaines, notamment de ses franges les plus industrialisées, et à la déforestation massive, provoqueraient une fonte des pôles, une montée des océans, et un réchauffement global de 2° ou plus.

    Quelles seraient les conséquences ?

    2°, ça ne semble pas beaucoup, mais c’est déjà assez lourd de conséquences. Environ 30% des espèces vivantes sont menacées de disparition, dont certaines participent à l’équilibre permettant à l’humanité d’exister. Une telle augmentation de la température globale provoquerait aussi une diminution des espaces habitables, un effondrement des rendements agricoles, le développement de graves maladies comme le paludisme, raréfaction de l’eau potable, etc. Et encore, limiter le réchauffement global est l’objectif que se donne la communauté scientifique. Au-delà de 2°, les conséquences seraient encore plus désastreuses.

    Sans parler des conséquences sociales : conflits voire guerres pour l’appropriation des ressources, migrations massives de réfugiés climatiques.

    Mais d’où viennent les émissions de gaz à effet de serre ?

    Approximativement, 1/4 des émissions à effet de serre proviennent des transports, 1/5 de l’industrie, 1/5 du bâtiment, 1/6 de l’agriculture, 1/8 de l’énergie, et le reste des déchets.

    Que devrait-on faire ?

    L’objectif, pour les pays industrialisés, serait de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% avant 2020, et de 95% avant 2050 (85% au niveau mondial).

    C’est pour trouver des solutions à ça qu’a lieu la COP 21 ! 

     

    La COP 21, vous en avez entendu parler ?

    Si ce n’est pas le cas, un petit cours de rattrapage. 

    La COP 21, qu’est-ce que c’est ?

    C’est le 21ème sommet mondial pour le climat. Il y en a eu 20 avant. Le premier date de 1972. On peut dire que, depuis, les choses n’ont pas vraiment bougées. Il y a certes eu quelques démarches timides, suite à ces conférences, pour agir contre les émissions de carbone. Cependant, à chaque fois, lorsqu’il fallait tirer le bilan, les résultats étaient loin des exigences timorées établies lors du sommet précédent. Ça risque bien d’être encore la même chose lors du prochain sommet… 

    En quoi consiste ce sommet ?

    Eh bien, c’est une grande foire où des grands chefs d’Etat, des scientifiques de renom et des barons de l’industrie et de la finance, vont discuter des dérèglements climatiques et écologiques, pour au final n’arriver qu’à des prises de décisions stériles, qui ne seront jamais mises en application jusqu’au bout… ou encore des solutions de réduction légères et insuffisantes des émissions de gaz à effet de serre, dont ils feront payer la facture aux pauvres tout en préservant les riches. Il n’y a donc pas grand-chose à attendre de ce côté-là !

     

    Et le contre-sommet alors ?

    La COP 21, c’est aussi un grand contre-sommet avec tout plein d’initiatives militantes : des forums débats, des conférences et autres réunions d’informations, des concerts avec sandwich vegan et buvette, des stands et des diff de tract, des actions rigolotes de sensibilisation, des tentatives de blocage des négociations, des affrontements entre des black blocks et les robocop surarmés, etc. C’est aussi de multiples drapeaux sortis avec tout plein de couleurs et de motifs très esthétiques, plein de manifs où l’on rencontre des tas de gens intéressants qui ont plein de truc à nous apprendre. Ouais, ce côté-là des contre-sommets, c’est vraiment cool !

    Là où ça pêche :

    Bon, on n’arrive quand même pas face à des gens qui ne font que critiquer sans rien proposer, au contraire… Chacun y arrive plus ou moins avec un petit package de solutions toutes faites. Heureusement quelque part... ça montre qu’ils ont réfléchi à la question ! Là où ça pêche, c’est au niveau du manque de personnes ou de groupes militants qui ont des alternatives correctes à défendre ou des stratégies correctes pour y parvenir !

    Commençons d’abord par les plus naïfs, les citoyennistes. Ils ne comprennent rien ni à la nature du capitalisme, ni à celle de la démocratie, et parfois ni à l’ampleur de la crise écologique. Ils s’entêtent, contre toute réalité, à penser qu’il serait possible de raisonner les chefs d’Etat et les industriels. Si depuis 30 ans on les a pas raisonnés, et qu’on les a pas raisonnés depuis des centaines ou des milliers d’années sur d’autres sujets, c’est que, quelque part, ça sert à rient de s’acharner à les supplier de changer. Il faut se faire une raison et se décider à leur faire face !

    Ensuite viennent les opportunistes, ceux qui ont bien compris qu’il ne servait à rien de s’entêter à convaincre les grands chefs de la planète, mais qui participeront quand même à cette tentative, afin de se placer du côté du bon peuple. Parmi les opportunistes, il y a ceux qui se servent des mobilisations comme tremplins pour trouver des places à la tête des ONG, dans conseils politiques, les ministères, et les parlements en tout genre. Parmi ceux-ci, il y a des naïfs qui pensent qu’en bataillant pendant des lustres, on peut changer les choses de l’intérieur, et qui rament durant des années pour obtenir quelques miettes dont l’effet est largement insuffisant, et des carriéristes qui ne cherchent qu’à s’installer. Il y a encore ceux qui comptent utiliser l’insatisfaction populaire pour gagner des voix aux élections. Il y a enfin ces grands chefs stratèges de la prise de pouvoir faisant du copinage temporaire des réformistes pour les doubler à la fin. Ceux-là redoubleront d’efforts pour accompagner le mouvement dans sa voie sans issue et occuper des postes stratégiques, en attendant qu’il ait une révélation et trouve le bon chemin. Lorsque ça arrivera, ayant fait preuve de leur capacité à diriger correctement les mouvements, ils seront là pour se proposer de prendre les commandes. Le peuple sera prêt à abandonner sa liberté et à faire preuve d’allégeance envers ces chefs « déterminés et dignes de confiance ». C’est très réjouissant tout ça, n’est-ce pas ?

    On n’oubliera pas non plus tous les rapaces de l’extrême droite qui ne seront là, en vérité, comme dans les Alternatiba et les manifs Monsanto, que pour essayer de fourrer leurs ingrédients nationalistes, patriotiques, souverainistes, xénophobes et traditionnalistes dans la grande salade verte ! Subir des crises écologiques, ou économiques, en étant adhérant du fanclub du drapeau bleu-blanc-rouge, ça nous fait vraiment une belle jambe !

    On n’oubliera pas aussi tous les cons-pirationnistes qui vont dire que les scientifiques, les chefs d’Etat et les industriels nous mentent systématiquement sur le réchauffement climatique, comme sur tout le reste, pour nous faire peur, nous asservir et se faire du fric, ou encore ceux qui vont nous dire qu’en fait, c’est une mascarade parce que ceux qui décident, ce sont les membres d’officines occultes, aux origines reptiliennes ou extraterrestres, priant en secret on ne sait quelle divinité moloch, placés un peu partout dans les maillons stratégiques du nouvel ordre mondial, et que sans eux, tout irait bien et ce serait le paradis sur terre. Mais oui, bien sur, on y croit !

    On aura peut-être aussi la visite des religieux et des diverses sectes d’illuminés qui nous diront que la crise climatique, c’est parce que l’on a dérégulé la planète et donc qu’on n’a pas respecté la volonté de dieu, qui l’avait crée parfaite au départ ; que cette crise, c’est un châtiment divin qu’il faut accepter de subir, et qu’il ne nous reste qu’a nous se convertir et prier pour son salut post-mortem, et éventuellement se couper du monde ou filer des sous à quelques charlatans qui s’en serviront pour vivre dans le grand luxe. « Amen »... ou plutôt « Ah merde » !

    Globalement, les fachos, les conspis et les religieux ou les sectes, ça se combine très bien.

    Bon, il y a aussi ceux qui s’en foutent de la COP. Parmi eux, il y a ceux qui sont dans déni de la vérité.

    Il y a aussi ceux du mouvement ouvrier qui pensent qu’aujourd’hui, le climat, c’est un souci de petit bourgeois et que de toutes façons, on s’occupera du climat quand on aura fait la révolution ! Eh bien il vaudrait mieux qu’on la fasse très vite alors ! Mais ça tombe bien, nous, c’est justement ce qu’on veut !

     

    Et nos grands amis de la gauche « radicale » dans tout ça ?

    Sans doute les plus sympas et les plus proches de nous. Mais encore une fois, c’est pareille : ça rame beaucoup à ce niveau et d’autant plus quand on a perdu sa boussole ou que l’on compte avorter le voyage à mi-trajet. Expliquons-nous un moment…

    Dans la question du climat, il y a en gros trois grands thèmes imbriqués : l’écologie, la politique et l’économie. En témoigne la participation au sommet des experts scientifiques, des chefs d’Etat et des grands industriels, c’est bien là la preuve que tout ça va ensemble.

    Eh bien, sur chacun de ces trois thèmes, la gauche « radicale » est divisée quand à la nature et à la profondeur de la critique à apporter.

    Pour l’écologie :

    Il y a d’abord ceux qui croient encore au développement durable, aux technologies vertes, au commerce équitable et à la consommation bio, au tri des déchets, à la coupure du robinet, à l’extinction des lampes et au déplacement à vélo. Viennent ensuite tous les ecologistes  profonds, primitivistes, survivalistes, anti-technologistes les plus radicaux, qui ne nous proposent comme solution que le retour au moyen âge ou à l’âge des cavernes. Enfin, les anti-productivistes, les anti-consuméristes, décroissants, qui ont souvent une critique juste au niveau écolo, mais qui pêchent parfois sur le reste.

    Pour la politique :

    Il y a ceux qui croient encore qu’il y a quelque chose à tirer de la démocratie représentative et des institutions républicaines, ceux qui sont partisans de putsch insurrectionnels et d’Etat autoritaires vaguement dé-totalitarisés, ceux qui pensent qu’il est possible de changer le monde en construisant des petits ilots précaires dans son coin et en essayant de donner envie à tout le monde de faire la même chose, et enfin, ceux qui, plus lucides, défendent la voie des luttes sociales, de la démocratie directe, de l’autogestion et du fédéralisme.

    Pour l’économie :

    Il y a d’abord les alter-capitalistes, les « socialistes » en tout genre, ceux qui croient encore à l’Etat social et aux vieilles recettes Keynésiennes d’amorce à la pompe pour stimuler la croissance, qui pensent que les problèmes sont la faute des chefs d’Etat corrompus, des banquiers cupides et des patrons voyous, que les choses peuvent aller mieux en régulant et en imprimant des valeurs morales au capitalisme, en restaurant les souverainetés étatiques nationales, et en jouant sur les politiques de contrôle des taux de change de la monnaie.

    Ensuite, il y a tout l’anticapitalisme-tronqué, des « socialistes » et des « « communistes » », des « anarchistes », c'est-à-dire les défenseurs du collectivisme économique, du contrôle, Etatique et bureaucratique ou collectif et démocratique, des grands trusts et de la liberté commerciale des PME, mais qui parfois ne souhaitent vraiment pas l’égalité sociale, mais préfèrent la justice ou l’équité, c'est-à-dire une réduction des inégalités qui perdurent tout de même, en fonction de critères méritocratiques, de la capacité productive, de la compétence, du diplôme, de la position dans la hiérarchie professionnelle, etc., ceux qui veulent maintenir la structure monétariste et marchande de l’économie, certains droits de propriété individuelle, certaines forme de concurrence. Ils ne sont pas très loin des alter-capitalistes avec qui ils copinent régulièrement.

    Enfin, il y a les anticapitalistes, les vrais communistes, autogestionnaires, libertaires et anarchistes, ceux qui ne s’encombrent pas de keynésianisme et de libéralisme partiel, qui veulent en finir avec la structure économique de la société capitaliste, la propriété individuelle des moyens de production, l’atomicité, la concurrence, l’échange marchand, l’argent, la production de valeur, et ses conséquences : les inégalités sociales, le chômage, la misère et les crises économiques. Ceux qui veulent une production autogérée organisée démocratiquement, en fonction des besoins des individus et des limites que sont les équilibres des métabolismes planétaires.

    Mais de qui parle-t-on ?

    A chaque fois, d’une organisation à l’autre, d’un individu à l’autre, il y a au moins un point qui pêche, quand ce n’est pas 2 ou 3.

    Au Front de Gauche, par exemple, c’est les 3. En fait, ce sont un peu les champions de la demi-mesure.

    Au Parti Pour La Décroissance (PPLD) et, dans une bien moindre mesure au Mouvement des Objecteurs de Croissance (MOC), c’est assez flou au niveau économie et politique.

    A la Fédération Anarchiste (FA), c’est clair sur le point politique, mais au niveau économie, entre les statuts très avancés niveau émancipation, et les publications du monde libertaire qui disent le contraire et nous ressortent les vieilles impasses Proudhoniennes, laminées depuis l’époque de la première internationale, on ne sait plus sur quel pied danser. Au niveau de l’écologie, entre les écrits et motions de Jean-Pierre Tertrais sur la décroissance dans les années 2000 (adoptées à l’unanimité), qui sont pas mal, et les textes de Philippe Pelletier et de sa clique qui s’acharnent à dégommer la décroissance et sont à la ramasse (impression d’optimisme prométhéen et de tentation productiviste) ou incompréhensibles (la mésologie c’est intéressant, mais pas parlant), on ne sait plus comment ils se positionnent au niveau de l’organisation.

    Au Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), c’est confus selon la tendance qui s’exprime. L’ex-majo de Besancenot et  les ralliés à la position de Krivine, c’est pas trop mal niveau écologie, enfin le plus souvent, car comme au niveau de l’économie et de la politique, c’est trop copain-copain avec les soc-dem keynésiens ; Anticapitaliste et Révolution (A&R), le Courant Communiste Revolutionnaire (CCR) et la fraction Etincelle, c’est trop suspect niveau industrialiste et autoritaire. La Tendance Claire est peut-être la mieux sur le papier sur les 3 plans.

    Pour la note positive, Alternative Libertaire (AL) et la Coordination des Groupes Anarchistes (CGA) c’est en comparaison très correcte.

    Un peu comme ce que disent les critiques de la valeur, que l’on retrouve dans les revues Krisis et Exit !, dans les bouquins « Manifeste contre le travail » et « La Grande dévalorisation ». Là où ça pêche chez ces derniers, c’est sur la question de la stratégie.

    Le problème du grand flou artistique

    L’autre problème, c’est que dans certains cas, chez ceux qui sont à la ramasse et même parfois parmi ceux chez qui il n’y a rien qui pêche, il y a tendance à parfois compenser, par ignorance ou facilité intellectuelle, la faiblesse des analyses structurelles par la survalorisation de la morale ou de l’éthique, de l’idéologie, du dogme. La critique du système tend à prendre une apparence existentialiste brumeuse, vaporeuse, nébuleuse, où tout modèle social-économique-politique-écologique pourrait potentiellement fonctionner et où tout ne serait en définitive qu’affaire de choix politique. L’enjeu ne consisterait plus alors qu’à convaincre de faire l’effort d’assumer les bons choix, plutôt que de sombrer dans la facilité des mauvais. Si tout était aussi simple, alors nous aurions déjà gagné… Ou perdu, puisque si tout modèle fonctionnait, l’humanité, et notamment les gens qui sont bien installés dans leurs confort, bien insérés dans la société, pourraient continuer d’exister et se concentrer sur leur vie privée et leur carrière, sans avoir à se soucier de l’avenir du système, celui-ci pouvant alors se stabiliser durant des millénaires.

     

    Tout va changer, pour le pire, ou peut-être pour le meilleur !

    Hélas pour eux, heureusement pour nous, ce système ne peut pas être stable. Tout l’intérêt de la COP 21, des discussions sur le climat, et sur l’écologie planétaire en générale, c’est justement de pointer ça du doigt. Beaucoup de choses doivent changer, et vont de toute façon changer. La nature du changement dépendra de ceux qui agissent et des projets de transformations de la société qu’ils seront capables de mettre en œuvre.

    Ecologie :

    Déjà, sans le climat, on était mal barrés !

    Nous savons très bien que les ressources naturelles deviennent de plus en plus rares et sont consommées trop rapidement, notamment les énergies fossiles et certains métaux essentiels.

    Le modèle industriel est fortement générateur de pollutions en tout genre, qui sont sources de maladies de plus en plus fréquentes et de plus en plus graves.

    Il a atteint une telle puissance énergétique que certaines catastrophes techno-sanitaires ont des impactes de plus en plus importants au niveau de leur portée géographique et de leur durée de résorption.

    La transformation, trop importante et irréfléchie, de la nature par l’homme provoque aussi d’importantes dérégulations géologiques, des glissements de terrains, des inondations, des éboulements, etc.

    De nombreuses espèces animales et végétales sont en voie de disparition pour des raisons diverses : surconsommation humaine, contamination, disparitions d’espèces dont elles se nourrissent, destructions des espaces de vie naturels. La disparition de certaines de ces espèces menace d’extinction des pans entiers de la biodiversité.

    Avec le réchauffement climatique, c’est pire !

    Les grandes quantités de gaz à effet de serre émises, la déforestation massive et, en conséquence, la diminution des capacités d’absorption des quantités de carbone émises, ont pour conséquences : la fonte des pôles, la montée des océans, la diminution des surfaces habitables, la rareté de l’eau potable, les impacts sur la végétation, l’effondrement des rendements agricoles, la multiplication des famines et des maladies graves, les migrations importantes vers les zones habitables. Avec une hausse de 2°, les conséquences sont déjà désastreuses. Avec une augmentation de la température moyenne supérieure à 2°, c’est bien pire encore. Les 7 plaies d’Egypte, c’était de la gnognotte à côté !

    Une solution : la Décroissance !

    Eviter un réchauffement supérieur à 2°, mais aussi régler les problèmes de raréfaction des ressources, de pollutions massives, de catastrophes techno-sanitaires majeures, de développement des maladies chroniques et des maladies graves, d’extinction d’espèces, de déforestation, etc., ne suppose pas simplement quelques petits correctifs verts. Les sociétés humaines doivent s’ « autolimiter », réduire leur empreinte sur le vivant, diminuer leur volume global de consommation et de production, leur consommation d’espaces naturels, et donc leur nombre d’infrastructures ; « décélérer », ralentir leur rythme de consommation ; et « rétroagir », c'est-à-dire repenser le système productif en le modifiant à la base, au niveau des matériaux et des énergies utilisées, des systèmes d’alimentation, d’acheminement, de transport. Il s’agit bien d’une décroissance !

    Mais la décroissance pourrait se produire dans des conditions économiques, sociales et politiques très variables.

    Economie :

    Le capitalisme ne supportera pas la décroissance !

    Le but du capitalisme, c’est la croissance économique perpétuelle, la production de valeur-argent en continu. Expliquons-nous un moment… Pour produire plus de valeur argent, il faut accumuler des sommes d’argent importantes pour les investir, faire travailler le plus de gens possible pour produire le plus de choses possible, qui seront ensuite vendues/achetées (c’est là que se réalise la valeur). Grâce à ça, les bénéfices de la vente des biens et services produits servent à créer un nouveau cycle de production qui permettra d’amasser encore plus d’argent, pour ensuite, produire et vendre plus de choses, amasser plus, et ainsi de suite. « Mais, c’est absurde ! » Direz-vous. « Ne pourrait-on pas à un moment se limiter et arrêter cette course stupide à l’argent ? » Oui, c’est absurde en effet, mais hélas, sans sortir du capitalisme, on ne peut pas. Il ne faut pas oublier que cet argent, il sert aussi à financer le socialisme dans le capitalisme : les services publics, l’éducation, les hôpitaux, la voirie, les retraites et la sécu, etc. et une partie de la transition écologique. « Et on ne peut pas juste produire la valeur qui suffit à les financer ? » En fait, la production de valeur, c’est assez incontrôlable, parce que c’est quelque chose qui se fait à travers le jeu de l’offre et de la demande. On peut essayer de stimuler le premier, comme le fait la droite, ou l’autre, comme le fait la gauche. Mais si les gens n’ont pas de nouveaux besoins à satisfaire ou n’ont plus confiance dans le système, on peut rien y faire, c’est la crise, et il n’y a plus d’argent pour les services publics, pour faire du socialisme dans le capitalisme. Donc il faut produire et créer le besoin en même temps pour maintenir le capitalisme, et accessoirement le socialisme à l’intérieur.

    Sans cela, le capitalisme entre nécessairement en récession et à un stade aggravé, en crise. « Mais créer le besoin et produire plus, c’est pas un peu contradictoire avec les nécessités décroissantes et la transition écolo ? » Eh bien si, justement. Le capitalisme ne peut perdurer qu’en détruisant les métabolismes globaux. « Mais il ne peut pas le faire éternellement du coup ? » Exactement ! A un certain niveau, il atteindra sa borne « externe ». Il n’aura plus les ressources matérielles et énergétiques nécessaires pour se poursuivre et tendra vers une auto-contraction.

    De toute façon, le capitalisme a déjà du mal à perdurer économiquement !

    Comme on l’a dit dans le paragraphe précédent, le capitalisme ne peut perdurer qu'avec la croissance économique, les techniques appliqués à la production, permettent au début à quelques entreprises de vendre à des prix qui défient toute concurrence, donc d'accumuler des grandes sommes d'argent, qui sont réinvesties de différentes manières dans la production et le social. Seulement voilà, ça ne le permet qu'au départ. Après, c'est l'inverse qui se produit : les autres entreprises opèrent à un rattrapage technique, ce qui contribue a faire baisser les prix, les revenus, donc les salaires et les investissements, sans compter qu'elles suppriment du travail humain et génèrent une masse de chômeurs : il y donc a de moins en moins de monde pour acheter et de moins en moins de sous pour financer et l'emploi et les politiques sociales. Ça, c’est la borne « interne » du capitalisme. Depuis les années 70, on est en récession constante et en crise, parce que la productivité, du fait de l'application de la micro-électronique et de l'informatique, est devenue trop grande pour le capitalisme, et que celui-ci doit faire face à une immense masse de chômeurs, donc une très grande diminution de la demande solvable, et donc à une dévalorisation massive de ce qui est produit et une incapacité d’écouler sa production à un prix suffisant. La croissance ne peut donc plus être « auto-entretenue ». Ça aurait donc dû éclater depuis longtemps, mais le capitalisme n'a survécu jusque là que sous perfusion, grâce aux crédits, à la spéculation et aux dettes. Celles-ci sont aujourd’hui sources de nouvelles crises comme en 2008 (et en 2015 pour la Chine), qui prennent racine dans la première (l’impossibilité d’une croissance auto-entretenue), et se traduisent par des politiques d'austérité qui ne font qu'aggraver la situation. A terme, à force que tous les mécanismes de contournement de crise entrent eux-mêmes en crise, le capitalisme pourrait bien atteindre une borne infranchissable. Le gros problème, c’est que le capitalisme amène des conséquences sociales dramatiques, dont en premier lieu les inégalités sociales, le chômage de masse, la paupérisation, la misère, etc. Et que nulle n’est en vérité à l’abri de les subir, ni certain d’être en capacité de s’en relever.

    Il faut donc se débarrasser du capitalisme !

    « Oui, d’accord, mais comment c’est possible de se passer d’une économie capitaliste ? »

    En vérité c’est assez facile. Comme on l’a dit avant, le capitalisme fonctionne sur la logique « accumuler, investir, produire, vendre, accumuler plus », et ainsi de suite. Ses bases sont la propriété individuelle, le salariat, l’atomicité, la concurrence, l’échange marchand, la monnaie. Pour fonctionner et produire ce dont elle a besoin, la société n’a pas besoin de tout ça. Il suffit de partir de la demande, des besoins exprimés par les gens et recensés par des organismes destinés à ça. Le recensement, ça nous donne le volume total de production. Grâce à ça, on va donc pouvoir organiser la production. De là, on évalue le temps global moyen nécessaire à la production, et on le répartit de manière égale entre tous les individus. Ça peut être fait par les syndicats par exemple, ou encore les communes. Une fois que les individus ont accompli leur tâche, la production est alors disponible pour eux. Et hop, le tour est joué ! Exit le capitalisme et ses crises structurelles, exit la propriété individuelle des moyens de production, l’éclatement des secteurs de production, la concurrence, l’échange marchand, la monnaie ! Le tout avec une société qui tourne et satisfait ses besoins ! Ça s’appelle le Communisme… le vrai communisme. Bon, là, on parle juste de l’organisation de la production. Il faut aussi intégrer des bornes de quantités pour les besoins de production exprimés, sinon, on passe à côté de tout ce qu’on a dit avant sur la nécessité de la décroissance.

    Politique :

    Comment le pouvoir risque d’évoluer ?

    Le pouvoir politique, d’Etat, n’a en vérité jamais été très tendre envers les populations. L’apparence pacifique et philanthrope des démocraties représentatives relève plus du discours idéologique que de la réalité concrète. Les Etats ont toujours été des appareils de répression et de contrôle de la pensée et des comportements sociaux, que celui-ci soit dur, comme dans les Etats totalitaires, ou souple, comme dans les démocraties représentatives.

    Ils ont toujours été, plus ou moins, des appareils centralistes et technobureaucratiques, que les techniciens et les bureaucrates exercent directement le pouvoir, ou qu’ils se fassent conseillers des élus ou des dictateurs. L’Etat bureaucratique prend régulièrement des décisions à la place de la population, qu’importe son accord, et se sert de sa propre légitimité pour conférer à ses experts une légitimité donnant l’illusion que leur discours serait plus véridique.

    Les politiques intérieures des Etats sont de plus en plus dures à mesure qu’ils font face à des crises multiples : économiques, sociales, politiques, mais aussi écologiques. Ils deviennent de plus en plus autoritaires, sécuritaires, liberticides et répressifs. Les démocraties se fragilisent de plus en plus et un retour des dictatures et du totalitarisme n’est donc pas à exclure.

    Les politiques de contrôles migratoires, de fermetures de frontières et d’expulsion de populations, sont aussi caractéristiques des Etats. Avec l’aggravation des crises, s’enclenchent des logiques, souvent associées, de repli économique et populationniste d’ordre diverses : nationalisme, patriotisme, xénophobie, racisme, religio-phobie, homophobie, sexisme, sériations sociales et spatiales. Cette logique fait des Etats ou des associations d’Etats (par exemple l’Europe), de véritables forteresses. Elle tend également, à l’intérieur des frontières à créer des ghettos, souvent encadrés par la police, parfois entourés de grilles ou de murs et de postes frontières intérieurs. Il y a deux types de ghettos : des camps d’enfermement permanents (Gaza, par exemple) ou temporaires (les centres de rétention et les camps de réfugiés) pour les populations que le pouvoir juge indésirables, et des camps retranchés, ou forteresses gardées, pour isoles et protéger les riches. Tout cela existe depuis des lustres.

    Les Etats ont toujours eu des politiques impérialistes, colonialistes ou de domination tutélaire post-colonialiste, et de contrôle géopolitique, pour s’assurer une mainmise sur des ressources et une main d’œuvre à bas coût ou gratuite effectuant des besognes que la population des métropoles ne voudrait pas faire. Mais les politiques extérieures sont souvent plus agressives dans le cas des situations de crise. Les guerres impérialistes ont tendance à se multiplier. A un certain niveau, elles peuvent déboucher sur des guerres entre superpuissances ou sur des guerres totales. Avec le potentiel de destruction que l’on a atteint aujourd’hui, cette hypothèse devient peu probable, car elle signifierait la fin de l’humanité, soit par la mort directe soit, pour les chanceux, par la contamination sanitaire (cancers et maladies graves en tout genres, stérilisation des organismes, contamination et raréfaction de l’eau et de l’alimentation, disparitions des espèces maintenant l’équilibre de la biodiversité, etc.). Cette hypothèse est peu probable, mais il faut tout de même rester prudent.

    Qu’est-ce que vient faire le changement climatique là-dedans ?

    Avec la dégradation du climat et la décroissance subie en général, tout cela va s’empirer. Les ressources vitales, les matériaux et les énergies, les terres cultivables et habitables, vont venir à manquer. Les migrations vers les espaces plus vivables vont augmenter. La prédation des ressources et les conflits impérialistes vont s’intensifier. Les politiques d’austérité du fait de la raréfaction des ressources naturelles et des territoires habitables, les politiques autoritaires des Etats, la suprématie des technobureaucraties, les restrictions de libertés et la répression également. Le capitalisme va très certainement se comprimer et s’auto-réduire progressivement. Les quelques privilégiés qui pourront encore s’y intégrer auront le droit à d’accéder au meilleur du système : eau potable, alimentation, accès aux soins, éco-habitat confortable, loisirs équipés et haute technologie. A terme, ils pourraient se regrouper dans des ilots d’hyper développement surarmés impénétrables. Pour les autres, les classes sociales les moins favorisées, dont l’effectif va augmenter : ce sera la misère, la pénurie, les terres improductives et délabrées, l’eau, l’air et les sols contaminés, le développement des maladies et l’impossibilité d’accès aux soins, l’exposition plus importante aux catastrophes naturelles normales ou conséquentes des dérégulations provoquées par la société technologique industrielle capitaliste, l’exposition à la barbarie, la survie, l’incertitude constante du lendemain et l’incapacité de se projeter dans l’avenir… Un futur assez peu reluisant. 

    Et la fin du capitalisme ?

    Il est aussi très probable que durant une période de décroissance subie, on assiste à la fin du capitalisme. Mais ça ne signifie pas pour autant une société libérée. La fin du capitalisme, c’est la fin d’une modalité économique spécifique animant la société et donc les groupes dominants, les classes dominantes – c'est-à-dire de la dynamique « accumulation monétaire-investissement-production-vente à un prix plus élevé que le coût de production-profit-réinvestissement dans des activités de production pour avoir encore plus d’argent (ou dans des services sociaux ou écologiques nécessaires à la reproduction de la société) » ; parce que le capitalisme n’arrive plus a générer plus d’argent que ce qui est investi, mais tend à en générer moins. Mais la fin du capitalisme sans la fin de la domination des possédants est une possibilité de l’histoire. On aurait alors affaire à des régimes de propriété et d’exploitation autoritaires, comme il en existait du temps de l’esclavage ou du métayage. La production y assurerait le confort de la classe dominante et de ses subalternes (police, administrateurs, scientifiques) et la survie minimale des exploités, mais le moyen et le but n’étaient  pas la croissance économique, c'est-à-dire à accumuler de l’argent, pour l’investir et développer des activités et produire des biens de consommation et des services, pour en obtenir encore plus. Ce changement de modalités économiques conservant une domination sociale et politique n’apporterait, par lui-même, pas grand-chose de positif au niveau social et politique pour l’immense majorité de la population. Au contraire, il dégraderait encore la situation des classes les moins aisées, à un niveau inférieur à celui d’un salariat déjà peu enviable. La destitution de la classe dominante s’avère donc nécessaire. Mais ça ne sert à rien de la destituer si c’est juste pour la remplacer par une autre et reproduire la même chose, le même système avec les mêmes problèmes de domination. Il faut abolir la domination de classe et tous ses rouages, aussi bien économiques que politiques.

    En finir avec la démocratie représentative et les dictatures !

    La politique aujourd’hui, comme depuis le début du capitalisme, c’est des démocraties représentatives et des dictatures avec des dirigeants à la botte du capitalisme ou soumis à lui. La dictature c’est des tyrans qui s’assument ouvertement comme tels et écrasent leur population. La démocratie représentative, c’est des tyrans qui s’arrangent pour se faire élire par le peuple pour qu’il ne s’en prenne qu’a lui-même de se faire écraser. Avec cette démocratie, on peut présenter des candidats, ça donne une illusion de liberté : la possibilité de présenter des bons face aux tyrans. Mais en fait, les seconds sont formés à être des élites dans les grandes écoles du pouvoir, et financés par des riches, ils ont des boites de com’, des accès aux médias, des conseillers pour l’image et les discours. Les autres, ils n’ont pas tout ça et donc pas beaucoup de chance d’être élus. Même quand ils le sont, soit ils sont bien payés, et peuvent oublier d’où ils viennent pour faire durer leur carrière et leur nouveau confort, et à force de rester en place, ils sont déconnectés des besoins de la population, et agissent contre-elle. Comme ont dit souvent, « le pouvoir corrompt » ! Soit ils siègent au milieu des tyrans capitalistes, et ne peuvent donc pas faire grand-chose d’autre que de gueuler au perchoir quand on daigne leur donner la parole. Soit ils dirigent et se rendent compte que la politique ne dirige rien, qu’ils n’ont comme choix que d’être les gentils toutous des capitalistes ou de démissionner. Les deux sont arrivés à Tsipras cet été ! Bref, la démocratie représentative, ça ne marche pas, et c’est pas un bon plan pour les petites minorités de militants gauchistes, écolos ou révolutionnaires, qui veulent changer les choses. Pire encore, le système représentatif éduque la population à être un spectateur passif et irresponsable, plutôt qu’un acteur responsable capable de prendre des décisions. Les élections deviennent des moments clientélistes ou l’on va chercher à se faire le défenseur des petites particularités de chacun pour obtenir ses parts de marché, pour ensuite oublier les belles promesses. L’écologie ou le sauvetage du climat, dans tout ça, ce n’est pas grand-chose d’autre qu’une énième belle promesse.

    Prendre le pouvoir ou ne pas prendre le pouvoir ?

    Le putsch, la prise du pouvoir d’Etat par une minorité de révolutionnaires à travers l’insurrection armée, ça ne marche pas, à plusieurs niveaux. Le premier, c’est que sans le concours de la majorité de la population, ce groupe insurrectionnel ne fera aucune révolution, et devra faire face à la pression populaire. Là, l’Etat risque vite de devenir un appareil centraliste bureaucratique et de répression de masse. L’insurrection, ça ne marche donc qu’avec le soutien de la grande majorité de la population. Mais si le soutien est passif, les révolutionnaires se retrouvent vite bien seuls face à la classe capitaliste du monde entier. A ce moment, soit ils répriment le peuple, soit ils se font dégager ou zigouiller vite fait par les capitalistes. Si le soutien est actif, ça peut marcher un temps. Mais reste alors le risque d’une déconnexion entre les dirigeants et la population, d’un accaparement du pouvoir et d’une dérive bureaucratique et despotique. Prendre le pouvoir de cette manière, ça ne marche donc pas non plus ! Il faut donc éviter de le prendre et trouver autre chose.

    Faire la révolution sans prendre le pouvoir !

    Il faut trouver autre chose donc… Et pour la bonne nouvelle, on l’a déjà trouvé ! … depuis plus d’un siècle en fait ! On peut appeler ça de différentes manières… Ici, on appellera ça, l’auto-organisation de classe ou autonomie politique des travailleurs. C’est quand la classe des travailleurs s’unit et commence à s’organiser en tant que classe autonome par rapport à la tutelle de la classe capitaliste et de l’Etat, et, de fait, se confronte a son commandement.

    Ça peut prendre évidemment plusieurs formes : au départ, le syndicat (combattif), l’association (de lutte, non financée par l’Etat), le collectif, ou le parti (non-institutionnel ou antiparlementaire). En gros, des groupements de pression qui vont manifester sur différents terrains pour tenter de faire aboutir des revendications concrètes ou immédiates. Ça on connaît bien en fait ! Mais pour aller plus loin, tout ça doit muter, avancer.

    Pour ça, il faut des luttes de masse, un grand mouvement social, avec des organisations de classe qui agissent à tous les niveaux de la société : des syndicats révolutionnaires sur les lieux de travail et des comités de quartiers et de lutte de classe dans les villes, et sur de multiples thématiques : économie, politique, écologie, mœurs&culture. Quand ça devient suffisamment puissant, que les gens sont nombreux et galvanisés par le nombre, qu’ils mènent des luttes sociales et parviennent à en gagner de plus en plus, qu’ils ont confiance en eux, en leur capacité à changer les choses et à tenir la société sans la tutelle de la classe capitaliste et de l’Etat, s’installe alors une situation de double pouvoir. Vient ensuite une période de confrontation finale avec le pouvoir en place, qui commence à s’effondrer, et tente alors de se défendre et d’attaquer pour se maintenir. C’est durant cette période qu’il faut le balayer, sous risque de se faire balayer soi-même. De là, les travailleurs constituent des conseils de gestion directe des lieux d’habitation et des lieux de travail. Pour les quartiers et les villes, c’est le communalisme libertaire, pour la production, c’est le syndicalisme révolutionnaire. Ensuite, les différents comités de travailleurs peuvent s’associer pour mettre leurs moyens en communs et aider les comités en devenir a balayer le pouvoir en place chez eux. C’est le fédéralisme libertaire.

    Changer de démocratie : la démocratie directe autogestionnaire !

    Bon alors quand on en arrive là, le risque, c’est de recréer ce dont on avait réussi à se débarrasser. Le point de départ, c’est de créer quelque chose, des fonctionnements, sensiblement différents de ceux de l’ancien pouvoir.

    « Pourquoi produire de nouvelles instances plutôt que de s’introduire dans celles qui sont déjà en place ? »

    Parce qu’on peut en définir directement les règles de fonctionnement et prendre d’emblée de bonnes habitudes !

    « Doit-on attendre la possibilité de mettre en place ces nouvelles instances pour les expérimenter ? » Evidemment non. Cette expérimentation, cette préparation aux bonnes habitudes, peut commencer, et commence, avant même la création d’un nouveau pouvoir, au sein des organisations dont se dote la classe des travailleurs pour mener ses luttes concrètes et immédiates contre le pouvoir en place et conquérir son autonomie. 

    « Quelles seraient ces instances ? » Encore une fois, elles ont déjà été pensées depuis plus d’un siècle par les anarchistes/libertaires.

    D’abord, la démocratie directe et l’assemblée générale : les gens se réunissent en assemblées à la base, au plus petit niveau, pour prendre les décisions. Chacun peut faire part de ses interrogations, de ses critiques, et participe à la prise de décision finale.

    « Oui, mais à grande échelle, ça peut pas marcher ! » Bien évidemment. Mais les anarchistes y ont aussi pensé figurez-vous ! Pour se coordonner à grande échelle, on envoie un ou quelques délégués locaux dans des assemblées de territoire plus vastes pour y porter les questionnements, les critiques, et les décisions de leurs assemblées locales. S’il y a accord entre les différentes assemblées, elles appliquent une décision commune. S’il n’y a pas accord, chacun continue à vivre comme il peut dans son coin, et le projet commun n’a pas lieu. Si ça ne va toujours pas, on essaie de trouver un nouvel accord. C’est ça le fédéralisme.

    « Mais dans tout ça, n’y a-t-il pas quand même de grands risques d’accaparement du pouvoir, de déconnexion politicienne et de corruption ? » Oui, en effet, est c’est pour cela que les anarchistes – décidément, ils ont pensé à tout ces anarchistes ! – préconisent les mandats impératifs, définis à l’avance, courts, délimités en nombre de renouvellements, et révocables a tout moment par les assemblées qui les ont délivrés. Ces types de mandats sont autant valables pour le porte parolat des assemblées de base dans les assemblées fédérales, que pour les différentes tâches administratives qui peuvent être nécessaires dans la société.

    « Oui, mais bon, ça peut être un peu lourd de tout gérer et de tout contrôler comme ça ! » Effectivement, mais ce n’est pas non plus nécessaire que tout soit contrôlé par tout le monde. Et c’est même en vérité peut-être dangereux et liberticide. Mais les anarchistes y avaient encore pensé, et ils n’étaient pas les seuls d’ailleurs, car les communistes de conseils y avaient pensé aussi. D’une part, n’est géré en commun par des personnes que ce qui les concerne. Le quartier ou l’atelier est géré par ceux qui l’occupent. Si une décision s’applique à l’échelle de la ville, de la région, d’un pays ou d’un continent, ou alors d’une usine, d’un groupement d’usines, alors, à ce moment précis, elle s’applique à l’ensemble des concernés. Et ainsi de suite. Aux membres de la société d’apprendre à faire la part des choses entre ce qui est commun et ce qui est plus particulier, et d’apprendre à se limiter pour éviter des procédures trop lourdes et chronophages.

    « Oui, mais bon, la démocratie ça reste encore la tyrannie de la majorité ! Et si c’est juste 50,0000001 % » qui décide, çà fait une grosse minorité qui doit subir quand même ! ». Bon déjà, 1, nos démocraties, c’est la tyrannie de minorités privilégiées. On ne va pas pleurer d’en finir avec ça !

    2 On peut toujours relever le seuil de validité d’une décision majoritaire à 75% ou à l’unanimité. « Bah l’unanimité, faut pas rêver, on l’aura presque jamais ! ». Certes, allez donc expliquer ça à la FA !

    3 Comme on vient de le dire, chaque décision ne concerne pas tout le monde. Par exemple, le choix énergétique, ça concerne tout le monde, mais pour l’implantation du site de production, le choix concerne ceux qui habitent sur place. Sur d’autre sujets, par exemple le mariage LGBTI, ça concerne que les LGBTI, et qui plus est, que ceux qui ont envie de se marier.

    4 Il n’existe pas que le choix unique majoritaire. On a inventé des formes de choix différents : le préférendum par exemple : ça consiste à classer par ordre de préférence plusieurs choix proposés. On fait la moyenne du tout et on a la solution majoritairement le plus acceptable.

    5 On pourrait mettre en place (de manière intelligente hein !) certaines conditions de droit de véto pour bloquer certaines décision.

    Bon, comme on le voit, on n’évite pas forcément le problème de domination de la majorité au final, mais on le canalise et on le limite en grande partie, et on arrive à quelque chose de bien mieux que la démocratie actuelle, non ? On évite quand même la plupart des problèmes structurels que posent la démocratie représentative, la technobureaucratie et l’Etat central. Avec un tel fonctionnement, on n’aurait pas à subir les guerres, les politiques d’austérité, la construction de l’Europe du capital et l’entêtement dans une société de croissance qui détruit nos conditions de vie.

     

    Tout peut changer pour le meilleur !

    Donc en gros, pour que tout ça change dans le bon sens, il nous faut combiner la décroissance, le communisme, et l’anarchisme ! Avec ça, on résout une bonne fois pour toutes tout un tas de problèmes que ni la science, ni le capitalisme, ni la démocratie représentative et l’Etat centraliste, ne peuvent surmonter. Après, il y a certains points qui avanceront plus vite que d’autres. Au niveau de l’urgence vitale, on pourrait croire que ce serait la décroissance pour rester en vie, le communisme pour éviter la crise, la misère et l’exclusion, puis l’anarchisme pour supprimer le pouvoir et l’Etat. Mais en fait, pour que ça marche, que ça se passe de manière harmonieuse et non de manière autoritaire et inégalitaire, ce serait plutôt dans l’autre sens : urgemment, l’anarchisme pour supprimer le pouvoir qui tend à tout bloquer et à réprimer les mouvements sociaux, puis, assez rapidement, le communisme, puis ensuite, la décroissance à toute allure ! Ça n’empêche pas de commencer à développer l’entraide sociale et à œuvrer pour la décroissance dès maintenant, mais les deux ne donneront des effets réellement satisfaisant qu’une fois la domination de classe abolie, c’est-à-dire lorsque la classe des travailleurs, unie par la démocratie fédéraliste autogestionnaire, sera en capacité de décider de modifier les conditions structurelles de l’économie et de réduire ses impacts sur le reste du vivant.

     

    Le mot de la fin

    Bon, tout ça, ça parait peut-être donneur de leçons et recette toute-faite. Il y aura certainement des ajustements à apporter, des tas d’aspects qu’on n’a pas abordés ici, et plein de choses nouvelles auxquelles réfléchir en cours de route. Mais au moins, si on le fait, on a beaucoup plus de chances de réussir, car on a déjà écarté toutes les impasses et les chimères qui font qu’on est sûr de se planter.

     

    Et la COP 21 dans tout ça ?

    Ah, oui, c’est vrai ! Il y avait tellement de choses à mettre au clair d’abord qu’on l’avait un peu oubliée dans l’affaire celle là. Bah la COP 21, pour nous, c’est d’abord l’occasion de dire tout ça, et d’en parler avec des gens. Ce ne sera pas la grande révolution. On n’en attend donc pas grand-chose dans le fond. Peut-être que ça donnera un élan de dynamisme aux luttes climato et à la décroissance. Ce serait bien en fait ! Pour le reste, qu’est-ce qu’on y fera ? On ne sait pas encore. On regardera ce qui s’organise, on ira sur place pour participer à quelques trucs, papoter avec les gens qui seront là, se faire des contacts avec des gens avec qui on pourra refaire différents trucs par la suite.

     

    DCL&ECR, 01/09/2015

     

    Pour compléter certains points, quelques petits textes qu’on a aussi écrits :

     

    Capitalisme, anticapitalisme, communisme - Le (dys-)fonctionnement économique du capitalisme (et les perspectives de dépassement révolutionnaire)

    Communisme (une autre idée du communisme)

    Anarchisme

    DCL_fiche synthèse_décroissance.pdf

     

    A lire aussi :

     

    Jean-Pierre Tertrais, Du Développement à la Décroissance – se sortir de l’impasse suicidaire du capitalisme

    Alternative Libertaire, Un projet de société communiste libertaire

    Pierre Besnard, Le Monde nouveau – L’organisation d’une société anarchiste

    Cornélius Castoriadis, Le contenu du Socialisme

    Pierre Kropotkine, La conquête du pain

    Wayne Price, L’Economie de Marx pour les anarchistes (en anglais pour le moment)

    « « Et c'est reparti... À quand l’explosion de l’immense bulle mondiale de liquidités ? », par Tomasz Konicz Sortir de l’euro : le dernier boniment à la mode (AL) »
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